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Affaires

Gestion des déchets médicaux : les hôpitaux dans l’illégalité par manque de moyens

Seulement 13 établissements sur 240 sont équipés de broyeurs-stérilisateurs.
Certaines structures en externalisent la gestion mais les prestataires ne sont pas légion.

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rub 16435

Publié au Bulletin officiel (BO) du 18 juin 2009, le décret relatif à la gestion des déchets médicaux et pharmaceutiques qui vient en application de la loi 28-00 relative à la gestion des déchets et à leur élimination continue de mettre les structures sanitaires dans l’embarras. Faute de moyens financiers et humains suffisants, la plupart ont du mal à se mettre en conformité. Le problème est pourtant de taille : chaque année, environ 40 000 tonnes de déchets sont charriées, dont 12 000 tonnes de matières considérées comme dangereuses. Le tiers est produit sur l’axe Casablanca-Rabat.
Quatre catégories de déchets sont produits par le système sanitaire. Les déchets comportant un risque infectieux constituent la première catégorie. Ils peuvent être traités grâce à un broyeur-stérilisateur avant d’être jetés en décharge. Sur les 240 hôpitaux que compte le Royaume, seulement 13 sont à l’heure actuelle équipés de telles machines vendues 3 MDH l’unité, en plus du coût de l’exploitation et de la maintenance. Les médicaments et produits biologiques, deuxième catégorie, sont la plupart du temps incinérés, à l’exception de certains produits de laboratoire qui sont stockés. Les organes et tissus humains ou d’animaux qui constituent la troisième catégorie sont soit incinérés, soit enfouis selon les rites religieux dans le cas où l’organe est reconnaissable. Enfin, les déchets assimilés aux déchets ménagers sont directement acheminés à la décharge.

Un budget annuel estimé à 10 MDH pour le CHU de Rabat

Face au déficit de moyens et la difficulté à monter une structure dédiée du fait du manque de compétences, alors que la traçabilité du déchet doit être suivie strictement, la solution réside dans l’externalisation de la gestion. Des prestataires du genre existent. Il en est ainsi de l’entreprise Saïss Environnement, qui traite entre autres les déchets de l’hôpital Hassan II de Fès et de cliniques privées sur Casablanca et Rabat. Elle a déboursé 15 MDH pour une machine de 3e génération, l’unique en Afrique, qui traite à la fois les déchets solides et liquides biologiques. Cette dernière peut traiter entre 400 et 600 kg de déchets par heure. Avant l’arrivée de ce nouveau broyeur, l’usine ne traitait qu’une tonne de déchets par jour. En général, le service est facturé entre 8 et 11 DH le kilo. Toutefois, l’insuffisance de la couverture géographique de ces prestataires rend le coût du transport exorbitant pour des établissements éloignés. L’externalisation n’est donc intéressante que pour les structures générant un important volume de déchets. Et même si les moyens sont disponibles, le problème peut persister comme à Rabat.
Le professeur Chefchaouni Mountassir, directeur, depuis 2006, du CHU Ibn Sina, qui regroupe 10 établissements hospitaliers, soit
2 750 lits et 1 450 tonnes de déchets par an, estime ainsi à 10 MDH le budget de gestion des déchets. Ce n’est qu’en 2009 que le CHU a pu réunir les moyens financiers nécessaires. Or, suite à la publication du décret, il s’est trouvé qu’aucun prestataire n’avait eu le temps de se mettre en conformité.
A cette contrainte s’ajoute une autre, d’ordre réglementaire. Le cahier des charges régissant l’autorisation de transport des déchets médicaux n’a pas été réalisé, le ministère de la santé et celui des transports se rejetant la balle.
A noter par ailleurs que l’exportation de déchets est rendue quasi impossible par la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux, adoptée en 1989 et que le Maroc a publiée au BO en 2001. C’est dire si la gestion des déchets au Maroc est une problématique de taille mais également une aubaine pour les délégataires.