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Investissements

Maroc-Émirats : Un big deal, en attendant l’accord stratégique global

L’émirati Taqa et le marocain Nareva viennent de signer trois protocoles d’accord dans le cadre d’un consortium formé avec le FM6I et l’ONEE. À la clé, des projets structurants dans le dessalement, les EnR, le transport d’électricité et le transfert de l’eau.

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Il y a un peu plus d’une semaine, le ministre d’État émirati au Commerce extérieur déclarait, dans une émission télé, que son pays s’apprête à signer un accord de partenariat global avec le Maroc. Ce n’est plus qu’une «question de calendrier».

Le ministre affirme que «nous sommes en train de chercher à fixer une date» pour la conclusion de ce partenariat stratégique majeur, qui, de toutes les manières, «doit entrer en vigueur au cours de cette année 2025».

Quelques jours après les déclarations du ministre, en prélude à cet accord, deux opérateurs, l’émirati Taqa et le marocain Nareva, annoncent un mégaprojet de production et de transport d’électricité verte et d’eau.

Les protocoles d’accord signés le 19 mai portent, en effet, sur le développement de nouvelles infrastructures de transport de l’eau et de l’électricité ainsi que de nouvelles capacités de dessalement d’eau de mer et de production d’électricité à partir de sources renouvelables et de gaz naturel.

C’est le plus gros investissement privé de l’histoire du Maroc, soit entre 130 et 150 milliards de dirhams, selon les estimations. L’investissement est porté par les Émiratis de Taqa, ainsi que Nareva, le Fond Mohmmed VI pour l’investissement et l’ONEE. Ce mégaprojet devra créer 25.000 emplois d’ici à 2030, dont 10.000 permanents.

Ce programme d’investissement «s’inscrit dans le cadre des stratégies hydriques et énergétiques du Royaume du Maroc et vise à renforcer tant la sécurité hydrique que l’indépendance énergétique nationales et à faire face aux besoins urgents et prioritaires identifiés dans ces domaines», indique un communiqué de l’ONEE.

Il prévoit notamment le dessalement de 900 millions de m³/an, avec la construction de 5 stations réparties sur les côtes atlantiques et méditerranéennes, alimentées en énergies renouvelables et l’interconnexion entre les bassins Oued Sebou et Oum Rabiâ pour le transport de 800 millions de m³ d’eau/an.

La réalisation de ces stations de dessalement permettra de renforcer la capacité nationale de dessalement, et ce, à un tarif cible ne dépassant pas 4,5 dirhams (HT) le m3, est-il précisé.

Un modèle pour l’Afrique
Sur le volet électricité, il est prévu de construire la ligne électrique de 1.400 km reliant le sud et le centre du Royaume, de mettre en place 1.200 MW de nouvelles capacités d’énergie renouvelable, avec l’extension de la centrale à gaz de Tahaddart pour atteindre une capacité de 1.500 MW.

Enfin, l’accord prévoit le développement d’une filière industrielle locale ainsi que le transfert de compétences et de technologies. Ce programme d’investissement constituera ainsi «une opportunité pour le développement de filières de formation et d’expertises techniques en relation avec ces secteurs d’activité clés».

Les projets seront réalisés avant 2030. En effet, précise l’ONEE, «compte tenu de l’importance stratégique et du contexte d’urgence des projets, le consortium (Nareva-Taqa-FM6I et ONEE) veillera à réunir les meilleures expertises nationales et internationales afin de permettre leur réalisation progressive d’ici 2030».

En plus de sécuriser ses ressources en eau et d’atteindre sa souveraineté énergétique, les implications géopolitiques de cet investissement pour le Royaume ne peuvent être ignorées. Ces projets lui permettent de passer d’un «pays importateur» à un «pays exportateur d’énergie verte», non seulement en termes d’exportations d’énergie, mais aussi en termes d’élévation de son statut géopolitique.

Selon des analystes, le déploiement de 14 milliards de dollars de capitaux constitue non seulement un tournant dans la politique énergétique et hydrique du Maroc, mais peut également servir de modèle d’infrastructure multidimensionnel de référence pour d’autres pays africains.