Affaires
La filière tomate voit rouge
Perturbations climatiques, poussées phytosanitaires, augmentation des prix des intrants, perte du marché russe… l’activité fait face à de nombreux aléas qui impactent sa productivité.
Sécheresse, virus… la filière tomate est malmenée depuis des années. Depuis septembre dernier, une nouvelle campagne d’exportation de tomates a été lancée. Mais suite aux fortes températures enregistrées cet été et début octobre, les cultures ont subi beaucoup de dégâts. Aussi des plantations ont été arrachées et les cycles de production sont perturbés, indiquent les professionnels. Le démarrage de la campagne est ainsi lent et les volumes expédiés sont limités.
Des agriculteurs avancent que leurs expéditions ont baissé de 80% par rapport à la même période l’an dernier, faute de production suffisante. Selon l’un d’eux, le produit pourrait manquer en janvier et février prochains. Pour l’heure, les faibles volumes mis en vente à l’export comme sur le marché local ont des retombées sur le plan commercial.
Sur le marché de Perpignan, le cours du produit oscillait ces derniers jours entre 1,10 et 1,50 euro le kilo exporté. Sur le marché local, au marché de gros d’Inezgane, les cours de la caisse de tomates de 30 kg sont ces derniers jours entre 150 et 200 DH. Les écarts de prix avoisinent les 100 DH la caisse. Mais encore une fois, le producteur ne profite pas de la flambée des cours.
Outre le changement climatique, la filière reste en alerte face au virus ToBRFV et en quête de variétés plus résistantes et de solutions pour réduire les risques, mais pas seulement.
Les problèmes de production qu’a enregistrés la filière l’année dernière et durant le mois de Ramadan sont aujourd’hui au cœur des préoccupations tant des professionnels que des institutionnels de la filière. Une activité de plus en plus fragilisée. La tomate ronde notamment est une culture aujourd’hui devenue très vulnérable sous l’effondrement continu de son niveau de rentabilité. Quelles sont les causes de cette situation ? Outre les perturbations climatiques caractérisées par un déficit hydrique marqué et les poussées phytosanitaires avec de fortes résistances à certains pathogènes, la filière fait face à bien des aléas.
Les professionnels citent dans ce contexte «les augmentations continues des prix des intrants, y compris celles de l’énergie et de la main-d’œuvre suite à la hausse opérée dans l’objectif de l’alignement du SMAG sur le SMIG». Ils soulignent également la perte du marché russe : «Le Maroc est privé d’un volume à l’export d’environ 120.000 tonnes par an», déplorent les producteurs exportateurs. En plus de ces faits qui ont des retombées directes sur la productivité, «la moyenne annuelle des prix offerts par le marché local pour la tomate ronde est très en deçà du seuil pouvant garantir une rentabilité minimale de cette variété de culture», ajoutent les producteurs de la filière fruits et légumes.
Ce que veulent les professionnels
Quelles actions et mesures sont à entreprendre pour un redressement de l’écosystème de production des primeurs sous serre dans son ensemble ? De l’avis de la profession, pour une meilleure optimisation des facteurs de production, il est notamment nécessaire «d’engager le parc de serres canariennes dominant dans un programme de rénovation, de modernisation et de mise à niveau directement supporté et soutenu par des subventions adéquates».
Pour l’amélioration des conditions d’intervention phytosanitaires, les professionnels proposent également des actions à mettre en œuvre. Facilitation d’introduction d’autres spécialités phytopharmaceutiques utilisées par d’autres pays concurrents, renforcement du contrôle de la qualité des pesticides en sont quelques-unes. Ils recommandent également le renforcement du contrôle des semences et la mise en place des pare-feu au niveau des pépinières pour contrôler la propagation du virus. «Les programmes de prophylaxie contre la propagation du virus doivent être subventionnés», ajoutent-ils. De leur avis, la production en plein sol a démontré ses limites et devient encore plus compliquée avec l’avènement du nouveau virus. «La contamination des sols par le nouveau virus impose le passage au dispositif de la culture en substrat hors-sol pour éviter une éventuelle attaque virale précoce», exposent-ils. Le système recommandé reste cependant très coûteux surtout qu’il est appelé à être changé chaque année en raison des risques de contamination. Dans ce cadre, les producteurs mettent en exergue la nécessité de l’entrée du substrat sous un régime de subvention et d’exemption de la TVA. Le soutien des établissements de recherche spécialisés dans le domaine des maladies virales et de prophylaxie est aussi un vœu de la profession. Problèmes liés à l’eau, à la main-d’œuvre et à la question des surfaces cultivables sont aussi des dossiers pour lesquels la profession requiert un accompagnement institutionnel.
Sur le plan commercial, les producteurs proposent, en faveur du développement du marché local, une libéralisation de la commercialisation directe des fruits et légumes avec la mise en place du dispositif juridique et commercial nécessaire. À l’export, la profession souligne l’importance d’épargner les producteurs exportateurs pendant les périodes de crise ou de pénurie du produit. «La suspension des certificats d’export ne doit pas toucher les exportateurs qui sont adossés à une assise de production», soulignent-ils. Associer les producteurs au projet de restructuration de la commercialisation, instaurer un prix minimal garanti et un système de référence de prix sont d’autres mesures et orientations qu’ils souhaiteraient voir mises en œuvre.
Subventions et incitations financières
Pour l’heure, pour atténuer l’augmentation des coûts de production et l’impact du déficit pluviométrique, l’aide de l’État aux professionnels se traduit notamment par la distribution d’engrais azotés subventionnés. Au programme figurent également des incitations financières de l’État pour l’acquisition des semences et plants de la tomate ronde. L’aide qui s’étale sur deux campagnes agricoles est indexée selon la superficie de la culture réellement plantée, expliquent les responsables de l’ORMVA Souss-Massa. En ce qui concerne les montants des subventions, l’incitation financière est de 70.000 DH/ha pour les semences de tomates rondes sous serre et 40.000 DH/ha pour les tomates plein champs, précise la même source. À noter que ces mesures s’inscrivent dans le cadre d’un programme global d’appui en faveur des filières végétales.
