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IDE : 2024 s’annonce comme un grand cru pour le Maroc
Culminant à plus de 16,6 milliards de dirhams en 5 mois, les recettes des investissements directs étrangers tutoient leur plus haut historique. Une tendance de fond appelée à se poursuivre et qui devrait les propulser à des niveaux inédits lors des prochaines années.
Le Maroc consolide plus que jamais sa vocation de terre d’investissement par excellence. Après une année 2023 en berne, marquée par un contexte international difficile peu propice à l’investissement, les IDE dans le Royaume sont repartis de plus belle en 2024, atteignant des sommets, comme en témoignent les dernières statistiques de l’Office des changes. Les chiffres sont sans équivoque : le flux net des IDE (c’est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses d’IDE) s’est établi à 10,1 milliards de dirhams à fin mai 2024, en hausse de plus de 110% par rapport à la même période un an auparavant. C’est 5,3 milliards de dirhams de plus qu’à la même période de l’année dernière.
Une évolution significative qui résulte, d’une part, de la forte hausse des recettes des IDE de près de 20% sur les 5 premiers mois de l’année, culminant à près de 16,6 milliards de dirhams. Un niveau de recettes considéré comme le deuxième plus haut niveau dans l’histoire de l’économie nationale, se félicite le gouvernement. D’autre part, les dépenses d’IDE, qui comptabilisent notamment les opérations de désinvestissement et de remboursement de prêts ainsi que les dividendes et intérêts, sont en baisse de 30% pour s’établir à un peu plus de 6 milliards de dirhams. Au final, à fin mai, le flux net des IDE a plus que doublé en un an! Cette dynamique des IDE n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte des réformes profondes mises en place par le gouvernement, visant à renforcer la position du Maroc à l’échelle mondiale et à en faire une destination de premier plan pour les investissements internationaux. Parmi ces réformes figure la nouvelle Charte de l’investissement, un «game changer» entré en vigueur en mars 2023, qui définit un cadre clair pour les investisseurs et dont les effets vont de plus en plus se faire sentir à mesure que les projets annoncés dans différents secteurs (énergie, industrie automobile, gigafactories, etc.) se concrétisent.
Cap sur les 46 MMDH en 2024
L’année 2024 devrait d’ailleurs s’achever sur des niveaux très élevés des IDE au Maroc, à en croire les dernières prévisions de Bank Al-Maghrib. Selon l’institution, les recettes des IDE progresseraient à 46,6 milliards de dirhams, soit l’équivalent de 3,1% du PIB en 2024. Un niveau qui dépasse celui de 2018, année durant laquelle les recettes des IDE avaient dépassé 46,1 milliards de dirhams, portées notamment par l’opération de rachat de Saham Assurance par Sanlam pour près de 10 milliards de dirhams. Toujours selon la banque centrale, les recettes des IDE s’accroîtraient davantage en 2025 pour atteindre l’équivalent de 3,2% du PIB.
Il faut dire que le Maroc dispose d’un réservoir important de projets d’investissement annoncés et validés mais non encore concrétisés. Il faut garder à l’esprit qu’il y a toujours un temps de latence, entre la décision d’investir dans un pays et la concrétisation de cet investissement. Un processus d’investissement complet, depuis l’expression de l’intérêt par l’investisseur jusqu’à sa concrétisation sur le terrain, en passant par la signature d’un mémorandum d’entente et l’approbation du projet en Commission, peut même s’étaler sur plusieurs années.
Quand on sait que la Commission nationale des investissements, instituée par la nouvelle Charte de l’investissement, a tenu cinq sessions depuis mars 2023 sanctionnées par l’adoption de 115 projets totalisant 173 milliards de dirhams et permettant la création de plus de 96.000 emplois directs et indirects, et qu’une part non négligeable de ces projets concerne des investissements étrangers, on comprend que le flux d’IDE ne peut qu’aller crescendo. D’autant que, comme l’a souligné récemment le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, 82% de ces projets, dont les conventions ont été signées, ont effectivement démarré et devraient se traduire par un impact significatif sur les IDE, mais aussi sur l’investissement privé national, l’autre cheval de bataille du gouvernement. Parmi ces projets, celui signé début juin entre le gouvernement et le géant chinois Gotion High-Tech qui porte sur la réalisation d’un écosystème industriel complet de fabrication de batteries électriques à Kénitra pour un montant de plus de 12 MMDH. D’autres projets d’envergure dans le secteur automobile, les énergies renouvelables, ou encore l’hydrogène vert, sont dans le pipe, et devraient vraisemblablement porter les IDE à des niveaux inédits lors des prochaines années. Si l’on y ajoute la stabilité dont jouit le Royaume, son emplacement géographique stratégique, ses multiples accords de libre-échange dans un contexte de réorganisation des chaînes de valeur, sa main-d’œuvre abondante et qualifiée, on est enclin à penser que l’attractivité du Maroc pour les investissements n’a, peut-être, jamais été aussi forte.
2023, annus horribilis
2023 aura été une année particulièrement mauvaise pour les IDE, avec un flux net limité à 10,1 milliards de dirhams, en chute de 53,3% par rapport à 2022. Dans le détail, les recettes ont baissé de 17,8% à 32,5 milliards de dirhams, tandis que les dépenses d’IDE ont bondi de 25,6% pour atteindre 22,3 milliards de dirhams. Intervenant récemment chez nos confrères de Radio 2M, Mohcine Jazouli est revenu sur les raisons de cette baisse enregistrée l’an dernier. «Les investissements de 2023 sont la conséquence d’actions entreprises en 2020 et 2021. Et vous savez ce qui s’est passé à ce moment-là avec la pandémie qui a fait que les investisseurs étrangers ne pouvaient pas se rendre au Maroc pour réaliser leurs investissements dans le pays», a expliqué le ministre de l’Investissement, de la convergence et de l’évaluation des politiques publiques.
Par ailleurs, la baisse des IDE au Maroc a suivi une tendance mondiale dans un contexte de crise inflationniste internationale au sortir de la crise sanitaire, de hausse des taux d’intérêt et de fortes incertitudes, exacerbées par les tensions géopolitiques et les conflits. Un environnement peu porteur qui s’estompe désormais.
