Affaires
En Couv’. BTP, le grand bond en avant
En pleine reconfiguration, le secteur du BTP entame un nouveau cycle de forte croissance, impulsé par des dynamiques structurelles majeures, en lien étroit avec l’organisation du Mondial 2030. Et les champions nationaux du secteur sont aux avant-postes.
Le BTP est en pleine effervescence. Secteur névralgique de l’économie marocaine, qui pèse plus de 6% du PIB et qui emploie plus d’un million de personnes, le BTP connait actuellement de profonds chamboulements, en témoigne l’annonce récente d’une opération de croissance externe stratégique impliquant deux ténors du secteur.
Le 19 février dernier, le groupe TGCC de Mohamed Bouzoubaâ, l’un des leaders du secteur (son chiffre d’affaires a franchi la barre des 8 MMDH à fin 2024), a annoncé avoir conclu un accord portant sur l’acquisition de 60% du capital de son concurrent, la société STAM de Louis Raymond Baudrand, laquelle détient 55% de VIAS, un leader national dans les travaux routiers. Cette acquisition s’accompagnera d’une augmentation de capital de STAM destinée à financer une prise de participation additionnelle de 25% de VIAS.
La valeur d’entreprise du groupe est estimée, dans son intégralité, à 4,3 milliards de dirhams (MMDH). TGCC affirme avoir d’ores et déjà sécurisé le financement de l’acquisition. Le deal devrait être finalisé au cours du deuxième trimestre 2025, sous réserve d’autorisation du Conseil de la concurrence.
Cette opération inédite dans ce secteur, à la fois par la taille et par les protagonistes impliqués, fera de TGCC un mastodonte régional de premier plan.
Des mouvements de consolidation similaires, impliquant d’autres acteurs du secteur de différentes tailles, ne sont pas à exclure, d’autant que l’environnement s’y prête.
Outre les perspectives plus que prometteuses des activités de construction, les récentes crises traversées, notamment celle du Covid en 2020 et de la guerre en Ukraine en 2022, ont laissé des traces dans le tissu des entreprises, plusieurs d’entre elles sont encore en difficulté, quand d’autres font l’objet de procédures de sauvegarde ou ont carrément baissé le rideau.
Dans ce contexte, la reconfiguration du marché du BTP devrait s’accélérer. En ligne de mire: la volonté d’atteindre une taille critique et de se positionner sur toute la chaîne de valeur afin de tirer pleinement profit des opportunités en or qui se profilent d’ici 2030 et au-delà.
Des marchés inédits en taille et en nombre
L’annonce de cette opération stratégique intervient, et ce n’est pas un hasard, au moment où les perspectives de croissance du BTP n’ont jamais été aussi positives, après des années de relative léthargie. Il faut dire que l’impressionnant pipe de projets engagé par le gouvernement, en lien avec les grands événements mondiaux que le Maroc s’apprête à organiser, promet d’ouvrir un nouveau cycle fort de croissance pour les acteurs du secteur, et en particulier les plus grands d’entre eux, à l’image de SGTM, TGCC, Jet Contractors, Sogea ou encore Bymaro.
Comme le souligne BMCE Capital Global Research dans une récente note sectorielle analytique, «le secteur du BTP au Maroc montre depuis 2023 une reprise robuste, en lien étroit avec la co-organisation de la Coupe du monde 2030». Le bureau de recherche estime ainsi que «les cinq prochaines années devraient être cadencées par le déploiement d’importants programmes d’investissement afin de préparer le Royaume au grand coup d’envoi, et ce, tant en termes d’infrastructures sportives que logistiques et touristiques».
Stades, routes et autoroutes, aéroports, barrages, voies ferrées, hôtels, reconstruction d’Al-Haouz, programme gouvernemental pour le logement…, autant de chantiers lancés quasi simultanément et que les champions nationaux du BTP font tout pour les capter.
Les montants engagés pour la réalisation de ces chantiers ont de quoi faire saliver. Rien que pour les stades, on parle d’un investissement de près 20 milliards de dirhams, dont une part prépondérante liée aux activités de construction, sur la période 2023-2028.
Pour ce qui est des autoroutes, un budget d’investissement de 7,7 MMDH sur la période 2025-2027 devant porter le réseau autoroutier national à 3.000 km contre 1.800 km actuellement est prévu par Autoroutes du Maroc. Idem pour le tourisme, pour lequel BKGR anticipe la construction de 40.000 nouvelles chambres, portant le total à 330.000 chambres sur l’ensemble du territoire.
Pour ce qui est de l’ambitieux programme d’extension des aéroports, sur lesquels la bataille s’annonce rude entre les géants du secteur, les investissements prévus seraient de l’ordre de 40 MMDH d’ici 2030. Sans parler des investissements colossaux prévus dans le ferroviaire et dans la construction de barrages.
Pour être en mesure de s’adjuger ces marchés qui se distinguent par le caractère toujours plus complexe et grandiose des projets à réaliser, les entreprises leaders du secteur ont massivement investi dans la mise à niveau de leur process et système d’informations, ainsi que dans l’acquisition de nouvelles installations techniques, en plus du renouvellement de leur parc logistique.
Une entreprise comme TGCC a ainsi investi de manière significative dans son parc matériel, le but étant de pouvoir se déployer rapidement et massivement sur des chantiers de tailles importantes. Entre 2022 et 2023, ses investissements sont passés de 71,8 MDH à 180 MDH, soit une hausse de 100% en un an!
Aujourd’hui, les grands groupes marocains sont en position de force pour rafler la mise dans cette course sans précédent aux projets d’infrastructure. Et le verdict des premiers appels d’offres relatifs à ces marchés le montre : les leaders nationaux du BTP parviennent à s’imposer et à damer le pion, à maintes reprises, aux géants étrangers de la construction.
Les matériaux de construction à la fête
Les professionnels des matériaux de construction, cimentiers et aciéristes en tête, sont les autres grands gagnants de cette course effrénée aux infrastructures. Les prémices d’une explosion de la demande sont là. C’est le cas pour le ciment, dont les ventes ont rebondi de 9,5% en 2024 pour atteindre 13,7 MT, après plusieurs années de vaches maigres.
Une hausse tirée en premier lieu par l’activité «infrastructures», dont la consommation a progressé de 22,1% sur l’année, devant celle du «béton prêt à l’emploi» (+20%) et «le préfabriqué» (+11%). Quant à 2025, elle démarre en trombe avec des ventes en progression de +13,8% à 1,3 MT en janvier, confirmant ainsi la forte dynamique présagée sur la période 2025-2030.
Les sidérurgistes devraient aussi accompagner le déploiement de ces différents projets d’infrastructures en tant que principaux fournisseurs d’aciers. Déjà en 2024, l’activité des produits sidérurgiques longs semble avoir bien profité de cette dynamique, comme en témoigne la hausse des ventes du secteur, estimée à 1,5 MT.
Les prochaines années s’annoncent encore meilleures. Un opérateur comme Sonasid jouera un rôle clé dans les chantiers liés aux infrastructures ferroviaires, aéroportuaires, hôtelières, hydrauliques, etc. De quoi augmenter sa production de 20 à 25%, avait indiqué le PDG de la société.
