SUIVEZ-NOUS

Affaires

Marché du bois : Tendances et défis d’une filière

Le bois constitue une ressource d’avenir et offre des opportunités économiques importantes pour le Royaume. Cependant, il n’arrive toujours pas à atteindre son plein potentiel.

Publié le


Mis à jour le

Le marché du bois est un secteur clé de l’économie mondiale, jouant un rôle prépondérant dans la construction, la fabrication de meubles, la papeterie et dans de nombreuses autres industries. Ressource naturelle et renouvelable, le bois et ses filières sont l’un des leviers du projet de développement durable et présente plusieurs opportunités économiques pour le Royaume. «Plus de 90% du bois utilisé au Maroc est importé», souligne Chakib Oudghiri, DG de la société Solution Bois et président du Centre technique des industries du bois et de l’ameublement (CTIBA). «Nous importons plusieurs types de bois, entre autres le bois de chêne dont le coût varie entre 5.000 et 9.000 dirhams/m3, selon sa qualité, le bois de pin, le bois de hêtre, etc. Les principaux pays fournisseurs sont la France, l’Espagne, l’Italie et le Portugal», précise Oudghiri qui note que tout importateur de ce matériau «doit payer des droits de douane variant entre 25 et 40%, une taxe forestière de 12% et une TVA de 20%».

Pendant le Covid, les professionnels du secteur affirment que le prix du bois a connu une hausse remarquable de 30%. La pénurie et les difficultés d’approvisionnement qui en découlent ont perturbé le marché. «Au cours de la période de confinement, plusieurs usines ont arrêté de fonctionner. Également, plusieurs chantiers se sont arrêtés. Il y a eu une raréfaction de la matière première», explique-t-il, ajoutant que «les coûts de transport à l’international ont également enregistré des augmentations significatives en pénalisant les activités à l’export». «Par exemple pour la Chine, le prix d’un conteneur a grimpé de 4.000 à 20.000 dollars», note-t-il. Et d’ajouter: «Mais depuis, les prix ont baissé et semblent se stabiliser».

Le président du CTIBA assure que l’un des défis majeurs auquel fait face le marché au Maroc est le manque de compétences et de formations spécialisées dans la filière du bois. «On trouve des formations traditionnelles pour le métier de menuisier. Le domaine a beaucoup évolué, notamment avec l’intégration du numérique et de nouvelles techniques», mentionne Oudghiri, qui indique que dans le cadre de l’industrialisation du secteur, une enveloppe de 250 millions de dirhams a été mobilisée par le ministère de l’Industrie et du commerce pour développer le centre technique et promouvoir l’innovation, à travers la normalisation, la certification et la recherche. «Notre objectif est d’améliorer la formation et de moderniser l’outil de production».

Construction en bois, un marché qui fait florès
L’essor des constructions “durables” contribue fortement à soutenir la demande du bois. Ce concept innovant est en train de vivre un renouveau passionnant, suscitant un regain d’intérêt dans le monde entier. «Plusieurs sites d’hébergement touristique et autres équipements sont édifiés en bois. Le marché est porteur sur des projets de taille importante», souligne un professionnel du secteur. La demande porte essentiellement sur les fermes, chalets et bungalows.

Le bois présente plusieurs avantages techniques et esthétiques par rapport au béton. Au-delà d’un design séduisant, les maisons en bois sont écologiques, connues pour leur système d’isolation thermique et phonique. Le bois est également connu pour son caractère antisismique et sa résistance aux milieux corrosifs. Les professionnels contactés font remarquer que la demande pour des habitations en bois est principalement formulée par les étrangers résidant au Maroc, qui ont déjà cette culture. «Il faut faire connaître aux Marocains les atouts de la construction en bois. Ce concept offre une solution respectueuse de l’environnement, tout en offrant une flexibilité architecturale exceptionnelle».


De quel bois on se chauffe ?

Au niveau national, la consommation annuelle de bois de chauffage s’élève à plus de 11,3 millions de tonnes. Plus de 6 millions de tonnes proviennent des forêts, 2,1 millions de tonnes sont issues d’arbres fruitiers et 3 millions de tonnes sont obtenues à partir de biomasses agricoles. La majeure partie de ce volume est utilisée exclusivement en milieu rural, principalement dans les régions montagneuses. Dans ces zones, qui connaissent des hivers rudes, les habitants n’ont souvent pas d’autre choix que d’utiliser le bois pour le chauffage et la cuisson. C’est enraciné dans leur mode de vie.

Pour l’acheter, les familles s’approvisionnent le plus souvent chez des revendeurs de la région qui ont les agréments nécessaires. «Le prix du kilogramme de bois tourne autour de 2 dirhams. Il est produit localement», indique Ilias Barka, responsable des opérations auprès de Cheminbat, société spécialisée dans la construction des cheminées. «Les bois d’olivier et d’amandier sont les plus vendus. Ils se trouvent généralement au Moyen Atlas», ajoute-t-il. Ilias précise que les cheminées sont une nécessité dans certaines régions connues pour leur climat froid. Dans les grandes villes du Royaume, elles sont perçues comme un objet de luxe. Leur coût démarre à 14.000 dirhams et peut dépasser les 60.000 dirhams.

Pour réduire la pression sur les écosystèmes forestiers due aux prélèvements excessifs du bois de chauffage, la nouvelle feuille de route «Forêts du Maroc 2020-2030», lancée le 13 février 2020, s’assigne pour objectifs d’infléchir la problématique de dégradation et d’établir un équilibre entre conservation et développement de la forêt et de ses ressources.