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En Couv’. Comment le Maroc compte remporter la bataille de l’eau

La stratégie de guerre est déployée, les moyens nécessaires ont été mis en place. Le Royaume combine le dessalement, la multiplication des retenues, le transfert des eaux et le traitement des eaux usées pour répondre à ses multiples besoins. Décryptage.

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Quel gouvernement, dans un contexte de crise, continuerait à investir dans des programmes de construction de barrages dans des zones où il pleut très peu ou presque pas ! Si, vu la conjoncture dans laquelle il a été investi, la logique voudrait plutôt, et cela les gouvernements précédents y ont facilement cédé, couper dans le budget d’investissement pour faire face aux dépenses urgentes, l’équipe Akhannouch a fait autrement. Non seulement l’Exécutif a maintenu le programme de construction de nouveaux barrages, mais il en a substantiellement accéléré le rythme des travaux. La durée de réalisation de ces structures hydrauliques a été écourtée de six mois à un an, voire plus. Une vision, de l’anticipation, une gestion proactive…, il y a de tout cela. Sa stratégie s’est révélée payante. Et les récentes pluies lui ont donné raison. La preuve : le barrage Fask, à Guelmim, «la porte du Sahara», dont les travaux de réalisation ont été finalisés il y a quelques mois, a reçu dernièrement plus de 10,5 millions de m3 (Mm3), atteignant un taux de remplissage de 13% pour une capacité totale de Mm3, évitant à la ville une réplique du drame de 2014.
M’Dez à Sefrou, dont les travaux de construction seront entièrement achevés en octobre 2024, a déjà emmagasiné plus de 10 Mm3(pour une capacité de 700 Mm3). C’est le cas également pour le barrage d’Agdez, inauguré en avril 2023, les dernières pluies ont permis de l’alimenter en 4,4 Mm3, ce qui porte son taux de remplissage à 14,35 Mm3 pour une capacité totale de 247 Mm3. La réalité le montre, la politique de l’eau menée par le gouvernement s’est révélée payante. Au moment où le programme a été lancé, on doutait fort qu’une montée de tempête tropicale allât justement frapper les régions concernées.
Un autre exemple, face au constat qu’une grande partie des eaux de pluie se perde dans l’Océan, alors que plusieurs régions souffrent de stress hydrique, le gouvernement a décidé d’activer un autre projet, celui de transfert des eaux d’un bassin à l’autre. Les conditions et la rapidité de réalisation du canal de transfert des eaux de Sebou vers le bassin du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah sont connues de tous. Ce projet a épargné toute la zone située entre Rabat et Casablanca, surtout la capitale économique, de la pénurie d’eau potable. Et ce, grâce au transfert d’un volume de 380 Mm3 en une seule année. Un deuxième projet a d’ailleurs été lancé et sera finalisé très prochainement, permettant d’alimenter la région de Tanger en eau potable et d’irrigation à partir du bassin du Loukkos. Cependant, si le transfert des eaux a permis d’approvisionner la métropole économique depuis le barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah, une partie au sud de la ville continuait à dépendre des eaux provenant du barrage Al-Massira, asséché par la succession de six années de sécheresse. Il fallait donc une alternative, en attendant la mise en service de la grande station de dessalement qui, si le programme tracé depuis 2009 avait été respecté, aurait déjà commencé à fonctionner depuis des années. Ce fut en un temps record. Depuis septembre, cette zone est désormais alimentée par la station de dessalement de l’OCP, Jorf Lasfar.

Une logique globale
Le programme dans sa globalité prend forme. Les barrages pour desservir les zones intérieures, le dessalement pour le littoral et le travers des eaux excédentaire comme appoint. Le processus est parfaitement maîtrisé. Cela au point où l’on commence à explorer de nouvelles pistes. Pourquoi par exemple ne pas alimenter des villes comme Fès et Meknès ou encore Marrakech qui sont des cités de l’intérieur à partir des stations de dessalement. Si pour Marrakech le projet est déjà en cours, pour les deux autres villes, l’ONEE vient de lancer un appel d’offres pour réaliser une étude de faisabilité du projet pour les approvisionner depuis une station de dessalement qui pourrait être réalisée au niveau de Rabat. Après tout, la ville de Khouribga sera, elle aussi, bientôt alimentée depuis la station de l’OCP. Pour boucler la boucle, on sait que dans les villes de Marrakech, Rabat, Agadir, Tanger, Casablanca…, les espaces verts sont désormais arrosés avec des eaux non conventionnelles. C’est la quatrième composante de la stratégie avec laquelle le Royaume compte faire face aux dérèglements climatiques et à la raréfaction grandissante des ressources hydriques. Cela sans trop solliciter les nappes, aujourd’hui au nombre de 130, dont 32 profondes.
C’est une stratégie qui va au-delà de la sécurité hydrique et alimentaire. En effet, tout ce qui a été entrepris dans le domaine de mobilisation de l’eau, depuis l’avènement de l’actuel gouvernement, est sous-tendu par une logique claire : le dessalement pour les besoins en eau potable et industriel dans les zones côtières, et dans une certaine mesure pour les besoins de l’irrigation des barrages dans les zones intérieures, avec pour finalité la mobilisation de l’eau potable pour les villes non côtières, l’irrigation et la reconstitution de la nappe phréatique. Le transfert de l’eau des bassins hydrauliques excédentaires, le Sebou et le Loukkos en l’occurrence, vers les autres bassins, est de nature à répondre essentiellement aux besoins de l’agriculture, et en partie à la demande en eau potable dans les villes non complètement desservies par le dessalement. Dans les grands centres urbains, la réutilisation de l’eau, après son épuration, servira entre autres activités à l’arrosage des espaces verts. Tous les projets en cours s’inscrivent dans cette logique. Le recours de plus en plus accru aux sources non conventionnelles (dessalement, traitement des eaux usées, captage des eaux de brouillards…) est dicté par une tendance à la baisse des apports des pluies qui, de toutes les manières, ne répondent plus aux besoins de la croissance de l’économie et de la démographie du Maroc.

Eau, agriculture, énergie
Autre défi, le Royaume est contraint à mobiliser de plus en plus les eaux non conventionnelles tout en veillant à réduire les coûts de production. Et c’est là qu’intervient le rôle de la politique énergétique menée par le pays. D’après un expert en la matière, «le dessalement et les énergies renouvelables forment un mariage parfait, car chacun des deux partenaires offre ce dont l’autre a besoin». La station de dessalement de Casablanca et celle en phase de construction avancée à Dakhla, qui seront alimentées entièrement en électricité issue des énergies renouvelables, en sont un exemple parfait. Cela au moment où la deuxième STEP (station de transfert d’énergie par pompage), dans la région d’Agadir, devrait déjà être mise en service dans quelques mois, d’autres projets similaires sont à l’étude pour le stockage de l’énergie électrique.
Une autre expérience pilote, plus au nord, consiste à exploiter les surfaces d’eau des barrages pour produire de l’électricité photovoltaïque tout en limitant l’évaporation des eaux. Le processus devrait être déployé un peu partout. Il n’est plus à démontrer que le gouvernement est en train de mettre en œuvre l’une des composantes du Nouveau modèle de développement, c’est-à-dire le nexus eau-agriculture-énergie. Les trois composantes se retrouvent réunies dans une même politique publique. N’est-ce pas dans cette perspective que le Maroc vient de signer un accord de 27,5 millions de dollars avec l’américain Energy Recovery pour acquérir de la technologie avancée pour réduire le coût du dessalement de l’eau de mer.

Avec cette stratégie, la moitié de la consommation en eau potable, d’ici 2030, sera assurée par le dessalement.

Actuellement, les besoins annuels en eau s’élèvent à plus de 16 milliards de mètres cubes, dont 1,7 milliard de m3 pour l’eau potable. Le secteur agricole représente environ 87% de la demande totale en eau, soit plus de 14 milliards de m3 par an, dont 10 milliards de m3/an pour l’irrigation des périmètres de la grande hydraulique et de la petite et moyenne hydraulique, en plus de 4 milliards de m3 pour l’irrigation privée.

Ces besoins vont en grandissant au moment où les changements climatiques extrêmes s’accentuent. Là encore, le dessalement, combiné aux technologies d’irrigation de pointe, devrait être d’un grand apport pour le secteur agricole. D’ailleurs, dans le cadre de la programmation du ministère de l’Agriculture, il est prévu de mobiliser à l’horizon 2030 l’équivalent de près de 500 millions de m3 d’eau de mer dessalée, pour l’irrigation de 100.000 hectares à créer ou existants.