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En Couv’. L’avenir du Maroc se jouera sur ses ports

La réussite du port de Tanger Med a suscité l’engouement d’un grand nombre de pays africains pour prétendre à avoir des hubs portuaires régionaux ou continentaux. Comment le Royaume compte garder son leadership ?

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Lorsqu’un grand groupe industriel veut installer une usine ou un site de production dans un pays étranger, les critères politiques, économiques ou géographiques sont analysés scrupuleusement. Mais ce qu’on étudie en priorité, ce sont les infrastructures portuaires, routières et ferroviaires existantes qui permettent d’optimiser les flux logistiques et de réduire les délais et les coûts de transport. Ainsi, la proximité d’un grand port à conteneurs du site prévu est devenue une condition essentielle.

Ce n’est donc pas un hasard si Renault a décidé d’installer son usine à Tanger une année seulement après l’entrée en service du port de Tanger Med, qui remonte à 2007. Ce port qui est devenu, en l’espace de 17 ans seulement, la figure de proue d’un pays qui ambitionne de devenir la première puissance industrielle continentale et la principale porte d’entrée commerciale vers l’Afrique.

Tanger Med : Bien plus qu’un port
«Nous procédons au lancement d’un des plus grands projets économiques dans l’histoire de notre pays. Il s’agit du nouveau port Tanger-Méditerranée que nous considérons comme le noyau d’un grand complexe portuaire, logistique, industriel, commercial et touristique…».

Cette phrase, prononcée par le Roi Mohammed VI en février 2003, est gravée sur une stèle à l’entrée du bâtiment du Centre des visiteurs de l’Agence spéciale Tanger Med, à l’intérieur duquel se trouve une grande salle où sont affichés des photos, des graphiques et des informations sur l’histoire récente de ce mégaport et sur les caractéristiques techniques de cette infrastructure qui ne cesse de croître.
Pour visiter l’ensemble des installations de ce port, il faut parcourir 7 km d’est en ouest – après avoir obtenu l’accréditation préalable qui vous permet de pouvoir accéder à toutes les zones – en traversant le port Tanger Med 1, le port passagers et rouliers puis le port Tanger Med 2 qui regroupent l’intégralité des activités et services qu’offre cette plateforme portuaire: activité conteneurs (avec 4 terminaux), activité hydrocarbures, activité vrac divers, activité passagers et roulier, activité ferroviaire et, enfin, activité véhicules neufs (avec un terminal pour le transbordement des véhicules pour l’import-export).
Grâce à sa révolution numérique récemment amorcée et à la collaboration public-privé, Tanger Med est aujourd’hui un complexe portuaire connecté à plus de 180 ports à travers le monde et une plateforme industrielle s’étendant sur 20 kilomètres carrés, tout cela sous la direction de l’Agence spéciale Tanger Med. Mais l’atout majeur de Tanger Med, c’est qu’il a été conçu comme complexe industrialo-portuaire, dans lequel les terminaux de transbordement des marchandises sont adossés à une plateforme industrielle de 2.000 hectares qui regroupe plus de 1.100 entreprises issues des secteurs automobile, aéronautique, agroalimentaire, textile, ainsi que du secteur de l’électronique.
La proximité de la production industrielle à celle de l’activité commerciale du port crée un cercle vertueux qui profite à la destination Maroc, prisée autant par les plus grands opérateurs portuaires mondiaux, tels que APM Terminals (filiale de Maersk) et Eurogate, que par des groupes industriels de la dimension de Renault ou de l’américain Eaton.

Mise à niveau des ports africains
La réussite du port de Tanger Med a suscité l’engouement d’un grand nombre de pays africains pour prétendre à avoir des hubs portuaires régionaux ou continentaux, à défaut de pouvoir rivaliser avec les grands ports mondiaux qui se concentrent désormais principalement en Asie. Conscients que les ports commerciaux sont au cœur de la croissance économique d’un État, des villes portuaires traditionnelles, comme Durban en Afrique du Sud, Dar Es-Salaam en Tanzanie ou encore Port-Saïd en Égypte, se sont lancées dans une politique de mise à niveau de leurs plateformes portuaires, à travers l’incitation aux investissements étrangers, afin de connecter le pays au réseau du trafic de commerce mondial. L’emplacement stratégique des ports africains, au milieu des principales routes commerciales mondiales, associé à leur capacité à gérer de plus en plus de volumes de marchandises, en fait des destinations de choix pour l’approvisionnement en terres rares, minerais stratégiques, hydrocarbures, uranium et produits agricoles, dont regorgent les sous-sols de l’Afrique. Ils servent également de passerelles commerciales vitales pour de nombreux pays africains enclavés au Sahel ou en Afrique de l’Est.

Nador et Dakhla pour compléter l’«Offre Maroc»
Dans ce contexte de course à la mise à niveau des ports africains aux derniers standards, le Maroc a lancé ces dernières années le chantier de deux nouveaux grands complexes portuaires à Nador et à Dakhla. Une décision qui pourrait être considérée comme hasardeuse, car la multiplication de grands ports dans un espace géographique réduit pourrait entraîner un effet de cannibalisation entre eux. En effet, seule la Chine a réussi la performance de multiplier les grands ports sans que cela entraîne pour autant une concurrence fratricide préjudiciable, étant donné que son industrie nationale est encore appelée à approvisionner une grande partie de la planète en produits manufacturés.
Pourtant, ces deux projets en construction, dévoilent la volonté du Maroc d’accéder au rang de puissance maritime régionale, annoncée clairement lors du dernier discours royal sur la Marche Verte. Pour atteindre cet objectif, le Maroc a besoin, en plus d’une flotte nationale de marine marchande forte et compétitive, de complexes portuaires modernes et répondant aux besoins industriels et commerciaux croissants du Royaume.
C’est donc vraisemblablement la raison pour laquelle le projet du port en eau profonde de Dakhla Atlantique a été lancé, afin de servir de passerelle pour le Maroc vers les pays de l’Afrique de l’Ouest, mais aussi de l’Amérique du Sud. Dans la vision de réorientation stratégique vers l’Atlantique voulue par le Souverain, le port de Dakhla sera donc le pendant du port Tanger Med sur la façade atlantique et portera le projet du développement des liaisons maritimes reliant le Maroc à ses partenaires sur la façade atlantique. Ce nouveau port, dont le chantier a débuté en octobre 2021, devrait stimuler les secteurs régionaux de la pêche, de l’agriculture, des mines, de l’énergie et du tourisme, renforçant à terme la capacité de traiter environ 2,2 millions de tonnes de marchandises par an. En plus de l’activité du terminal à conteneurs, ce port abritera également un quai pétrolier destiné au transbordement et au stockage des hydrocarbures avec une capacité de 5 millions de tonnes de pétrole stockées par an. Conçu sur le modèle du port de Tanger Med, le port de Dakhla sera adossé à une zone industrielle et logistique destinée à accueillir un grand nombre de sites industriels et d’entreprises.
Mais surtout, ce port est aussi destiné à offrir aux pays du Sahel un accès à la mer, à travers un corridor transsahélien, leur permettant de sortir de leur enclavement géographique et d’assurer leur approvisionnement stratégique de plus en plus menacé après leur retrait de la CEDEAO (pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger).

Objectif : Top 10 mondial des hubs portuaires
Situé à quelque 400 kilomètres à l’est de Tanger Med, le port de Nador West Med, dont l’inauguration est programmée pour la fin de l’année 2024, s’annonce comme un levier majeur pour dynamiser les opportunités de marché régionales. De plus, il est appelé à jouer un rôle stratégique essentiel dans la politique énergétique du Royaume, tout en allégeant la pression exercée sur le port de Tanger Med, véritable poumon économique du pays. Une fois achevé, le port aura la capacité de traiter 25 millions de tonnes d’hydrocarbures, 7 millions de tonnes de charbon et 3 millions de tonnes de marchandises diverses.
En termes de capacités de transbordement, le port sera en mesure de manipuler jusqu’à 3 millions d’équivalents vingt pieds (EVP), avec la possibilité d’ajouter 2 millions d’EVP supplémentaires. Cette perspective prometteuse positionne d’ores et déjà le port de Nador West Med comme un acteur de premier plan dans le panorama logistique et énergétique de la région, contribuant ainsi à renforcer la compétitivité et la diversification de son économie nationale.
Si le port de Tanger Med a réussi à considérablement renforcer la connectivité maritime du Maroc au cours des cinq dernières années, le lancement de Nador West Med pourrait propulser le pays vers le top 10 mondial des hubs portuaires. Cette initiative promet non seulement d’élargir les horizons du transport maritime dans la région méditerranéenne, mais aussi de stimuler significativement le secteur, qui représente actuellement environ 20% du trafic maritime mondial.
L’essor de Nador West Med ouvrirait de nouvelles voies pour le commerce maritime dans la région, offrant des opportunités économiques sans précédent pour le Maroc et ses partenaires commerciaux. En renforçant la position du pays en tant que plaque tournante logistique majeure, ce nouveau port contribuerait à consolider son rôle de pivot économique et commercial dans la région méditerranéenne et au-delà.