Affaires
En attendant la révolution des drones civils
Les drones qui étaient destinés à un usage militaire ont envahi le ciel et révolutionné un certain nombre de métiers à travers le monde. Tour d’horizon des différents domaines de leur application et les perspectives d’intégration de cette technologie au Maroc.
La science-fiction c’est du passé ! Voir des drones vous apporter vos provisions ou votre menu McDo jusqu’à la maison ne surprendra bientôt plus personne. C’est déjà le cas dans plusieurs États américains où des chaînes de distribution, comme le géant Walmart, procèdent depuis peu à la livraison des courses à domicile par la voie des airs. Mais au Japon, on est carrément entré dans l’ère post-apocalyptique imaginée par les scénaristes de Terminator. Dans un futur proche, ce sont les drones qui, après avoir constaté une infraction au Code de la route, telle qu’un excès de vitesse, se chargeront eux-mêmes de verbaliser l’usager de la route sans aucune intervention humaine. La machine jouera le rôle du policier et les chauffeurs du dimanche n’auront qu’à bien se tenir ! L’actualité récente, avec la guerre en Ukraine, fait la part belle à l’apport des drones sur le terrain militaire. Qualifiés de véritables game-changers, les drones armés ont chamboulé la manière de concevoir et de mener les manœuvres militaires. Un certain nombre de stratèges militaires accordent d’ailleurs le bénéfice de la victoire rapide de l’armée azerbaïdjanaise sur l’armée arménienne en 2020 à l’apport des drones turques et israéliens durant les combats. Mais l’utilisation de drones à usage civil dans divers domaines, tels que l’industrie, l’agriculture ou l’audiovisuel, ne manque pas d’atouts et d’avantages pour développer le business.
Les drones : un marché en pleine expansion
Loin d’assister aux scénarios qui prédisaient que le ciel des pays les plus industrialisés allaient être littéralement envahis par les drones durant la décennie 2020-2030, en raison de la crise Covid et l’incertitude autour de la reprise économique mondiale tant attendue, certaines régions du monde connaissent un intérêt accru des professionnels pour l’intégration de drones dans leurs activités. Les prévisions sont d’ailleurs très optimistes pour ce segment dans les années à venir : alors que le marché mondial des drones civils est estimé à 14,2 milliards de dollars en 2022, il devrait atteindre le volume de 39,7 milliards de dollars d’ici 2030, selon le cabinet français Reportlinker, spécialisé dans l’intelligence économique et la fintech. Le marché des drones civils englobe aussi bien les drones utilisés pour les loisirs et destinés au grand public, vendus à des prix assez abordables, que le marché des drones destinés aux activités professionnelles dont les prix et caractéristiques varient selon les modèles et les métiers dans lesquels ils sont utilisés. Utilisé pour la première fois comme aéronef servant de cible durant les entraînements par l’artillerie anglaise dans les années 1930, le drone est le terme anglais désignant le faux-bourdon auquel il a été tout de suite comparé. Comme cet insecte, le drone se caractérise par son vol lent et bruyant. Apprécié par les férus de nouvelles technologies mais provoquant la méfiance chez d’autres personnes, le drone ne manque pas de fasciner. Car ce gadget volant, plus communément connu sous le nom technique de «véhicule aérien sans pilote» (UAV en anglais), permet à son utilisateur de maîtriser la 3e dimension avec une autonomie toujours croissante et des coûts qui ne cessent de baisser. Les performances de ces engins volants ne cessent de se développer : moteurs efficaces et compacts qui permettent à certains modèles d’atteindre la vitesse de 80 km/h en mode sport, matériaux composites ultralégers et batteries à haute puissance et haute densité qui accordent une autonomie dépassant les 30 minutes pour les modèles les plus performants et des capteurs vidéo et son de dernière technologie permettant des prises de vue de haute résolution. Mais le véritable tour de force des constructeurs de drones a été de réussir la prouesse de commercialiser cet outil technologique de pointe à des prix très abordables. Ainsi, les drones d’entrée de gamme sont accessibles à partir de 50 euros sur les sites de vente en ligne. Ce qui a permis de toucher un public très large et démocratiser l’usage de ces appareils. A ces tarifs, les drones ouvrent des perspectives inédites dans un grand nombre de secteurs d’activité, avec des missions pouvant aller de la surveillance de sites à l’inspection et la maîtrise d’ouvrage, en passant par le transport, la livraison ou l’intervention. Sans pour autant oublier l’usage à titre de loisir et le côté ludique des drones qui est en grande partie à l’origine de leur succès populaire.
Une ouverture à des secteurs d’avenir
Au Maroc, il est beaucoup plus rare de voir des drones sillonner le ciel. Pourtant, sans évoquer les drones utilisés par les FAR pour des missions de défense, des drones civils naviguent déjà dans l’espace aérien dans divers métiers. L’OCP a été un des premiers grands groupes à utiliser les drones depuis bientôt 4 ans pour l’inspection technique des cheminées métalliques du site de Jorf Lasfar, ainsi que le contrôle des navires venus récupérer leur cargaison de phosphate avant leur entrée dans le port. La Gendarmerie Royale qui cherche constamment à s’appuyer sur les nouvelles technologies pour renforcer ses capacités déploie des drones depuis 2020 pour sécuriser les principaux axes routiers et le littoral du Royaume. La multiplication au Maroc de distributeurs et revendeurs officiels de marques de drones chinoises notamment a fini de convaincre les professionnels de la nécessité d’intégrer cette nouvelle technologie pour booster leur activité.
D’ailleurs durant le dernier Salon de l’agriculture de Meknès, qui s’est tenu début mai 2023, le stand du distributeur officiel de la marque de drones chinois DJI, leader mondial du secteur des drones civils, a rassemblé un grand nombre de visiteurs et d’agriculteurs désireux de se renseigner sur les solutions proposées par la marque.
D’après les distributeurs de drones au Maroc, les agriculteurs représentent les premiers clients en termes de drones vendus, car le gain en productivité est immédiatement observé.
C’est le constat de cet ingénieur agronome gérant d’une grande exploitation agricole d’agrumes dans la région de Béni Mellal : «Nous avons décidé d’investir dans l’achat de drones pour automatiser des tâches quotidiennes qui mobilisaient un grand nombre d’ouvriers agricoles saisonniers. Ainsi, le traitement phytosanitaire de l’ensemble de l’exploitation qui nous prenait une semaine entière était dorénavant réalisé en une seule journée. Le coût de l’achat des drones a été rapidement amorti !» L’utilisation de drones dans le domaine agricole facilite un nombre considérable de tâches: la pollinisation des récoltes, l’application d’engrais, le traitement phytosanitaire mais aussi la cartographie et la thermographie des parcelles labourées qui font passer l’agriculture traditionnelle dans une nouvelle dimension, celle de l’agriculture de précision. Mais les domaines dans lesquels les drones peuvent apporter une réelle valeur ajoutée ne se limitent pas uniquement à l’agriculture.
Selon Yassine Qammous, directeur général de la société DroneWay et expert en drones, l’application des drones civils s’étend à plusieurs autres domaines au Maroc: «Les drones sont un atout considérable dans le domaine de la recherche et l’exploration minière». Il ajoute que «les drones ont révolutionné la maintenance industrielle : ces UAV ont facilité des tâches qui étaient très risquées et compliquées auparavant, telles que l’inspection des installations industrielles comme les éoliennes, les panneaux solaires ainsi que les cheminées, les gazoducs ou les rails de la LGV».
industrialisation par l’intégration des technologies
Ainsi, devant tout cet éventail de métiers où le drone apporte une valeur ajoutée évidente, la question qui nous vient immédiatement à l’esprit est pourquoi donc les opérateurs industriels au Maroc n’ont pas encore intégré ces outils révolutionnaires à leurs activités. Car le constat est sans équivoque : seul un nombre limité d’initiés ont réellement pris conscience de l’apport indéniable que procurent ces gadgets volants aux activités.
616 : c’est le nombre de demandes d’importation de drones approuvées par les autorités au Maroc depuis 2015, qui correspond à l’année de parution du premier texte de loi encadrant l’importation et l’usage de drones au Maroc. Ce chiffre a été rendu public par le ministère de l’Intérieur le 9 mars 2022 en guise de réponse à une question écrite d’une parlementaire du PPS. Ce chiffre est significatif et reflète le volume très faible de drones civils au Maroc, alors que le pays promeut une politique d’industrialisation accélérée et la multiplication de grands chantiers à l’échelle nationale. Il est grand temps que les corps de métier et les organisations professionnelles au Maroc prennent le train déjà en marche de l’innovation technologique, sans quoi la course au développement s’avérera infructueuse…
Quelle autorisation faut-il avoir pour utiliser un drone au Maroc ?
D’après l’expert international en drones, Yassine Qammous, «comme tous les pays ayant un espace aérien contrôlé, le Maroc a mis en place une réglementation nécessaire pour gérer les vols de drones, selon les règles de gestion du traffic aérien». Il précise que les professionnels peuvent soumettre leur demande pour avoir une licence de drone et que dans des délais courts la majorité des demandeurs reçoivent un avis favorable et peuvent commencer à exploiter leurs engins volants. La procédure pour utiliser un drone pour une activité professionnelle est simple : il faut soumettre une licence d’importation de drone avec un dossier technique (type de drone, portée, poids, système de secours…) et administratif qui permettent aux autorités d’étudier le dossier puis accorder un avis favorable. Ensuite, pour exploiter le drone, il est obligatoire de déposer une demande avec un plan de vol auprès de l’autorité locale compétente dans la circonscription où le vol sera effectué. Le plan de vol doit respecter les mesures de sécurité et les conditions de vol. Pour l’utilisation de drones dans le cadre de loisirs, la réglementation au Maroc n’a encore rien prévu.
Risques liés à l’utilisation de drones civils
La vente, l’importation et l’introduction de drones au Maroc sont très réglementées. Même si les drones apportent une véritable valeur ajoutée aux activités agricoles et industrielles, ces engins volants peuvent constituer une menace réelle pour l’ordre et la sécurité publique si des mesures strictes de sécurité ne sont pas prises avec rigueur. L’aéroport de Gatwick de Londres avait été totalement paralysé en 2018 après avoir été survolé par des drones. A cause du risque de collision entre un drone et un avion de ligne, dès qu’un drone est repéré à proximité d’un aéroport, tous les vols sont suspendus momentanément par mesure de précaution. Cet incident qui s’était produit à la veille des vacances de Noël avait perturbé les vols de quelque 110.000 passagers qui ont été impactés par cet incident.
Pour l’organisation des JO 2024 à Paris, la plus grande menace identifiée par les ministères de l’Intérieur et la Défense est celle de l’utilisation de drones à usage ludique ou touristique détournés à des fins terroristes.
En effet, plusieurs modèles de drones dont le prix n’excède pas 10.000 DH peuvent facilement transporter une charge allant de 2 à 4 kg. Ce qui est largement suffisant pour transporter un engin explosif improvisé et causer d’énormes pertes humaines et matérielles.
Utilisation des drones par des groupes ou administrations au Maroc
L’ONHYM développe ces outils d’exploration en intégrant les technologies des drones afin d’accélérer les travaux de développement de projets miniers. Actuellement, les drones sont utilisés pour réaliser des levées topographiques, de la photogrammétrie et de la mesure magnétique. De plus, au cours de cette année, l’ONHYM prévoit d’acquérir un capteur de radiométrie. Cette technologie a révolutionné les méthodes d’exploration sous plusieurs aspects, tels que le rendement, la résolution et la couverture des zones difficilement accessibles.
OCP Group a été précurseur dans l’utilisation de la technologie des drones au Maroc. Le site industriel de Safi est le premier site à déployer des solutions de drones. Les équipes de l’OCP ont eu la formation nécessaire et sont aujourd’hui en production. Ils utilisent le drone pour la sûreté, la sécurité incendie, prévention HSE , l’inspection industrielle, la thermographie et l’environnement.