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Hydrogène vert : Le Maroc mise sur l’innovation
Pour produire cette énergie du futur, le Royaume entend faire jouer ses atouts de manière à attirer les capitaux privés dans ce secteur en plein essor. Les efforts fournis et les capacités mobilisées témoignent de la volonté du pays de prendre le lead africain.
Le Maroc est en phase de devenir un des pays pionniers dans la production de l’hydrogène vert. Sur le plan institutionnel, l’Offre Maroc est l’une des plus alléchantes pour les investisseurs privés du secteur. Qu’il s’agisse du foncier, des partenariats noués ou des mesures incitatives réservées aux investisseurs, les efforts fournis et les capacités mobilisées témoignent de la volonté du Royaume de prendre le lead africain de l’hydrogène vert, une source intarissable d’énergie destinée à la fois au marché local et à l’export. Le modèle, lui, reste à affiner.
Le procédé de production du dihydrogène n’a rien de sorcier. Il repose en effet sur l’électrolyse, une activation électrique de l’eau à l’aide d’électrodes qui convertissent l’énergie électrique en énergie chimique. «On procède au craquage de la molécule d’eau, ce qui nous donne de l’oxygène et du dihydrogène», explique succinctement Abdessamad Faik, directeur du LIMSET (Laboratory of Inorganic Materials for Sustainable Energy Technology).
Du Green Hydrogen pour compléter le mix énergétique
L’hydrogène vert viendra compléter le mix énergétique marocain, composé en grande partie d’énergies vertes. Ces dernières comptent pour 41% du total de la production marocaine, et l’ambition est de porter, à l’horizon 2030, la part des énergies propres à 52% du total des énergies produites au Maroc. Un chiffre réaliste au regard de l’engouement manifesté autour des potentialités marocaines et des moyens mis en œuvre par les institutions pour développer le secteur.
«Cet hydrogène vert repose essentiellement sur les énergies renouvelables, dont l’électricité renouvelable. C’est un moyen intéressant pour décarboner les autres secteurs d’activité qui ne sont pas facilement adressables par l’électricité, notamment le transport et l’industrie. Plus particulièrement, le transport qui a besoin d’un combustible qui soit une commodité, qu’on puisse transporter facilement, qu’on puisse stocker, et justement, les dérivés de l’hydrogène peuvent jouer ce rôle-là à travers les e-Fuels : le méthane, le méthanol, l’ammoniac, etc.», nous explique-t-on à la direction générale de Masen, actuellement confiée à Tarik Moufaddal, succédant à Tarik Hamane qui a assuré, jusqu’à fin mai 2024, la direction par intérim de l’agence.
Pour produire cette énergie du futur, le Maroc entend faire jouer ses atouts. Avec ses 3.600 kilomètres de côtes maritimes, le Royaume a opté pour le dessalement d’eau de mer pour répondre à la première contrainte, celle de l’eau. Là encore, la méthode retenue permet, selon Abdessamad Faik, de minimiser la consommation en énergies : «Pour le dessalement avec osmose inverse, nous avons besoin de 3 jusqu’à 4 kilowattheures par mètre cube, cela constitue une contribution de 0.01 à 0.02 dollar par kilogramme, ce qui est négligeable par rapport au prix actuel de l’hydrogène», détaille le professeur.
L’innovation pour améliorer le coût de revient
Un autre challenge s’ajoute à la liste, il concerne le volet technologique, et plus précisément la recherche et l’innovation, à même de faire baisser les coûts de production, d’une part, et limiter la dépendance technologique du Maroc envers les pays occidentaux, d’autre part. «Certainement, dans les prochaines années, l’objectif sera d’optimiser les coûts de production pour en faire un produit intéressant, économiquement parlant, mais aussi climatiquement, puisqu’on limite les émissions de gaz à effet de serre», estime le management de Masen. Sur ce point, les recherches s’orientent principalement vers le développement d’électrolyseurs à bas coût. «Actuellement, nous travaillons sur de nouveaux électro-catalyseurs, qui nous permettront de baisser les coûts d’électrolyse parce que nous utilisons des matériaux moins onéreux, mais aussi pour augmenter l’efficacité de l’électrolyse. Il y a aussi un deuxième volet sur lequel se penchent nos recherches, il s’agit du développement d’un procédé qui ne nécessite pas d’énergie électrique, mais qui se contente de la chaleur, appelé Water Splitting At High Temperature, en utilisant des process purement thermiques», indique le Pr Faik.
À ce titre, l’UM6P détient des brevets dans les nouvelles techniques et process liés à l’industrie de l’hydrogène vert. «Nous avons des publications scientifiques. Et nous sommes arrivés à breveter un travail sur le stockage de l’hydrogène à l’état solide par système adiabatique», révèle notre source.
Côté industriels, certains fabricants d’électrolyseurs ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour développer leurs activités au Maroc, comme l’a indiqué la direction générale de Masen : «Il y a déjà aujourd’hui des fabricants d’électrolyseurs qui veulent implanter leurs capacités de production au Maroc, notamment au sud du Royaume, et nous prévoyons, avec les projets importants en termes d’envergure qui sont projetés, qu’il y ait de plus en plus d’intérêt pour la destination. Aujourd’hui, nous avons déjà vu des fabricants de batteries qui s’implantent au Maroc et nous attendons également les fabricants d’électrolyseurs.»
Développer les compétences de demain
Il y a un autre avantage pour le Maroc à rejoindre le trend de l’hydrogène vert. En effet, l’industrie étant relativement nouvelle, elle permettra au Royaume de devenir un des leaders mondiaux dans ce secteur. «L’avantage aujourd’hui du Maroc, c’est que tout ce savoir-faire est en train d’être construit. Nous ne cumulons pas de retard, puisque nous sommes aujourd’hui quasiment au même niveau d’informations que le reste des pays», commente l’ancien directeur général de Masen.
«L’OCP, l’UM6P, l’IRESEN et Masen sont en train de nouer des partenariats avec des instituts de recherche et des universités dans ce domaine-là, le but est de pouvoir préparer des techniciens et des ingénieurs qui travailleront demain avec cette nouvelle technologie. Chose que nous avons faite avec les autres énergies renouvelables, à savoir le solaire et l’éolien. Aujourd’hui, si l’on prend tous les parcs solaires ou éoliens au Maroc, ce sont des Marocains qui y opèrent. Même d’un point de vue développement, beaucoup de Marocains font de la recherche dans le domaine actuellement, et notre objectif c’est de développer la même chose dans le secteur de l’hydrogène», poursuit la même source.
À l’UM6P, on met les bouchées doubles pour former les ingénieurs marocains de l’hydrogène vert. «On a lancé plusieurs programmes sur l’hydrogène, dont un master exécutif que je gère moi-même, et qui va former les managers de demain qui travailleront dans le domaine de l’hydrogène. Cette formation leur permettra d’avoir une idée globale sur tous les process de production actuels, sur les méthodes de production vertes, telles que le green ammoniac, le green éthanol et le green méthanol, sur le stockage et le transport, sur la régulation et la standardisation et aussi sur l’aspect économique. C’est une formation qui couvre toute la chaîne de valeur.»
Cette année, la promotion compte 55 inscrits qui bénéficieront de cours dispensés par des experts marocains et 36 experts étrangers des Pays-Bas, de Belgique, de France, de Canada, du Royaume-Uni et d’Allemagne.
Autant dire que le Maroc présente tous les atouts pour attirer les capitaux privés dans ce secteur en plein essor. «Nous avons effectivement aujourd’hui une centaine d’investisseurs avec lesquels nous avons échangé. Il y a un ensemble de dossiers qui sont en cours d’être remis. Une centaine d’investisseurs marocains et internationaux ont à ce stade déjà exprimé leur intérêt pour le projet, et nous continuons actuellement à recevoir les dossiers qui seront instruits. Il y a un grand intérêt exprimé par de grands groupes nationaux et internationaux», confie la direction de Masen.
