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SARLAU vs auto-entrepreneur : Un match «déséquilibré» !
La montée en puissance de la SARL à associé unique en tant que forme juridique préférée des entrepreneurs reflète une volonté d’indépendance, de structuration et d’optimisation des risques financiers. Pour les experts, à défaut d’une réforme du statut de l’auto-entrepreneur, cette personne morale a encore de beaux jours au Maroc. Analyse.
L’analyse objective des derniers chiffres de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (début mars 2025) amène au constat suivant: la forme juridique de la SARL à associé unique (SARLAU) est particulièrement plébiscitée par les entrepreneurs marocains. En effet, selon l’OMPIC, près de 65% des 95.000 entreprises créées en 2024 sont des SARLAU (soit près de 62.000 structures).
En revanche, la SARL représente une part de 34%. Eu égard à cette donne factuelle, tout l’enjeu ici est de comprendre les ressorts de l’engouement des entrepreneurs nationaux pour cette forme juridique. En d’autres termes, la SARLAU recèle-t-elle une pléthore d’avantages fiscaux, économiques, voire autres, la rendant plus attrayante que le régime de l’auto-entrepreneur, vanté généralement pour sa simplicité pour un débutant qui veut se lancer en solo et son régime fiscal allégé, avec en prime l’existence d’une couverture médicale (AMO) ?
Interpellé sur les raisons du succès de la SARLAU comme forme juridique préférée des entrepreneurs marocains, Zakaria Fahim, expert-comptable et managing partner du cabinet BDO Maroc, apporte des éléments de réponse qui, en filigrane, mettent à nu les lacunes du régime de l’auto-entrepreneur qu’il considère pourtant comme une porte d’entrée intéressante dans l’univers entrepreneurial au Maroc.
Une tendance, trois volontés
L’homme des chiffres qui a accompagné plusieurs entreprises marocaines au cours de sa longue carrière est formel : les limites du régime de l’auto-entrepreneuriat poussent les entrepreneurs vers des structures plus adaptées à la croissance et à la sécurisation de leurs activités. Et d’expliquer : «La montée en puissance de la SARLAU reflète une volonté d’indépendance, de structuration et d’optimisation des risques financiers.
Une tendance qui, sans réforme du statut d’auto-entrepreneur, devrait se poursuivre dans les années à venir dans notre pays». Il importe de rappeler que cela fait près de dix ans que le statut de l’auto-entrepreneur a été introduit au Maroc, avec plus de 400.000 auto-entrepreneurs actifs.
Après avoir été confrontés à la réalité entrepreneuriale pendant près d’une décennie, nombreux sont les experts nationaux, à l’instar de notre source, qui plaident pour une réforme de ce statut. Et ce, afin de l’adapter au paysage entrepreneurial marocain, en pleine mutation, de surcroît drivé par les enjeux liés à la formalisation optimale et à une meilleure protection juridique.
Quatre facteurs explicatifs
Il ressort de l’analyse de Fahim que le succès de la SARLAU tient à quatre principales raisons au Maroc. La première a trait à la propension de cette forme juridique à limiter le risque financier aux seuls apports. À ce titre, il est important de garder à l’esprit que, contrairement au statut de l’auto-entrepreneur où le patrimoine personnel est engagé, la SARLAU protège le fondateur de l’entreprise en question, en limitant sa responsabilité au montant du capital social.
De l’avis de notre interlocuteur, cette forme juridique rassure particulièrement ceux qui opèrent dans des secteurs à risque. La deuxième raison explicative du grand engouement suscité par la SARLAU auprès des entrepreneurs nationaux est la nature structurante du cadre juridique et fiscal offert.
Concrètement, la SARLAU est soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), souvent plus avantageux que l’IR appliqué aux auto-entrepreneurs. Toujours au registre fiscal, elle permet également la déduction des charges d’exploitation, optimisant ainsi la fiscalité au-delà d’un certain seuil de chiffre d’affaires.
Autre atout, selon Fahim : l’accès aux marchés publics et au financement bancaire y est plus aisé que pour un auto-entrepreneur, souvent perçu comme trop informel.
La troisième raison du succès de la forme juridique précitée est liée aux principales limites du statut d’auto-entrepreneur. Il y a d’abord le plafond annuel du chiffre d’affaires par client fixé à 80.000 DH, au-delà duquel un taux de 30% est appliqué. À l’évidence, ce plafond peut brider la croissance de l’activité et oblige souvent l’auto-entrepreneur à fractionner artificiellement la facturation.
Ensuite, le régime de l’auto-entrepreneur n’offre guère aux personnes concernées la possibilité de s’associer, de prendre des participations ou d’intégrer des investisseurs. Cette impossibilité restreint les perspectives d’expansion. De plus, le risque d’être perçu comme un acteur de l’informel «déguisé», surtout auprès des grandes entreprises et des banques, plaide en faveur de la SARLAU, laquelle reflète un choix assumé de l’entrepreneur de rester seul maître à bord dans sa structure (4e raison).
À ce titre, l’explication de notre expert est édifiante à plus d’un titre. «Beaucoup d’entrepreneurs souhaitent garder un contrôle total de leur activité, sans être contraints par un pacte d’associés ou une gouvernance élargie», avance-t-il.
En définitive, bien qu’il soit, de prime abord, une porte d’entrée intéressante dans l’univers entrepreneurial, le régime de l’auto-entrepreneur est altéré par plusieurs faiblesses gommées par la SARLAU qui, visiblement, a encore de beaux jours au Maroc.
Des pistes pour réformer le statut de l’auto-entrepreneur
Dans l’optique d’améliorer le statut de l’auto-entrepreneur et le rendre plus attractif, tout en favorisant son évolution vers des structures plus solides, Zakaria Fahim dresse une série de recommandations. À ce titre, il y a lieu de citer le relèvement des plafonds des chiffres d’affaires annuels (200.000 DH pour les services et 500.000 DH pour le commerce) afin de les aligner sur des modèles internationaux, comme celui de la France (77.700 euros pour les services et 188.700 euros pour le commerce).
Sont également proposées l’introduction d’un plafond progressif (pour permettre aux entrepreneurs de grandir sans changer brusquement de statut) et la suppression (ou l’ajustement) du plafond de 80.000 DH par client. Autres pistes suggérées par le commissaire aux comptes : permettre l’association et la co-entreprise, réduire la taxation post-amnistie, faciliter l’accès au financement (avec la création d’un fonds de garantie dédié), assurer une meilleure reconnaissance juridique et sociale et enfin encourager la transition vers des formes juridiques plus structurées, en instaurant, par exemple, une période de transition accompagnée.