Hamid Benbrahim El Andaloussi : «Avec l’aéronautique, vous pouvez attirer d’autres industries : défense, sécurité…»

Le patron de l’IMA revient sur la gestion du centre de formation, élément clé de sa réussite, mais aussi sur les défis du secteur, en proie à une profonde «révolution» technologique.

Parlez-nous de la genèse de l’Institut des métiers de l’aéronautique. Comment sa gestion a-t-elle été conçue au départ ?
Nous avons développé, il y a une douzaine d’années, un modèle innovant : l’État nous a confié la gestion de l’IMA, tandis que le centre a été financé par l’Agence française de développement (AFD). Nous avons fait appel à l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) en France pour la partie ingénierie de formation et qualification des formateurs.
C’est ce que j’appelle «le carré de la réussite» avec, d’un côté, deux états pour la partie «hard», et de l’autre, l’UIMM et le GIMAS pour développer la partie «soft». La gestion réside dans un conseil d’administration dont la moitié est composée des représentants de l’État et l’autre moitié des industriels, avec le président qui vient du GIMAS. L’État peut évidemment envoyer, à tout moment, des inspecteurs (Inspection générale des finances, Cour des comptes, etc., ndlr), mais nous avons une liberté totale au niveau de la stratégie, du pilotage et des cours.
Aujourd’hui, l’IMA devient une partie intégrante du tissu industriel, et tout industriel du secteur qui s’intéresse au Maroc commence par venir voir l’IMA. L’Institut devient pour nous le plus fabuleux moyen de promotion et de développement de l’aéronautique au Maroc.

Ce modèle est-il duplicable à d’autres secteurs ?
Oui, à condition d’avoir en permanence l’exigence qu’il faut pour former et éduquer les jeunes. C’est capital. Ce que nous cherchons à faire, c’est donner une formation technique, mais en même temps accompagner ces jeunes en termes de valeurs etd’exigences de ces métiers.
La clé, c’est aussi cette capacité de travailler ensemble entre l’État et les industriels. Ce n’était pas gagné d’avance. Il fallait convaincre de créer un institut indépendant, géré par les industriels, qui ne soit pas sous la coupe de l’État. Et c’est normal, car l’aéronautique c’est des process, de la technologie avancée qui évolue en permanence, et nous sommes plus que jamais aujourd’hui dans des ruptures technologiques.

Quelles sont ces ruptures et comment la plateforme marocaine s’y prépare ?
Nous y sommes déjà. L’industrie du transport aérien, et par conséquent de l’aéronautique, fait face à un challenge gigantesque. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a décidé qu’à l’horizon 2050, le transport aérien doit parvenir à la neutralité carbone. Ceci veut dire qu’en 2050, il faudra transporter 10milliards de personnes sans émission de CO2, sachant qu’aujourd’hui, le transport participe à hauteur de 3,5% des émissions mondiales. C’est une révolution, une rupture technologique qui passe d’abord par le recours à des matériaux composites pour réduire la consommation, puis par des carburants non fossiles, avec l’hydrogène vert comme aboutissement, à l’horizon 2040-2050.
Notre ambition au Maroc, c’est d’être partie prenante de cette révolution. Nous en sommes capables. Nous avons déjà une base aéronautique de 142 sociétés actives dans différents domaines qui nous habilitent à être acteurs de ces ruptures technologiques et de cette montée en compétences au niveau de la chaîne de valeur.
Plus que jamais, nous sommes dans un cadre géopolitique général caractérisé par l’exigence de la décarbonation. La qualité et la valeur ajoutée de la base aéronautique nationale font qu’aujourd’hui le Maroc devient incontournable, et il n’y a pas d’autres concurrence, dans cette région du monde, à la porte de l’Europe. Nous avons un potentiel considérable, et d’autres industriels importants vont s’implanter incessamment.
Je dirais, pour finir, que quand vous réussissez dans l’aéronautique vous pouvez attirer d’autres industries sœurs à forte valeur ajoutée, comme celles de la défense, de la sécurité, de l’électronique embarquée… Et c’est ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui. Prenez le cas de Midparc. Dans cette zone initialement à vocation aéronautique, plus du tiers des activités concernent des industries autres que l’aéronautique pur.