Affaires
En Couv’. Cannabis licite : Une industrie émergente sous la houlette de l’ANRAC
Que ce soit en superficies cultivées, en nombre d’autorisations octroyées ou d’agriculteurs et d’opérateurs impliqués, l’écosystème du cannabis se développe sous la conduite intransigeante de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis. Détails exclusifs.
Près de 4 ans après la promulgation de la loi 13-21 relative aux usages licites du cannabis, une véritable industrie est en train de se structurer autour de cette plante et de ses dérivés. Le mérite en revient avant tout à la mise en place par les pouvoirs publics d’un arsenal juridique adéquat, qui couvre tous les aspects liés à sa chaîne de valeur : la culture, la production, la fabrication, la transformation, la commercialisation, l’exportation du cannabis et l’importation de ses produits à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles. Cet environnement réglementaire, strict et transparent, facilite l’essor ordonné et sain de cette industrie. Le rôle joué par l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (Anrac) est de ce point de vue décisif. L’Agence joue en effet un rôle central dans l’émergence d’un écosystème durable, faisant du cannabis licite un levier d’attractivité économique, d’emploi local et de développement responsable.
Concrètement, la dynamique qui a été insufflée au secteur du cannabis licite par l’Anrac s’est traduite par l’augmentation significative des autorisations octroyées couvrant toutes les activités réglementées. Selon les chiffres exclusifs recueillis auprès de l’Agence, le nombre total des autorisations opérationnelles s’élève à 7.035 permis d’exercice des activités relatives au cannabis, et ce, en prenant en considération les autorisations délivrées en 2023 et 2024 qui sont opérationnelles en 2025.
6.400 hectares de superficie dédiés aux cultures
Ces autorisations comprennent 6.823 permis d’exercice de l’activité de culture et de production du cannabis au profit des agriculteurs. Les 212 autorisations d’exercice restantes couvrent les autres activités de la filière. On compte ainsi 123 autorisations pour l’activité de transformation et de fabrication, 15 pour l’activité de commercialisation, 12 pour l’activité d’exportation, 24 pour l’activité d’importation de semences et 38 pour l’activité de transport du cannabis et ses produits.
Concernant les superficies dédiées aux cultures, l’Anrac a autorisé durant le premier semestre de l’année 2025, sur la base des autorisations octroyées par l’Onssa aux coopératives concernées, une superficie d’environ 6.400 ha, dont une grande part est dédiée à la variété «Beldia» qui, rappelons-le, est strictement destinée aux industries médicales et pharmaceutiques.
Le reste des surfaces est dédié aux semences importées. L’Anrac met d’ailleurs en œuvre tous les moyens nécessaires pour garantir le bon déroulement de l’opération d’importation des semences conformément à la réglementation en vigueur. À ce titre, 15 opérations d’importations ont été réalisées sur la base de 34 autorisations délivrées par l’Onssa en faveur de 23 importateurs de semences, apprend-on auprès de l’Anrac.
Des drones pour contrôler les flux
L’une des particularités de cette industrie est que toutes les phases de la chaîne de valeur obéissent à des normes strictes et font l’objet d’un contrôle assidu. Ce contrôle, qui peut sembler à première vue intensif, est en réalité une des conditions nécessaires pour la réussite et la durabilité de cette industrie. L’Anrac veille ainsi, en étroite coordination avec les instances de contrôle, notamment l’Onssa et l’administration des Douanes, au respect des exigences réglementaires de la loi 13-21 et des cahiers des charges relatifs à chaque activité. Il en va ainsi du contrôle strict des semences (voir encadré). C’est le cas aussi pour le contrôle des flux du cannabis, quelle que soit leur nature. L’Anrac contrôle ainsi le respect des conditions de transport des semences importées du point d’entrée au point de distribution prévu, ainsi que la tenue des registres d’importation des semences de cannabis par les importateurs concernés.
Par ailleurs, toutes les opérations liées à l’exercice de l’activité de culture et de production du cannabis sont gérées au niveau de la plateforme de digitalisation des flux du cannabis. Cette plateforme, renforcée par l’usage des drones, permet à l’Anrac de suivre d’une manière quotidienne la situation des opérations de semis et de transplantation, de localiser à distance les parcelles semées, d’identifier les variétés utilisées par parcelle, leurs origines et les quantités semées. De ce fait, la conformité de chaque opération au dispositif réglementaire est renforcée.
16 usines de transformation actuellement en cours
Pour ce qui est de la partie industrielle, 5unités de transformation sont opérationnelles en 2025, preuve de l’attrait de cette industrie naissante pour les investisseurs. Ces 5 unités pionnières seront rejointes par 16 autres usines de transformation actuellement en cours de construction et d’équipement. Ces entreprises, spécialisées dans la fabrication de produits dérivés, notamment des compléments alimentaires ou des produits cosmétiques à base de cannabis, bénéficient d’un accompagnement au plus près de l’Anrac pour leur permettre de répondre aux exigences réglementaires et sanitaires. Ainsi, dans le cadre du soutien apporté aux opérateurs, l’Anrac a mis en place un protocole de partenariat avec l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) et une structure dédiée à même d’assurer l’accompagnement des opérateurs dans l’accomplissement des formalités d’enregistrement des compléments alimentaires et des produits cosmétiques et d’hygiène corporelle à base de cannabis.
Selon les chiffres fournis par l’Agence, ce sont 55 produits (26 produits cosmétiques et 29 compléments alimentaires) qui ont été enregistrés à ce jour. Les opérateurs sont également accompagnés dans l’orientation stratégique en matière de positionnement commercial des produits de cannabis. Concernant les produits alimentaires contenant du cannabis et ses dérivés, en particulier le CBD, l’Anrac a contribué avec l’Onssa à l’élaboration d’un protocole relatif au processus d’octroi des autorisations sur le plan sanitaire des établissements de production ou de commercialisation des produits. À ce titre, 12 produits portés par deux opérateurs ont été agréés par l’Onssa.
Le GACP, sésame d’accès aux marchés mondiaux
Reste aussi à mettre ces produits en conformité avec les exigences des importateurs et clients, qui se situent majoritairement en Europe. Sur ce point, un travail approfondi d’analyse et de structuration des exigences réglementaires imposées par les principaux marchés importateurs au niveau mondial a été réalisé. De quoi favoriser, en principe, l’intégration compétitive et durable des opérateurs nationaux dans les chaînes de valeur mondiales. Ce travail s’est traduit par la mise à disposition des acteurs autorisés de la filière de cannabis des référentiels clairs, actualisés et spécifiquement adaptés au contexte marocain. Comme le souligne l’Anrac, l’un des aspects cruciaux pour l’accès aux marchés mondiaux est la conformité aux standards de qualité et de sécurité, en particulier les certifications telles que le GACP (Good Agricultural and Collection Practices) et le GMP (Good Manufacturing Practices), exigés pour les produits à usage médical ou de bien-être. Il faut savoir que la non-conformité à ces exigences peut constituer un obstacle majeur à l’entrée sur ces marchés.
Forts de ce précieux sésame, en 2025, les opérateurs marocains ont réussi à exporter leurs produits sous différentes formes de cannabis ou ses dérivés vers les différentes destinations, notamment vers l’Europe, l’Australie et l’Afrique.
Contrôle strict des semences
S’agissant du contrôle des semences, il se fait en deux phases. Ce contrôle porte dans un premier temps, au niveau des points d’entrée, sur la quantité autorisée, la disponibilité et la conformité de la certification phytosanitaire, le certificat d’origine des semences, ainsi que sur l’attestation que les semences sont non transgéniques. Il concerne aussi les bulletins d’analyses de THC et CBD et le test de germination des semences de cannabis importées. Dans un second temps, des échantillons de semences importées sont prélevés par l’Onssa et analysés au niveau du site de Beni Boufrah à Al-Hoceima, dans le cadre des essais d’inscription au catalogue officiel. Actuellement, 7 laboratoires sont agréés par l’Anrac et proposent leurs services au niveau national au profit des opérateurs et des agriculteurs autorisés par l’Agence afin de procéder aux analyses des cannabinoïdes THC et CBD.
