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Jeux vidéo : Une carte à jouer

Le secteur des jeux vidéo au Maroc connaît une certaine évolution, marquée par des succès, des opportunités d’emploi, mais aussi des défis structurels.

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L’industrie des jeux vidéo, qui brasse actuellement des milliards de dollars à travers le monde, est l’une des industries culturelles majeures du XXIe siècle. Le Maroc, fort de ses millions de gamers et de la créativité de sa jeunesse, peut en tirer son épingle du jeu. Et les responsables marocains l’ont compris et n’hésitent pas à afficher leurs ambitions. «Le Maroc dispose de tous les atouts pour devenir un centre continental et mondial des jeux électroniques», avait affirmé le président de la Fédération royale marocaine des jeux électroniques (FRMJE), Hicham El Khlifi, lors d’un récent colloque, qui ambitionne de faire passer le nombre de gamers de 4 millions actuellement à 8 millions dans les prochaines années.

Création d’emplois
Avec plus de 2,5 milliards de joueurs dans le monde ayant dépensé 149 milliards de dollars en 2019, l’industrie des jeux vidéo surpasse désormais la musique et le cinéma en termes de revenus. Cela offre des opportunités d’emploi variées, allant des artistes et designers aux ingénieurs, communicants, développeurs et bien d’autres. Néanmoins, de nombreux talents travaillent de manière indépendante, faute de moyens pour les entreprises d’embaucher du personnel permanent.

Au Maroc, l’histoire a commencé en 2011, lorsque l’entreprise française Ubisoft s’est installée à Casablanca. Sa présence jusqu’en 2016 a joué un rôle crucial dans la formation d’une génération de designers et de développeurs marocains. Des studios locaux, tels que Funsoft et Shiko Games, comptent aujourd’hui d’anciens employés d’Ubisoft parmi leurs équipes. Cependant, la plupart des acteurs de ce secteur au Maroc sont des autodidactes.

L’industrie des jeux vidéo est un formidable outil de création d’emplois, d’où l’importance pour les pouvoirs publics de développer ce secteur. Les opportunités de création d’emplois sont nombreuses et peuvent toucher une large palette de profils: artistes, designers, ingénieurs, communicants, développeurs, managers de projets culturels, réalisateurs, musiciens… «Ces talents existent au Maroc, mais travaillent bien souvent de manière indépendante sur des projets marocains ou étrangers, vu que les sociétés n’ont pas les moyens d’embaucher des permanents», nous indique un professionnel du secteur.

Autre frein au développement de cette industrie : la rareté des opportunités de financement. Si au Maroc les exemples de financement sont rares, certains studios ont pu bénéficier de fonds dédiés à l’entrepreneuriat numérique, comme c’est le cas de Rym Games, avec son jeu The Dark Occult, sorti en 2018, et qui avait pu lever deux ans plus tôt quelque 2,8 millions de dirhams auprès de Maroc Numeric Fund (MNF).
De profondes mutations

Les modes de distribution, de monétisation des jeux et les modèles économiques des studios ont beaucoup évolué ces dix dernières années. De nombreux développeurs marocains indépendants travaillent sur des jeux mobiles, c’était aussi l’une des spécialités d’Ubisoft Casablanca. Cependant, cette évolution reste tributaire de l’accès du public marocain aux «stores» mobiles.

C’est que la législation marocaine concernant les achats en ligne n’aide pas à l‘accès du public aux créations mobiles. Les “stores”, qui monopolisent la distribution dans une logique oligopolistique (Google Play Store et Apple Store), sont très contraignants pour les entreprises marocaines et se servent gracieusement sur les achats d’application (30% du prix de vente). La visibilité est le problème majeur et est la plus grande bataille que mènent les développeurs marocains de jeux vidéo.

Une «moroccan touch»
Au Maroc, il y aurait néanmoins ce qu’on pourrait appeler une «moroccan touch», comme l’avait souligné une récente étude sur les industries culturelles numériques réalisée par l’Institut français du Maroc. «Certains développeurs ont à cœur de faire vivre les cultures présentes au Maroc à travers leurs jeux. Khalil Arafan de Palmgrove Software a travaillé sur une application d’apprentissage de la musique Gnawa traditionnelle, sur un jeu marocain classique de cartes (qui a dépassé les 50.000 téléchargements) et a aussi lancé une application d’apprentissage de la langue arabe. Le jeu vidéo en VR (réalité virtuelle) de Funsoft présentait aussi dans son esthétique et ses paysages une touche, si ce n’est marocaine, africaine», peut-on lire sur l’étude.

Pour développer au mieux ce secteur, le Maroc devrait également mettre le paquet sur la formation. Pour créer un jeu vidéo, il faut essentiellement des développeurs et des graphistes. Et comme au Maroc, le marché est principalement constitué d’indépendants, les collaborations se basent sur le réseau personnel et la confiance mutuelle. Le Royaume devrait donc investir fortement dans des formations dédiées pour mieux mettre en relation ces deux profils avec les investisseurs.