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Le démantèlement d’avions, une opportunité en or

Le Royaume dispose de tous les atouts pour s’imposer mondialement dans cette filière considérée comme l’une des plus prometteuses et des plus rentables de l’industrie aéronautique. Voici comment.

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Le marché du démontage, du démantèlement et du recyclage des avions commerciaux est un segment de niche promis à un bel avenir au sein de l’industrie aéronautique. Stimulé par des facteurs tels que la durabilité environnementale, les pressions réglementaires et la hausse des coûts associés à la maintenance et à l’exploitation des avions, ce marché est en pleine croissance.

Selon les dernières estimations, la taille du marché du démontage, du démantèlement et du recyclage des avions commerciaux est évaluée à 8 milliards de dollars en 2023 et devrait atteindre 14,72 milliards de dollars d’ici 2031, soit une croissance annuelle moyenne de 6,2% au cours de la période de 2024 à 2031. Une manne que se partage aujourd’hui une poignée de pays en Amérique du Nord, en Europe, en Asie et en Australie.

Petit marché, grosse marge
Pour le Maroc dont la plateforme aéronautique s’est considérablement développée ces dernières années dans les métiers de l’usinage, le câblage, ou encore les composites, et aspire à monter en gamme et en valeur ajoutée, la filière du démantèlement d’avions représente, de l’avis des professionnels, une opportunité «en or» qu’il ne faut pas rater. Surtout que celle-ci est des plus rentables.

Comme nous l’explique un professionnel, le démantèlement est l’une des activités qui dégagent le plus de valeur ajoutée au sein d’un écosystème aéronautique : «Ledémantèlement consiste à stocker, dépolluer, démonter, déconstruire, ou recycler un aéronef, sachant que ce dernier reste potentiellement navigable durant les 3 premières étapes.

Du fait de l’enjeu de la réutilisation de pièces ou d’appareils électroniques de seconde main, tous les métiers afférents à cette dernière sont considérés comme à forte valeur ajoutée du point de vue de la marge financière des acteurs industriels et de services associés».

Ainsi, pour l’activité recyclage, il faut savoir que 95% des éléments d’appareils sont recyclables, de même que 99% des pièces d’un moteur. À la revente, ces équipements, pièces et matières peuvent générer 35% de marge.

L’activité parking des aéronefs commerciaux (que ce soit en attente de maintenance, de vente ou de maintien des conditions opérationnelles d’un appareil), autre composante essentielle du démantèlement, est elle aussi des plus lucratives. Elle peut atteindre 3.000 à 5.000 euros par mois et par aéronef.

Enfin, la visibilité pour ce marché est là. Le secteur de l’industrie aéronautique civile est un des rares secteurs économiques qui se caractérise par une visibilité de long terme, ce qui sécurise le business. En effet, tout aéronef en circulation est régi par des contraintes réglementaires qui imposent des entretiens et des changements de pièces tout au long de sa vie à des intervalles préprogrammés, soit pour une durée d’environ 25 ans.

Aujourd’hui, l’activité de démantèlement se caractérise par une sous-capacité de production au niveau mondial par rapport à la demande existante. On parle d’un total de 600 appareils à démanteler chaque année au niveau mondial et 1.000 à l’horizon 2040.

Maroc : Atouts et opportunités
Le Maroc a tous les atouts pour s’imposer comme un centre régional incontournable dans ce domaine. En 2021, une première tentative de mise en place d’une activité de démantèlement d’aéronefs dans le Royaume avait été initiée par l’Office national des aéroports.

L’appel d’offres international a été lancé par l’ONDA pour la réalisation et l’exploitation pour une période de 10 ans d’un centre de démantèlement et de recyclage d’avions sur un terrain nu d’une superficie minimale de 10 hectares (avec possibilité de l’étendre à 54), au sein de la zone sous douane de l’aéroport Oujda-Angad.

Mal calibré, le marché n’a jamais abouti. Le projet de ce qui aurait pu être le tout premier centre de démantèlement d’aéronefs du continent semble toujours au point mort. Pourtant, le potentiel est là.

«Du fait de la visibilité économique du pays, de la crédibilité à mettre en œuvre des mesures structurantes aux standards internationaux et de l’existence d’un écosystème aéronautique autour des métiers de l’usinage, une opportunité de positionnement existe actuellement pour notre pays qui est absent de la scène internationale du démantèlement», souligne cet expert.

À ces atouts s’ajoutent la proximité géographique avec l’Europe et les pays subsahariens, les nombreux accords de libre-échange, et surtout la croissance d’un marché mondial pour lequel les acteurs sont peu nombreux, avec en plus une réduction du cycle de vie des aéronefs en parallèle d’une augmentation de leur production.

Un benchmark économique d’acteurs européens est également disponible. Ces acteurs sont localisés à Charleroi (sur 2 hectares hors piste), à Châteauroux (25 hectares), Tarbes (70 hectares) et Teruel en Espagne (170 hectares), soit une capacité totale d’environ 500 hectares (hors piste).

Au final, du fait de son positionnement géographique, ce secteur industriel à forte valeur ajoutée permettrait au Maroc de se démarquer de la concurrence européenne et d’être un des leaders mondiaux avec la constitution de l’unique pôle de ce type sur le continent africain.

Emplacement idéal
L’un des enjeux les plus prégnants pour la mise en place d’un écosystème de démantèlement est que ce marché sera soumis dans un très court terme à une pression de la demande liée au recyclage mais également à la décarbonation des aéronefs.

Dans le futur, le marché de la déconstruction sera en effet fortement sollicité, suite au doublement du nombre d’avions en circulation, prévu pour les 20 prochaines années, et la perspective de 1.000 unités par an à détruire vers 2040 en lien avec le raccourcissement de la durée de vie moyenne d’un aéronef de 31 ans à 26 ans.

Reste à savoir où implanter cette activité. Selon les experts, Errachidia ou Ouarzazate présentent les critères naturels d’éligibilité en termes de climat (le démantèlement requiert des climats secs, voire arides, car le métal n’aime pas l’humidité, et de l’espace, beaucoup d’espace).

Le Maroc pourrait y développer des infrastructures opérationnelles dans de courts délais moyennant d’importants investissements, notamment dans le foncier.

En mobilisant une assiette comprise entre 600 et 1.000 hectares, dont 400 hectares de parking, et en offrant un cadre incitatif adéquat (notamment douanier), le Maroc pourrait s’imposer aux yeux de la communauté aéronautique mondiale comme un acteur crédible dans ce secteur.

D’autant que le pays a la capacité de former les compétences nécessaires à cette activité.