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Délais de paiement : TPE, Grandes gagnantes
Un an et demi après l’application de la loi 69-21, les délais de paiement ont connu une amélioration significative au Maroc. Les délais clients globaux sont passés de 172 jours en 2023 à 150 jours en 2024, soit une réduction de 22 jours.
Longtemps considérés comme l’un des principaux facteurs de fragilisation des entreprises marocaines, les retards de paiement continuent de peser lourdement sur la trésorerie des TPE.
L’étude 2026 d’Inforisk sur les impacts de la loi 69-21 montre toutefois une amélioration significative des comportements de paiement, avec une baisse marquée des délais clients des très petites entreprises. Au-delà des chiffres, cette évolution traduit une transformation progressive des pratiques financières et de la discipline interentreprises au Maroc.
Chaque année, près de 15.000 entreprises deviennent défaillantes au Maroc, une situation largement alimentée par les tensions de trésorerie et les retards excessifs de paiement. Or, le délai de paiement n’est pas nécessairement un problème économique en soi.
Dans la pratique, il correspond souvent à une flexibilité commerciale accordée par un fournisseur à son client dans une logique de fidélisation ou de continuité de la relation d’affaires.
Les spécialistes considèrent d’ailleurs qu’un délai maximal de 120 jours reste globalement supportable pour l’entreprise, sans générer automatiquement un risque de cessation d’activité. Le véritable problème se situe ailleurs : dans le retard de paiement.
C’est ce dépassement excessif des délais qui fragilise la trésorerie des entreprises et constitue aujourd’hui l’une des principales causes de défaillance des sociétés, notamment parmi les TPE.
D’ailleurs, le cadre légal instauré par la loi 69-21 ne pénalise pas les délais de paiement en tant que tels, mais les retards de paiement au-delà du seuil légal de 120 jours. Toute la nuance se situe précisément à ce niveau. Et ce n’est pas un hasard si les TPE apparaissent comme les plus exposées.
Elles représentent la catégorie la plus vulnérable du tissu économique marocain. Leur faible niveau de trésorerie, leur accès parfois limité au financement et leur faible capacité de résilience les rendent particulièrement sensibles aux tensions financières.
Dans ce contexte, toute politique économique visant à fluidifier les paiements entre entreprises constitue indirectement une mesure de protection du tissu entrepreneurial national.
L’étude réalisée par Inforisk, sur un échantillon de 25.392 entreprises composé de 85% de TPE, 13% de PME et 2% de grandes entreprises, met justement en évidence des premiers résultats encourageants.
Discipline financière
Un an et demi après l’application de la loi 69-21, les délais de paiement ont connu une amélioration significative au Maroc. Les délais clients globaux sont passés de 172 jours en 2023 à 150 jours en 2024, soit une réduction de 22 jours.
Mais les principaux bénéficiaires de cette évolution demeurent les TPE. Leurs délais clients ont diminué de 32 jours, passant de 199 jours en 2023 à 167 jours en 2024. Dans le même temps, leurs délais fournisseurs ont également reculé, passant de 107 à 94 jours.
Cette amélioration illustre ce qu’Inforisk qualifie d’«effet de diffusion». Initialement appliquée aux grandes entreprises, puis étendue progressivement aux PME, la loi a fini par produire des effets indirects sur les TPE. Les entreprises contraintes de réduire leurs propres délais ont mécaniquement répercuté cette discipline financière sur l’ensemble de leur chaîne de fournisseurs.
Cette dynamique est particulièrement importante dans une économie où les TPE constituent l’essentiel du tissu entrepreneurial marocain et restent les plus exposées aux tensions de liquidité.
L’analyse sectorielle révèle également d’importantes disparités. Les entreprises dont le portefeuille clientèle est majoritairement composé de TPE tendent naturellement à subir des délais de paiement plus longs, en raison d’une capacité financière plus limitée et d’un pouvoir de négociation réduit.
À l’inverse, les entreprises travaillant principalement avec de grandes structures bénéficient généralement de délais plus courts.
Les modèles économiques sectoriels jouent également un rôle déterminant.
L’hôtellerie-restauration fonctionne essentiellement sur une logique de paiement immédiat ou anticipé, limitant les problématiques de retard. En revanche, des secteurs comme le BTP ou certains services, restent structurellement exposés à des cycles de paiement plus longs.
Fragilité structurelle
Autre réalité : le poids considérable du crédit interentreprises dans le financement de l’économie marocaine.
En 2024, le crédit interentreprises privé atteint 368 milliards de dirhams. Malgré une légère baisse par rapport à 2019 (-10%), il demeure supérieur au crédit bancaire accordé aux sociétés non financières privées. Cela traduit une réalité structurelle.
En effet, une grande partie des entreprises marocaines continue de se financer indirectement via leurs fournisseurs. Autrement dit, la trésorerie des entreprises repose encore fortement sur le crédit commercial plutôt que sur les circuits classiques de financement bancaire.
Le rapport souligne toutefois une évolution positive des comportements. En 2024, 82% des entreprises de l’échantillon respectent le cadre légal fixé par la loi 69-21, contre 77% en 2023.
Cette progression montre que lorsqu’un cadre réglementaire – potentiellement punitif – est instauré, les entreprises adoptent progressivement des comportements de gestion plus prudents dans leurs relations avec leurs partenaires économiques.
Le benchmark international présenté dans l’étude apporte d’ailleurs un constat intéressant.
Avec un taux de paiement dans les délais atteignant 82%, le Maroc figure désormais parmi les meilleurs élèves au niveau mondial, devant plusieurs grandes économies, comme les États-Unis ou la Chine.
Mais, ce résultat cache un paradoxe important. En effet, le Maroc figure également parmi les pays où la proportion de retards supérieurs à 90 jours reste élevée. Ce contraste révèle qu’au-delà de l’amélioration globale des comportements, certaines entreprises continuent de concentrer des retards particulièrement lourds, susceptibles de fragiliser durablement leurs partenaires économiques.
La loi 69-21 commence progressivement à produire des effets tangibles sur la discipline financière des entreprises marocaines, particulièrement au bénéfice des TPE. Mais au-delà des délais de paiement, c’est surtout la question de la résilience structurelle du tissu entrepreneurial marocain qui reste posée.
Car, si le cadre réglementaire améliore les comportements, il ne supprime pas pour autant les fragilités liées à la trésorerie, à la dépendance au crédit fournisseur ou encore aux déséquilibres de négociation entre entreprises.
Autrement dit, la réduction des retards de paiement constitue une avancée importante. Mais elle ne pourra produire des effets durables sans un renforcement plus profond des capacités financières et de la solidité économique des TPE marocaines.
