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Les nouveaux filets anti-dauphins noirs débarquent en Méditerranée

Le problème des dauphins noirs qui attaquent les pêcheurs du Nord sera-t-il enfin résolu ? Le dossier des filets anti-dauphins, présentés depuis deux ans comme la solution miracle à la crise qui secoue la pêche sardinière méditerranéenne, entre enfin dans sa phase opérationnelle.

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Pour tenter de limiter les dégâts provoqués par le dauphin noir, un appel d’offres avait été lancé en 2024 afin d’acquérir de nouveaux filets de pêche supposés plus résistants aux assauts de ce gros poisson, qui continue d’inquiéter la pêche sardinière dans la Méditerranée. Deux ans plus tard, le projet entre enfin dans sa phase opérationnelle.

Selon une source à l’Office national des pêches (ONP), l’entreprise adjudicataire du marché a officiellement lancé l’exécution de la convention portant sur l’acquisition de filets tournants, conçus pour résister aux attaques répétées du dauphin noir, plus connu dans les ports du Nord sous le nom de «Negro».

La première cargaison des filets, fabriqués en Indonésie, est arrivée le 5 mai 2026 au Maroc, avant d’être acheminée vers l’un des ateliers de l’entreprise où les équipements sont actuellement en train d’être assemblés et adaptés aux caractéristiques techniques des navires concernés, conformément au cahier des charges fixé par les autorités.

Le même responsable, qui a requis l’anonymat, indique que les caractéristiques techniques des nouveaux filets ont été définies conjointement par l’Institut national de recherche halieutique (INRH) et la société ayant remporté l’appel d’offres international lancé par l’ONP.

Un espoir pour relancer l’activité
La première tranche de ce marché comprend l’acquisition de trois filets à des fins d’essais. Ces premiers filets pilotes, qui seront prêts dans les prochaines semaines, doivent faire l’objet d’une phase d’expérimentation dans trois ports de la Méditerranée, avant une généralisation à l’ensemble de la flotte concernée (62 bateaux).

Trois sardiniers ont été retenus pour cette phase inaugurale : un au port d’Al-Hoceima, un deuxième à Ras Kebdana, dans la circonscription de Nador, et un troisième navire au port de Jebha. La mise en exécution de ce marché est prévue d’ici fin juin 2026.

À l’issue de cette expérimentation, un rapport d’évaluation va être établi par l’INRH, tandis que les professionnels jugeront eux-mêmes de l’efficacité avant toute validation définitive, explique notre source à l’ONP.

Sur le terrain, les professionnels de la pêche voient dans cette initiative un espoir pour relancer l’activité de nombreux navires contraints ces dernières années à réduire leurs sorties en mer en raison des dégâts provoqués par les dauphins noirs, dont les attaques auraient fortement perturbé la stabilité de la production halieutique dans plusieurs ports méditerranéens.

Mais si les autorités misent sur le nouveau dispositif pour réduire les pertes subies par les pêcheurs, plusieurs professionnels préfèrent attendre les résultats des tests avant de se prononcer. Beaucoup rappellent d’ailleurs que d’autres solutions avaient déjà été évoquées par le passé sans produire de résultats réellement convaincants.

«En 2018, l’Institut national de recherche halieutique avait entamé les premiers essais d’un filet conçu par une société française.

Mais il n’avait pas été adopté», rappellent plusieurs pêcheurs. «Les armateurs ayant testé ces filets assurent tous qu’ils sont très lourds. Ils ne s’adaptent ni avec les petites ni avec les grandes embarcations», explique Mounir Darraz, président de la Chambre des pêches maritimes de la Méditerranée.

Ce dernier indique que l’entreprise ayant remporté l’appel d’offres assure que les nouveaux filets provenant de l’Indonésie seraient différents, ajoutant qu’ils disposent des mêmes performances techniques tout en étant beaucoup plus légers.

«Ce qui importe pour les professionnels, c’est que les nouveaux filets soient résistants aux attaques du Negro. Ils doivent s’adapter à tous les navires, qu’ils soient petits ou grands», tient à souligner le président de la Chambre. Il précise toutefois que ces équipements «ne mettront pas fin aux attaques des dauphins, mais permettront au moins de réduire les pertes».

Interpellée sur la question, notre source à l’ONP indique que le nouveau cahier des charges insiste sur la nécessité d’adapter chaque filet aux caractéristiques techniques propres à chaque embarcation.

«Les navires ont été classés en cinq catégories. Les nouveaux cahiers des charges imposent un produit distinct de celui rejeté auparavant par les pêcheurs. Ils prévoient différentes dimensions.

Pour chaque bateau, il y a un filet. Si après expérimentation par les trois sardiniers retenus pour la phase inaugurale on constate que le filet est performant à 100%, on va juste dupliquer le même modèle pour les autres bateaux», détaille le même responsable.

Premiers filets pilotes
Malgré l’avancement du projet, beaucoup s’interrogent sur le retard accumulé par ce programme, prévu initialement pour la période 2024-2025. Alors que plusieurs dossiers n’ont toujours pas été tranchés, alimentant du coup l’inquiétude d’une partie des professionnels.

Selon Darraz, au total, le projet prévoit environ 62 filets. Quant aux bénéficiaires potentiels, près de 41 armateurs ont déjà déposé leurs demandes pour bénéficier du programme de soutien dédié aux nouveaux filets tournants. Il s’agit notamment des professionnels de certains ports (Nador, Cap d’eau, Cala Iris, Jebha, Al-Hoceïma).

Mais d’autres seraient plus sceptiques. «Plusieurs armateurs de M’diq hésitent encore à adhérer au projet. Ils réclamaient initialement une compensation financière plutôt que des filets, estimant que les anciens modèles français étaient inefficaces», fait savoir Darraz, également armateur.

Néanmoins, selon lui, plusieurs d’entre eux pourraient déposer leurs demandes pour bénéficier de ce programme doté d’un budget global de 90 millions de dirhams sur deux ans. Ils attendent désormais les résultats des essais des trois premiers filets pilotes avant de déposer officiellement ces demandes.

Le sujet a été évoqué lors de la dernière session de la Chambre des pêches maritimes de la Méditerranée, où plusieurs représentants des ports méditerranéens ont réclamé davantage de détails sur les spécificités techniques des nouveaux équipements. Une demande officielle a été adressée à l’Institut national de recherche halieutique afin d’obtenir les données techniques précises des filets, précise-t-il.

Plusieurs réunions de la commission technique ont par d’ailleurs été organisées à Tanger et Al-Hoceïma afin d’examiner les spécificités des équipements proposés et d’assurer le suivi du développement des nouveaux dispositifs de pêche.

Le phénomène des attaques de dauphins, rappelle Darraz, n’est pas nouveau.

Dès 2003, une machine émettant des sons avait été expérimentée à bord des navires pour éloigner ces cétacés. Mais l’expérience avait tourné court. Les dauphins se sont très vite habitués aux sons, au point que ces derniers finissaient même par les attirer vers les bateaux».

«À l’heure actuelle, les filets de pêche plus résistants aux frappes de cet animal restent la seule solution disponible», tranche-t-il. Dossier à suivre.


Une filière sous pression…
Dans les ports du nord du Royaume où, il y a encore quelques années, la pêche sardinière demeurait une activité principale pour plus de 3.000 marins-pêcheurs, le dauphin noir est devenu l’un des principaux ennemis des professionnels du secteur.

À chaque attaque, les filets sont déchirés, les captures baissent et les pertes s’accumulent. Beaucoup de bateaux ont quitté ces zones méditerranéennes pour aller exercer dans d’autres ports, comme Kénitra, Larache et Mohammedia, en raison de ce problème du dauphin noir, espèce protégée par plusieurs conventions internationales relatives à la protection des mammifères marins.

Selon des sources professionnelles, les 2/3 des navires sardiniers, soit environ une trentaine, n’exercent plus dans les zones méditerranéennes.

Mais cette crise qui frappe la filière de la pêche sardinière dans ces zones ne se limite pas aux attaques des dauphins. Les professionnels alertent également sur une chute spectaculaire des captures témoignant d’une surexploitation inquiétante de la ressource.

Beaucoup estiment que les stocks halieutiques n’ont plus le temps nécessaire pour se reconstituer correctement, notamment sur les côtes méditerranéennes où les conditions de reproduction deviennent de plus en plus fragiles. Sur le plan national, les chiffres illustrent aussi l’ampleur du phénomène.

Selon les statistiques officielles disponibles, les débarquements nationaux de sardines sont passés de 965.000 tonnes en 2022 à seulement 525.000 tonnes en 2024, soit une baisse de près de 46% en l’espace de deux ans.