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En Couv’. Minerais critiques et stratégiques : Le Royaume peut-il aspirer à jouer dans la cour des grands ?
Producteur de certains métaux et même des minerais critiques, le Maroc est en passe de devenir un consommateur. La transition énergétique, l’industrie automobile, de la défense, ferroviaire et même navale, sont des secteurs qui en dépendent. Le pays a-t-il les moyens de ses ambitions ?
Pris individuellement, certains évènements et annonces ayant eu lieu en ce début d’année ne veulent pas dire grand-chose. Mais ensemble, ils renseignent sur une nouvelle tendance qui est en train de s’installer, et ce, depuis la crise sanitaire. Les principaux acteurs de l’économie mondiale avancent leurs pions, des pays dits marginaux se retrouvent de jour en jour poussés vers le centre.
Le Maroc fait partie de ces pays. Revenons aux faits. Le 12 janvier, plus de 85 pays, dont le Maroc, se réunissent à Riyad, en Arabie saoudite, pour mener une action mondiale pour les minéraux, surtout les métaux critiques, lors du quatrième Forum sur les minéraux du futur.
Un mois plus tôt, le 3 décembre, la Chine annonce qu’elle va interdire «avec effet immédiat» les exportations de «biens à double usage» contenant du gallium, du germanium ou de l’antimoine et des matériaux superdurs vers les États-Unis. Le 11 décembre, les États-Unis augmentent les droits de douane sur de nouveaux produits importés de Chine, notamment des composants essentiels aux panneaux solaires.
Cette nouvelle hausse vient renforcer les fortes augmentations de droits de douane sur certains produits chinois, annoncées en mai, ciblant des secteurs clés comme les véhicules électriques, les semi-conducteurs, les batteries et les cellules solaires. Le retour de l’Administration Trump, qui a pris les commandes le 20 janvier, pourrait entraîner une nouvelle escalade des tensions entre les deux plus grandes économies du monde.
Au-delà d’éventuelles tensions sur le marché en termes d’approvisionnement et de débouchés au niveau international, le Royaume est confronté à un réel challenge. Il vient de poser les bases d’une industrie de mobilité électrique ambitieuse, avec la fabrication des composants de batteries, qui s’ajoute à une industrie déjà florissante de composants électroniques.
Il vient de jeter également les bases de son industrie militaire ainsi que d’un nouvel écosystème des énergies renouvelables avec des investissements colossaux dans le secteur du transport et de stockage de l’énergie. L’explosion des technologies digitales avec le déploiement de la 5G, de l’IoT, de l’IA et de grandes infrastructures, telles que les data centers…, tout cela accentue les besoins du Royaume en certains métaux dits critiques.
Les besoins de son industrie déjà existante, notamment dans le secteur des engrais, mais aussi l’automobile, ou projetée comme l’industrie navale, lui imposent la mise en place d’une stratégie d’approvisionnement et de production des minerais nécessaires considérés comme stratégiques.
Il est clair qu’à l’image d’autres pays, et comme l’a relevé le Conseil économique, social et environnemental dans une étude consacrée au secteur, parue en 2022, la pression sur ces ressources stratégiques pousse vers la mise en place de stratégies pour sécuriser leur approvisionnement et, partant, s’assurer un positionnement au niveau des chaînes de valeur mondiales.
Le levier du partenariat
Le Royaume, en plus de ses ressources propres, pourrait tirer profit des centaines d’accords signés avec les pays africains pour sécuriser ses approvisionnements. Dans ce sens, Managem a déjà ouvert la voie. Les explorations menées ces dix dernières années, par ses experts géologues en RDC où il opère dans le projet minier Pumpi, ont abouti à la découverte de ressources minérales importantes de cobalt et de cuivre.
En Guinée où le groupe détient une licence d’exploration d’or couvrant 473 km2, il pourrait éventuellement étendre ses activités à la bauxite (minerai d’aluminium) dont il détient des réserves d’ordre mondial. Le Mali (lithium) ou encore le Burkina Faso (lithium, cobalt…), avec leurs réserves importantes non encore exploitées, pourraient également constituer des relais pour le Royaume.
Il est logique, et même évident, que le lithium extrait par une entreprise chinoise au Mali, dans la première mine du pays inaugurée le 15 décembre dernier, alimente directement les usines de fabrication de batteries installées au Maroc.
C’est un exemple, mais cela montre le potentiel qu’offre la politique de coopération marocaine, basée sur l’intégration régionale en Afrique et le principe de win-win, non seulement pour consolider les chaînes d’approvisionnement pour les besoins de son économie, mais également le rôle qu’il pourra jouer dans le cadre de la coopération triangulaire, à travers notamment l’Initiative Sahel-Atlantique qui englobe également la Mauritanie, le Tchad et le Niger, tous des pays à fort potentiel dans le domaine.
Il se trouve justement que cette zone connaît actuellement des changements profonds allant déboucher sur un nouvel ordre régional qui ne fera que renforcer le rôle du Maroc dans l’économie de cette région, et plus particulièrement dans ce secteur très sensible qu’est les minerais critiques et stratégiques, et par-delà celui des énergies propres.
En même temps, le Royaume a entrepris, à travers l’ONHYM, depuis 2008 déjà, un vaste programme de prospection, notamment dans les provinces du Sud, qui concerne, en plus des métaux précieux, l’or et l’argent, des métaux critiques et des terres rares. Actuellement, une vingtaine de projets, initiés au titre de l’année 2024, sont en cours, dont quatre dans les provinces du Sud.
Plus de la moitié sont menés en solo par l’Office. Le reste en partenariat avec des partenaires, principalement Managem. Si l’Office parle de «strategic substances», sans préciser la nature exacte des minerais objet de l’exploration, on peut déjà avoir une idée sur les minerais cibles et dont la présence a été approuvée au cours des précédentes campagnes.
Comme il s’agit d’une industrie à la fois stratégique, dont dépend la souveraineté industrielle et alimentaire du Royaume, très capitalistique, il est naturel que le Royaume puisse compter sur des champions nationaux, l’OCP pour les phosphates et la potasse et Managem pour les métaux critiques.
En outre, son positionnement au niveau africain le place déjà au premier plan de raffinage des métaux, et ce, pour la simple raison que cette industrie générera de la valeur ajoutée localement dans le continent. Là encore, la politique du «win-win» marocaine et ses initiatives d’intégration de l’économie africaine font que cette démarche pourrait profiter aussi bien aux pays producteurs qu’au Royaume.