Affaires
Maroc-Portugal : Le projet d’interconnexion électrique relancé avec l’appui de l’UE
Rabat et Lisbonne misent sur un financement de l’Union européenne et sur la mobilisation d’investisseurs privés pour concrétiser cette infrastructure stratégique.
Le Maroc et le Portugal remettent sur la table leur projet d’interconnexion électrique, suspendu depuis 2022. Les deux pays souhaitent désormais accélérer sa concrétisation en obtenant un appui financier de l’Union européenne et en mobilisant des investisseurs privés pour donner vie à cette infrastructure stratégique reliant l’Europe et l’Afrique.
Cette décision a été annoncée à l’issue d’une réunion tenue lundi à Lisbonne entre la ministre marocaine de la Transition énergétique et du développement durable, Leïla Benali, et la ministre portugaise de l’Environnement et de l’énergie, Maria da Graça Carvalho.
À l’issue de leurs échanges, Leïla Benali a expliqué que ce projet vise avant tout à rendre l’énergie plus accessible en réduisant les coûts pour les ménages comme pour les entreprises. Selon elle, cette nouvelle interconnexion permettra d’améliorer la compétitivité économique des deux pays tout en renforçant leur sécurité énergétique.
Les deux gouvernements se sont également accordés sur une stratégie commune consistant à rechercher simultanément des financements européens et à encourager la participation du secteur privé afin d’assurer la viabilité économique du projet.
De son côté, Maria da Graça Carvalho a annoncé que Rabat et Lisbonne solliciteront la Commission européenne afin que cette interconnexion soit reconnue comme un Projet d’intérêt commun (PIC) de l’Union européenne. Une telle classification ouvrirait l’accès aux différents mécanismes européens de financement dédiés aux infrastructures énergétiques stratégiques.
Les deux ministres prévoient également de présenter le projet à Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la transition propre, juste et compétitive, afin d’évaluer les possibilités de l’inscrire parmi les priorités énergétiques européennes.
Pour la responsable portugaise, cette future liaison électrique constituerait un nouvel axe énergétique entre l’Europe et l’Afrique, capable de renforcer la résilience des réseaux électriques des deux continents tout en consolidant leur coopération.
Dans un premier temps, le Maroc et le Portugal ouvriront des discussions avec Bruxelles afin d’évaluer les conditions d’un soutien européen. En parallèle, deux pistes de financement seront explorées : la première consiste à solliciter le programme européen Connecting Europe Facility (CEF), tandis que la seconde prévoit le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt destiné aux gestionnaires de réseaux électriques et aux entreprises du secteur énergétique afin d’attirer des capitaux privés.
Maria da Graça Carvalho a insisté sur la nécessité de concevoir cette infrastructure au coût le plus compétitif possible afin d’éviter toute répercussion sur les contribuables ou les consommateurs d’électricité.
En revanche, aucune décision n’a encore été arrêtée concernant l’architecture technique du projet. Les autorités étudient plusieurs scénarios, notamment la création d’un câble sous-marin direct reliant le Maroc au Portugal ou une connexion passant par l’Espagne, déjà interconnectée au réseau électrique marocain.
La relance de ce dossier intervient dans un contexte particulier. La panne électrique majeure qui a frappé l’Espagne et le Portugal en avril 2025 a mis en évidence la faible interconnexion de la péninsule Ibérique avec le reste du réseau européen. Aujourd’hui, cette capacité ne représente qu’environ 3%, loin de l’objectif de 15% fixé par l’Union européenne d’ici à 2030.
Pour Lisbonne, cette nouvelle liaison offrirait une source supplémentaire d’approvisionnement en électricité et réduirait sa dépendance au seul réseau espagnol en cas de crise ou de rupture d’alimentation.
La rencontre, à laquelle assistait également l’ambassadeur du Maroc au Portugal, Othmane Bahnini, a enfin permis aux deux délégations de réaffirmer leur volonté de renforcer leur partenariat stratégique dans le domaine de l’énergie et d’accélérer la mise en œuvre de ce projet grâce à un modèle combinant soutien européen et investissements privés.