Affaires
La Bourse de Casablanca pourrait revenir au vert
Les difficultés d’approvisionnement, conjuguées au contexte national défavorable, pèsent sur le marché actions. Il semble absorber ces chocs, puisqu’il a ramené sa baisse annuelle à 2,3%. D’un point de vue macro-économique et politique, la bourse est plus attrayante.
La Bourse de Casablanca remonte progressivement, après les baisses successives qu’elle a affichées les deux derniers mois. La contre-performance est, en date du 19 avril, à 2,3%, alors qu’elle avait atteint jusqu’à 7% en début du mois dernier. Le marché actions a non seulement effacé les gains enregistrés depuis début janvier mais s’est inscrit carrément en territoire négatif par rapport à la bonne orientation de l’indice en 2021 où il a clôturé l’année sur une progression de 18,3%.
Bien que la masse bénéficiaire au titre de l’exercice 2021 soit ressortie en hausse de 65% avec un résultat net global de 28,8 milliards de DH, cela n’a pas été suffisant pour endiguer l’ensemble des évènements qui touchent l’économie marocaine, qu’ils soient internes ou externes. En effet, la déclaration de l’état de sécheresse en février dernier a mis à mal la confiance ou encore la visibilité des investisseurs dans le marché actions, puisque cela a eu pour conséquence une revue des estimations de la croissance à la baisse, avec tout ce que cela engendre aussi bien sur le plan de la consommation des ménages, de la situation des finances publiques ou même du moral des investisseurs. Pour rappel, Bank Al-Maghrib prévoit une croissance économique de 0,7% cette année au lieu de 7,3% prévu initialement, avec une contribution de la valeur ajoutée agricole de -19,8%, contre +18,8% réalisée en 2021. Ajouter à cela, le Chef du gouvernement a estimé que l’économie marocaine devrait finir l’année sur une croissance comprise entre 1,5% et 1,7%.

Il a précisé que ce niveau de croissance prévu, recouvre, principalement, le recul de la valeur ajoutée agricole de 11%, contre une hausse de 18% au cours de la précédente campagne agricole précédente. «Avec l’amélioration des résultats annuels de 32% hors impact des dons au Fonds Covid-19, les sociétés cotées ont même enregistré un léger mieux par rapport à 2019. Toutefois, les investisseurs craignent que cette bonne orientation soit compromise à cause justement de ce contexte économique interne», explique un professionnel du marché actions. Il est vrai que le gouvernement, à travers des institutions, a mobilisé une enveloppe de 10 milliards de DH pour sauver l’année agricole, aussi bien pour les agriculteurs que pour les éleveurs. Mais, «bien que ces efforts soient louables et permettraient de protéger même des ménages du monde rural, ils ne parviendraient pas à compenser le rendement généré par les cultures/élevages. Le manque à gagner qui serait constaté entre le montant indemnisé et le rendement est important et devrait donc affecter la consommation», signale notre source. Sur le plan externe, la guerre russo-ukrainienne a rajouté de l’huile sur un feu déjà bien allumé. Cela se matérialise notamment par les tensions sur les approvisionnements des matières premières. Si l’on prend Lesieur comme exemple, cette société importe du colza et du tournesol essentiellement du marché ukrainien. L’approvisionnement est donc exposé à un risque. De même, la Russie est sous embargo international. Ces tensions géopolitiques ont eu un effet direct sur approvisionnement et de facto sur le prix des intrants qui sont montés en flèche. D’autres effets sont visibles, à l’instar de la hausse du prix de plusieurs produits agricoles et de consommation, ainsi que des carburants, qui est ainsi répercutée sur le citoyen. Il ne faut pas oublier que cette inflation dite importée menace les marges de plusieurs opérateurs qui dépendent, pour leur activité, des importations des matières premières des marchés internationaux. Ces conditions actuelles affectent la visibilité et les investisseurs, surtout dans le marché actions, sont allergiques à l’opacité.
Cela dit, toutes choses égales par ailleurs, il convient de noter que le marché actions semble absorber ces chocs nationaux et étrangers. Notre professionnel estime ainsi, qu’en l’absence d’autres annonces défavorables qui pourraient contribuer à enfoncer le marché, ce dernier pourrait revenir au vert, sans pour autant espérer réaliser une croissance supérieure à deux chiffres. Cependant, il ne faut pas oublier que les investisseurs étrangers font des arbitrages entre les places boursières voisines, qui disons-le, restent plus intéressantes en terme de PER. Au moment où notre marché actions traite à des niveaux de valorisation de 23, contre 9 pour l’Egypte par exemple, 7 pour la Turquie ou encore 11 pour l’Afrique du Sud. Fort heureusement, en dépit de toutes ces turbulences, l’économie marocaine reste résiliente et capable de les affronter. D’autant que la diplomatie marocaine continue de jouer un rôle important dans la stabilisation ou la relance des relations avec ses partenaires. Ce qui, in fine, crée auprès de ces mêmes investisseurs étrangers dont la part dans la détention des titres est importante, une certaine confiance et les pousse du coup à renforcer leurs positions dans le marché actions marocains, au détriment de pays plus instables économiquement et politiquement.