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Affaires

Inquiétante léthargie du marché des matériaux de construction

Bois, ciment, céramique… , presque aucune filière n’est épargnée.
Les stocks s’accumulent et les céramistes ont même dû arrêter la production durant 15 jours en janvier.
Les professionnels attendent avec impatience la relance du logement social.

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Après avoir connu une baisse en 2009, le marché des matériaux de construction n’arrive toujours pas à sortir la tête de l’eau. Fortement impactés par la baisse de 30% de la production de logements sociaux, les fournisseurs de ciment, bois, acier et céramique affirment avoir mal, voire très mal, démarré l’année 2010.
David Toledano, président de la Fédération nationale des matériaux de construction (FNMC), confirme : «La baisse de l’activité s’explique par deux raisons. La première a trait aux intempéries de ces dernières semaines dans plusieurs régions du Royaume et qui gênent les chantiers de construction. La seconde tient, quant à elle, à l’absence de convention pour le logement social en 2008 et 2009».
Les céramistes semblent être les plus touchés par la crise immobilière et ce n’est pas Fouad Benzakour, DG de super Cerame, filiale d’Ynna Holding, et président de l’Association professionnelle des industries céramiques (APIC), qui dira le contraire. «Nous avons eu une activité très réduite durant l’année 2009 et les choses ne semblent pas s’arranger en ce début d’année puisque nous continuons d’accuser une baisse avoisinant les 10%. Les stocks s’accumulent, ce qui nous oblige à arrêter la production par moments», regrette-t-il. Plusieurs usines de production de céramique ont été obligées de le faire durant une quinzaine de jours en janvier. «Nous ne pouvions plus continuer à produire car les carreaux de céramique ne se vendent pas et les dépôts sont déjà pleins», souligne un autre producteur.
Hormis le marasme dans l’immobilier, la très mauvaise forme de la céramique s’explique, selon M.Benzakour, par l’augmentation «dangereuse» des importations en provenance de grands pays producteurs tels que l’Espagne et l’Italie. «D’après nos premières estimations, les importations de céramique ont presque doublé entre 2008 et 2009 pour atteindre les 18 millions de m2 l’année dernière. Conjuguée à la morosité dont souffre le marché de l’immobilier, cette hausse des importations risque d’enfoncer un peu plus la production nationale», fait remarquer M. Benzakour.

Légère reprise de la demande de bois blanc

Les professionnels du bois font également grise mine en ce début d’année. «Le marché est en berne depuis 2009 et même si certains opérateurs ressentent une légère reprise en 2010, il ne s’agit que du trompe-l’œil puisque en janvier l’activité souffrait encore plus», confie le responsable d’une société spécialisée dans le négoce du bois.
Pour lui, si l’activité est restée très calme en janvier 2010, ce n’est pas pour les mêmes raisons qu’en 2009. «L’année dernière, les prix du bois avaient grimpé à l’international, ce qui s’est répercuté sur les prix nationaux», affirme-t-il. En effet, les prix du bois sur le marché domestique avaient alors frôlé les 45 DH le mètre pour le bois blanc et les 4 200 DH/m3 pour le bois de coffrage. «C’est pour cette raison qu’on n’arrivait pas à écouler notre stock. Cette année, les prix sont très raisonnables (ndlr, environ 29 DH/mètre pour le bois blanc et 2 600 le m3 pour le bois rouge), la mévente est due au marasme dont souffre le secteur de l’immobilier», explique la même source.
Badr Benslimane, directeur commercial de la Compagnie générale des bois et matériaux, se montre un peu plus optimiste en assurant sentir une légère reprise de l’activité en ce début d’année, mais pas dans toutes les villes. «Après la dégringolade de l’année 2009, nous avons senti une petite reprise qui se poursuit depuis janvier dernier. Mais ce n’est pas le cas pour toutes les régions puisque l’activité continue de stagner dans certaines villes comme Marrakech et Tanger», analyse-t-il. Selon lui, la reprise de l’activité se ressent au niveau du bois blanc qui est utilisé dans les constructions, à la différence du bois rouge plus utilisé pour les finitions et l’ameublement. En effet, poursuit M.Benslimane, «que ce soit pour nous ou pour nos confrères, la rotation des stocks en bois blanc a considérablement changé en ce début d’année puisqu’on est passé de deux à un mois de rotation, ce qui montre que les chantiers ont repris dans certaines villes».

Les ventes de ciment chutent de 3,29% en janvier

Le ciment, principal indicateur de ce marché, ne déroge pas à la règle et les ventes accusent une baisse de 3,29% en janvier en comparaison avec la même période en 2009. Tanger-Tétouan et Rabat-Salé-Zemmour-Zaër arrivent en tête des régions les plus touchées par la baisse avec respectivement -19,09% et -13,74%. Hassan Chouaouta, chargé de mission auprès de l’Association professionnelle des cimentiers (APC), invoque également les intempéries de ces dernières semaines pour expliquer la baisse des ventes. «Les routes étaient impraticables dans certaines régions, ce qui a beaucoup gêné les livraisons de ciment» , analyse M.Chouaouta. La méforme du secteur de l’habitat, qui engloutit près de 80% de la production du ciment, est également avancée par les cimentiers qui espèrent voir les premières retombées du nouveau plan de relance de l’habitat social à partir d’avril et mai prochains.