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En Couv’. Cannabis : Les enjeux de la ruée vers l’or vert

Le Maroc dispose de tous les atouts pour tirer pleinement bénéfice de la cannibiculture. Le cadre juridique tout comme les conditions climatiques et le savoir-faire de ses agriculteurs militent en faveur de l’optimisme.

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Il a fallu du temps pour se rendre à l’évidence que la dépénalisation de la culture du cannabis était porteuse, notamment pour les populations des zones historiquement connues d’en dépendre. Mais passées les houles des «débats» politiques, voire politiciens, autour du sujet, l’État a pris les devants en 2021. En effet, en mars de cette année, le gouvernement a adopté le projet de loi 13-21, porté par le ministère de l’Intérieur, autorisant l’usage médical, cosmétique et industriel du cannabis. Juste après, le texte est envoyé dans le circuit législatif. Ce qui a constitué une rupture avec un passé où c’était la logique répressive qui avait prévalu, sans pour autant déboucher sur les objectifs escomptés. Plus encore, même le recours à une approche tendant à développer des cultures alternatives n’avait pas eu de réels impacts sur le quotidien des petits agriculteurs qui étaient à la merci des réseaux des trafiquants, mais aussi sous le coup de la loi.

L’argumentaire est imparable. L’objectif ayant présidé à l’élaboration de ce cadre juridique tend à l’amélioration des revenus des agriculteurs, qui se comptent par milliers, mais aussi la création des opportunités d’emploi dans les zones délimitées par la force de la loi. A savoir Chaouen, Taounate et Al Hoceima. Un virage qui a été possible à la faveur, notamment, de la reconnaissance par les Nations unies, en 2020, des vertus thérapeutiques du cannabis. Une brèche où se sont introduits de nombreux pays d’Europe, d’Amérique, d’Afrique et d’Asie.

Par ailleurs, une fois le projet adopté par les deux Chambres du Parlement, l’on assistera à la naissance de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au Cannabis «chargée de la mise en œuvre de la Stratégie de l’État dans le domaine de la culture, de la production, de la fabrication, de la transformation, de la commercialisation, de l’exportation du cannabis et de l’importation de ses produits à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles», pour reprendre les termes de sa présentation.

Pour un positionnement sur le marché mondial
Maintenant, si les raisons de la légalisation relèvent, prioritairement, d’une démarche socioéconomique, il n’en demeure pas moins qu’elle est mue par l’ambition de positionner le Maroc sur un marché mondial en plein essor. En effet, selon de nombreuses études, le marché mondial du cannabis médical était évalué à pratiquement 14 milliards de dollars en 2022 et il devra aller se consolidant au cours des années à venir. C’est que, avec un taux de croissance avoisinant les 22%, on s’attend à plus de 16 milliards de dollars au cours de l’exercice 2023, pour une explosion frôlant les 66 milliards de dollars à l’horizon 2030.

D’autres projections vont plus loin en évoquant une taille du marché mondial dépassant les 230 milliards de dollars, dont le tiers sur le rayon médical, rien que pour les cinq années à venir. Sachant que certaines prévisions vont encore plus loin en parlant d’un taux de croissance de 30%, qui pourrait même atteindre les 60% rien que dans le Vieux Continent.

Autant dire qu’il y a une place à prendre sur un marché juteux et en ascension fulgurante. C’est ce qui explique, en fait, la grande ruée vers l’or vert, aux enjeux planétaires multiples, où les grandes entreprises et autres laboratoires, voire les États, se livrent une concurrence effrénée.

Des préalables pour réussir le pari
Or, compte tenu des atouts dont regorge le Royaume, côté climat, savoir-faire ancestral des agriculteurs, ainsi que la proximité du marché européen, tout milite en faveur de l’optimisme quant au développement de cette filière. D’ores et déjà, les projections sont prometteuses. En effet, si pour l’année 2022 les estimations faisaient état d’un marché de pratiquement 25 millions de dollars, cette taille devra grimper à environ 35 millions de dollars en 2023 pour atteindre plus de 537 millions de dollars dans sept ans.

Davantage optimistes, d’autres pronostics tablent sur des rentrées générées par les exportations du cannabis licite qui seraient dans la fourchette de 4,2 à 6,3 milliards de dollars à l’horizon 2028. C’est dire les marges de croissance dont l’économie de la région, et au-delà l’économie nationale, pourrait tirer bénéfice dans les années à venir. Et on comprend dès lors les raisons qui font que de plus en plus d’investisseurs seraient intéressés par cette filière.

Les coopératives se multiplient, des laboratoires sont impliqués et la liste des licences délivrées s’élargit au fil des mois. A ce rythme, certaines voix vont jusqu’à prédire la naissance d’un vrai écosystème de la filière du cannabis dans les années à venir. D’autant plus, comme nous dit un responsable de la coopérative Biocannat, que la filière n’est pas que «de la graine et des engrais», mais toute une toile qui devrait être tissée autour d’une plante pouvant, à juste titre, être considérée comme une richesse nationale. L’optimisme chevillé au corps, l’ancien directeur de l’Agence du Nord, Driss Benhima, estime, à son tour, que le secteur réunit toutes les conditions pour un développement serein dans le cadre d’une «industrie organisée».

Toujours est-il que ces promesses restent tributaires, outre les atouts naturels, d’autres préalables, dont, nous indique le coordinateur du Collectif marocain pour l’usage médical et industriel du kif, Chakib Al Khayari, la nécessité d’«investir dans la recherche et développement afin de stimuler l’innovation et d’améliorer la qualité (des) produits». Mais un meilleur positionnement du Maroc sur la carte mondiale du cannabis licite passe et surtout par la capacité de se conformer à la réglementation internationale.


Quid du récréatif ?

La légalisation de la culture du cannabis, reconnu pour ses effets thérapeutiques mais qui peut être utilisé dans plusieurs industries, encadrées par la loi, est depuis quelques années un fait qui a rompu avec les débats stériles auxquels on avait assisté. Les bienfaits socioéconomiques de la filière ne sont plus sujets au doute, mais il n’en demeure pas moins qu’un autre débat monte à la surface, à savoir la dépénalisation du cannabis pour des usages récréatifs. En effet, de plus en plus d’États de par le monde ont fini par «dupliquer» le modèle néerlandais qui remonte aux années 1990. Certes, la légalisation n’aurait pas pu éradiquer le trafic illicite, mais elle aurait au moins pu encadrer certains usages. De même qu’elle a participé à accroître les recettes fiscales des États, les cas des USA et du Canada sont de notoriété internationale, qui ont opté pour l’économie du cannabis récréatif, dominée par le trafic. Lesquelles recettes devant être réinvesties dans les projets et autres programmes au service de la communauté.