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La diversification des partenariats au service de la puissance industrielle

Europe, États-Unis, pays du Golfe, Chine : le Maroc multiplie les partenariats économiques sans s’enfermer dans une logique
de blocs. Derrière cette ouverture, une même priorité : attirer des investissements capables de créer de l’emploi, de transférer des technologies et d’ancrer davantage de valeur ajoutée dans le Royaume.

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Pendant longtemps, les relations économiques internationales du Maroc pouvaient se lire principalement à travers son ancrage européen.
Cette réalité demeure: l’Union européenne reste un débouché essentiel pour les exportations marocaines et la France conserve notamment une place majeure dans l’investissement au Royaume.

Mais la cartographie est désormais beaucoup plus large.
Au fil des années, Rabat a construit un modèle d’ouverture reposant moins sur la substitution d’un partenaire à un autre que sur leur diversification. Aux liens historiques avec l’Europe se sont ajoutés des relations économiques plus profondes avec les États-Unis, des partenariats stratégiques avec les pays du Golfe et, plus récemment, une accélération des investissements industriels chinois.

Cette diversification ne traduit pas un changement d’alliance. Elle répond d’abord à une logique économique : attirer les capitaux, technologies et savoir-faire les plus utiles au développement de l’appareil productif marocain.

De l’ouverture commerciale à l’intégration industrielle
Le principal avantage du Maroc tient précisément à sa capacité à faire dialoguer ces différents espaces économiques.

Le Royaume dispose d’un accès privilégié à l’Union européenne, d’un accord de libre-échange avec les États-Unis, de liens étroits avec plusieurs économies arabes et, via la Zlecaf, d’une ouverture croissante sur le marché africain. Cette architecture commerciale s’accompagne d’infrastructures logistiques et industrielles qui renforcent son attractivité: Tanger Med, les écosystèmes automobiles de Tanger et Kénitra, les plateformes aéronautiques de Casablanca ou encore les zones industrielles spécialisées. Cette politique a déjà permis au Maroc de s’insérer dans plusieurs chaînes de valeur mondiales.

Les groupes européens, notamment français, en constituent l’un des exemples les plus anciens. Renault et Stellantis ont contribué à y faire émerger un puissant écosystème automobile.
Dans l’aéronautique, des entreprises comme Safran approfondissent désormais leur implantation : le groupe a notamment annoncé 320 millions d’euros d’investissements cumulés pour un nouvel atelier de maintenance de moteurs LEAP et une ligne d’assemblage à Casablanca, avec plusieurs centaines d’emplois à la clé. La France demeure d’ailleurs le premier investisseur étranger au Maroc en stock et représente 33% des flux nets d’IDE entrants en 2025. L’enjeu n’est donc plus uniquement d’accueillir des unités d’assemblage.

Le Maroc cherche progressivement à capter des activités plus complexes, nécessitant davantage de compétences, d’ingénierie et de technologie.

Les pays du Golfe, partenaires de grandes infrastructures
Cette diversification prend une autre forme avec les pays du Golfe. Les Émirats arabes unis, par exemple, sont engagés dans plusieurs projets structurants associant capital marocain et émirati. En 2025, un consortium réunissant notamment le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, TAQA Morocco et Nareva a engagé un programme portant sur le dessalement, les énergies renouvelables, le transport de l’électricité et les infrastructures hydriques.

Au-delà du financement, ces projets doivent contribuer à développer des capacités industrielles locales, à former des compétences et à transférer des technologies dans des secteurs stratégiques pour le Royaume. Le programme annoncé vise notamment plus de 25.000 emplois, dont 10.000 permanents.

L’intérêt pour le Maroc est évident : mobiliser des capitaux internationaux non seulement pour financer des infrastructures, mais aussi pour accélérer des transformations que le pays considère comme prioritaires (sécurité énergétique, eau, transition bas carbone et développement industriel).

La Chine, nouvelle pièce du dispositif
C’est dans cette logique qu’il faut lire le rapprochement économique avec la Chine. La relation commerciale reste fortement déséquilibrée : la Chine demeure avant tout un fournisseur majeur du Royaume. Mais une évolution importante est engagée. Plusieurs entreprises chinoises ne cherchent plus seulement à vendre au Maroc, elles y installent désormais des capacités industrielles.

Le mouvement est particulièrement visible dans la batterie et le véhicule électrique.
À Kénitra, Gotion High-Tech a engagé la première phase d’une gigafactory représentant 12,8 milliards de dirhams d’investissement. À Jorf Lasfar, Cobco, coentreprise
d’Al Mada et du chinois CNGR, développe la production de matériaux pour batteries.

À Tanger, BTR New Material ou Hailiang ont également annoncé des investissements industriels significatifs. L’intérêt de ces projets dépasse leur nationalité.
Ils correspondent précisément au type d’investissements que le Maroc cherche aujourd’hui à attirer : des capacités de production destinées en partie à l’export, de nouvelles technologies, des métiers industriels plus qualifiés et une possibilité de remonter progressivement la chaîne de valeur.

Dans la batterie électrique, cette évolution est particulièrement stratégique. La batterie représente une part significative de la valeur d’un véhicule électrique. Produire au Maroc les précurseurs, cathodes, anodes, feuilles de cuivre et les cellules permettrait donc au Royaume d’aller bien au-delà de l’assemblage automobile. Certains projets prévoient également des capacités de recherche et développement.

La Chine devient ainsi non pas une alternative aux partenaires historiques du Maroc, mais une couche supplémentaire dans un écosystème international de plus en plus diversifié.

Un modèle fondé sur la complémentarité
Cette évolution permet aussi de dépasser une lecture géopolitique trop binaire des investissements étrangers. Une usine chinoise installée au Maroc peut produire pour un constructeur européen. Une entreprise française peut s’appuyer sur des fournisseurs américains, européens ou asiatiques. Des capitaux du Golfe peuvent financer des infrastructures utilisées par l’ensemble de l’écosystème industriel.

Et les accords commerciaux du Royaume permettent ensuite d’exporter une partie de cette production vers l’Europe, l’Amérique ou l’Afrique.
Le Maroc cherche précisément à occuper cette position d’intersection. Sa stratégie consiste moins à choisir entre ses partenaires qu’à créer suffisamment de complémentarités pour devenir difficilement contournable dans certaines chaînes de valeur.

Cette logique apparaît déjà dans l’automobile et l’aéronautique. Elle commence à s’étendre aux batteries, aux énergies renouvelables, au dessalement, au numérique et à d’autres industries de nouvelle génération.

Les chiffres des investissements directs étrangers montrent d’ailleurs que cette ouverture continue de produire des effets : à fin août 2026, le flux net d’IDE au Maroc atteignait 34,3 milliards de dirhams, en progression de 65% par rapport à la même période de 2025.

La vraie compétition se joue sur la valeur créée au Maroc
Toutes les relations commerciales ne produisent cependant pas le même effet économique. Le Maroc entretient également des échanges importants avec des partenaires qui restent davantage positionnés comme des fournisseurs. C’est notamment le cas de la Russie, dont les exportations vers le Royaume sont concentrées sur des produits comme les céréales, l’aluminium, les engrais et d’autres matières ou produits intermédiaires. Les importations marocaines depuis la Russie ont représenté environ 677 millions de dollars en 2025, selon les données de Comtrade.

Cette relation présente un intérêt commercial évident, notamment pour l’approvisionnement du Royaume. Elle demeure cependant, à ce stade, différente des partenariats qui se traduisent par l’installation de grandes capacités de production, la création d’écosystèmes industriels ou des transferts technologiques importants.

La comparaison est éclairante : dans la stratégie économique marocaine, la profondeur d’un partenariat se mesure désormais de moins en moins au seul volume des échanges commerciaux et davantage à ce qu’il permet de produire au Maroc.

C’est probablement là que se situe le véritable fil conducteur de la politique d’ouverture du Royaume.

Qu’ils viennent d’Europe, d’Amérique du Nord, du Golfe ou d’Asie, les partenaires capables d’investir dans la production, de former des compétences, d’introduire de nouvelles technologies et d’ouvrir des marchés prennent une importance croissante. La diversification n’est donc pas une fin en soi. Elle devient un instrument de politique industrielle.

Pour le Maroc, l’objectif n’est pas de remplacer une dépendance par une autre, mais de multiplier suffisamment les partenariats pour en tirer davantage d’investissements, de technologie et de valeur ajoutée locale. Dans un environnement international de plus en plus fragmenté, cette capacité à travailler simultanément avec plusieurs pôles économiques pourrait bien devenir l’un de ses principaux avantages compétitifs.