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En Couv’. Écosystème des batteries : Où en est le Maroc ?
2026 est une année charnière pour la montée en régime de l’écosystème des batteries électriques dans le Royaume. Zoom sur les projets structurants, notamment ceux déjà mis en service et ceux dont le démarrage est imminent.
Aujourd’hui, la prise de conscience accrue des effets néfastes du réchauffement climatique et les mutations industrielles mondiales imposent une transformation profonde vers l’économie circulaire, des procédés à bas carbone et surtout des solutions énergétiques innovantes.
Cette transition a inexorablement ouvert de nouvelles perspectives pour l’industrie marocaine afin de se positionner sur des segments à forte valeur ajoutée, pour ne citer que l’hydrogène vert et les batteries.
D’ailleurs, l’essor mondial des véhicules électriques mais aussi le développement des solutions de stockage énergétique entraînent une accélération sans précédent de la demande en batteries électriques.
À titre illustratif, selon les chiffres de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), le marché mondial des batteries au lithium a franchi un cap historique en 2025, dépassant les 150 milliards de dollars, en hausse de plus de 20% sur un an. Sachant que la demande est appelée à s’intensifier au cours des prochaines années.
Ceci dit, grâce à ses ressources énergétiques, comme le phosphate (avec 68% des réserves mondiales), le cobalt et aussi éventuellement du lithium, le Maroc – leader de l’industrie automobile en Afrique avec une capacité de 1 million de véhicules par an – dispose d’atouts majeurs pour développer une filière industrielle intégrée et compétitive dans le domaine des batteries, indispensables aussi pour le stockage de l’énergie propre (solaire, éolienne…).
Lors de la quatrième édition du Forum international de la chimie, organisée en mai sous le thème «La chimie au cœur de l’intégration industrielle», l’état d’avancement de la construction de l’écosystème des batteries au Maroc était au cœur des débats.
Démarrage imminent
Très attendue, la mise en service de la première gigafactory marocaine, celle du groupe sino-européen Gotion High-Tech implantée à Kénitra, devrait intervenir durant le mois d’août 2026, notamment pour ce qui concerne la phase I du projet, premier du genre en Afrique et dans le monde arabe (MENA).
Rappelons tout de même que cette première composante (phase I) devrait mobiliser un investissement de 12,8 MMDH pour une capacité de 20 GW, avec à la clé la création de 17.000 emplois directs, indirects et induits (dont 2.300 hautement qualifiés).
Reflet d’un véritable gage de confiance envers la plateforme industrielle nationale, Gotion High-Tech, faisant partie du top 10 mondial des fabricants de batteries au lithium, ambitionne de porter, à terme, la capacité de son site de Kénitra à 100 GW.
Un haut lieu de référence dans le secteur automobile, conforté par l’usine de Stellantis, qui a vu sa capacité doubler et porter à plus de 535.000 unités par an.
Il convient de préciser que les phasesI et les quatre autres phases de la gigafactory de Gotion High-Tech devraient mobiliser au total 65 MMDH en termes d’investissements.
Pour mesurer le gigantisme du projet de fabrication de batteries de Kénitra, lesquelles seront utilisées pour la mobilité (automobile) et le stockage d’énergie (EnR), il est opportun d’indiquer que la seule usine européenne du géant américain de production de véhicules électriques, Tesla, ne dépasse guère 50 GW.
Par ailleurs, l’autre force du projet industriel de la région de Rabat-Salé-Kénitra a trait à l’ADN de Gotion High-Tech, forgé par une puissante logique d’intégration industrielle et celle de la chaîne de valeur, laquelle va de la mine au pack des batteries.
Il importe de rappeler que le spécialiste des batteries électriques a résolument fait le choix stratégique de produire dans le Royaume des batteries LFP (lithium-fer-phosphate), réputées pour leur prix compétitif.
Et ce, dans un contexte où les constructeurs automobiles doivent relever le défi de démocratiser l’accès du grand public aux véhicules électriques et hybrides, par le biais des prix d’acquisition accessibles.
Autre donne factuelle de nature à faciliter et accélérer l’intégration industrielle du groupe, dont le tour de table est, entre autres, constitué de Volkswagen et d’autres acteurs : le Royaume recèle d’importants gisements de fer et détient 68% des réserves mondiales de phosphate.
De plus, les matériaux essentiels à la fabrication des batteries seront produits dans le Royaume (cathodes, anodes et modules).
D’ailleurs, l’unité industrielle de l’acteur issu de l’Empire du Milieu devrait démarrer avec un taux d’intégration remarquable de 70%. Notons que les batteries produites localement par Gotion High-Tech seront destinées, pour le secteur automobile, aux deux constructeurs implantés dans le Royaume (Groupe Renault et Stellantis) et au marché européen.
En revanche, en matière de stockage énergétique, les principaux marchés de prédilection seront l’Afrique et le Moyen-Orient, deux bastions dans lesquels la demande en solutions de stockage explosera au cours des années à venir, en raison du fulgurant essor des énergies renouvelables.
Quid de BTR New Material Group ?
Faire un état des lieux de la construction de l’écosystème des batteries au Maroc sans s’intéresser au projet industriel du chinois BTR New Material Group reviendrait à se livrer à un exercice incomplet et foncièrement parcellaire.
Et pour cause, le spécialiste des matériaux des batteries au lithium fait partie des maillons centraux de l’écosystème national qui progresse certes lentement mais sûrement.
À date d’aujourd’hui, nous pouvons avancer, sur la base d’une communication officielle (rapport T1-2026), que l’industriel chinois s’emploie à accélérer son projet de production d’anodes et de cathodes implanté au nord du pays.
En cours de développement au niveau de Tanger Tech, les deux unités de production d’anodes (avec une capacité de 60.000 tonnes par an) et de cathodes (50.000 tonnes par an) devraient mobiliser un investissement global de 750 millions de dollars, avec à la clé la création, à terme, de plus de 2.500 emplois.
L’objectif ambitieux visé par BTR New Material Group, à travers sa plateforme marocaine, est de parvenir à répondre aux besoins de plus de 500.000 véhicules électriques par an. Selon les prévisions initiales du projet, hautement stratégique pour la chaîne de valeur des batteries au Maroc, l’entrée en service du site de Tanger Tech devrait être actée au cours du deuxième trimestre 2026.
Vers une montée en charge
En juin 2026, l’unité industrielle de Jorf Lasfar de la coentreprise Cobco, une émanation du partenariat entre le fonds d’investissement marocain Al Mada et le groupe chinois CNGR, leader mondial des matériaux pour batteries, a soufflé sa première bougie.
Cela marque ainsi un an d’activité au Maroc et de production de matériaux actifs, des précurseurs NMC (nickel-manganèse-cobalt), pour les batteries électriques.
Pour rappel, le site industriel de 238 hectares, qui a mobilisé un investissement global de 20 MMDH, vise une capacité cible de 120.000 tonnes par an de production de précurseurs NMC et de cathodes LFP (lithium-fer-phosphate) avec une capacité cible de 60.000 tonnes/an.
Au-delà de ce rappel, notons qu’en 2026, l’une des informations majeures de Cobco, qui générera à terme plus de 3.600 emplois directs et indirects au Maroc, est relative aux financements octroyés par ses actionnaires (Al Mada, CNGR Advanced Material), sous la forme d’un prêt d’environ 1,3 MMDH.
Cette manne permettra de renforcer l’assise financière de la structure, laquelle nourrit une double ambition névralgique pour la chaîne de valeur de la production de batteries au Maroc : celle de renforcer l’intégration locale et générer de la valeur industrielle au Maroc.
Et ce, à travers le raffinage des métaux critiques (nickel, cobalt, manganèse), utilisés dans la production des précurseurs NMC, et le recyclage de la black mass.
Cette dernière est le résidu issu du broyage des batteries en fin de vie, afin d’en extraire les métaux stratégiques (lithium, nickel, cobalt), avec une capacité de traitement de 30.000 tonnes/an.
À titre indicatif, le développement de l’ensemble de ses capacités permettra à Cobco, qui verra son activité monter en charge progressivement à mesure que l’écosystème national s’élargit, de produire l’équivalent de 70 GWh/an.
Une capacité suffisante pour équiper environ 1 million de véhicules électriques chaque année.
Une mise en service prévue en 2028
L’un des faits notables de l’année 2026 en lien avec l’écosystème marocain des batteries électriques est le lancement par le groupe chinois Tinci Materials de la construction de son usine d’électrolytes à Jorf Lasfar.
Mobilisant un investissement global de plus de 2,5 MMDH, l’unité industrielle, dont la mise en service est prévue au cours du deuxième semestre 2028, produira 150.000 tonnes d’électrolytes destinées aux batteries électriques.
De plus, le site industriel de l’acteur de premier plan dans la chimie et la fabrication de matériaux pour les batteries au lithium produira également des matériaux stratégiques, comme l’hexafluorophosphate de lithium (LiPF6), un composant clé des batteries au lithium.
Ainsi, le groupe chinois Tinci Materials contribuera substantiellement au renforcement de l’intégration du Maroc dans les chaînes mondiales d’approvisionnement des batteries électriques.

