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Affaires

Emergence industrielle : enfin des mesures concrètes

Des dispositifs volontaristes pour six secteurs-clés et beaucoup de mesures pour les PME.
La mise en Å“uvre de la feuille de route industrielle pour 2009-2015 coûtera 12,4 milliards DH.
16 plateformes industrielles intégrées, un site de 300 ha pour un constructeur automobile majeur, 200 ha de plus pour l’aéropôle de Nouaceur, 4 cités pour la PMEÂ…

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Une batterie de 111mesures, un document de 75 pages, 5 conventions signées par 9 ministères, un contrat programme conclu entre le gouvernement et le secteur privé représenté par la CGEM et des banques qui s’engagent déjà à réserver le quart de l’enveloppe nécessaire au financement du plan. Au terme de 18 mois de réflexions et de négociations, le gouvernement et les patrons ont fini par se mettre d’accord sur la feuille de route industrielle du Maroc pour la période 2009-2015 qu’ils ont baptisée «Pacte national pour l’émergence industrielle». Le choix des termes n’est pas fortuit puisqu’il s’agit d’un travail qui s’inscrit dans la continuité du programme Emergence dévoilé en 2005. D’ailleurs, le ministre de l’industrie, Ahmed Chami, n’hésite pas à utiliser l’expression «Emergence II» en expliquant qu’il s’agit du programme précédent, bonifié, adapté à la conjoncture et comprenant une stratégie de mise en œuvre concrète. Des objectifs clairs et précis : le pacte coûtera à l’Etat 12,4 milliards de DH, permettra de créer quelque 220 000 emplois et générera, chaque année, 50 milliards de DH de plus de PIB et autant en investissements industriels privés et 95 milliards de DH d’exportations en plus.

Les six moteurs pour booster la croissance industrielle au Maroc

Offshoring : on garde le cap
Parmi les nouveaux moteurs de croissance, identifiés en 2005 par Emergence, l’offshoring est le seul à être véritablement opérationnel. Casanearshore et Rabat-Technopolis en sont l’illustration. Le contrat programme ne pouvait donc s’inscrire que dans la continuité avec des engagements fermes de la part de l’Etat d’accélérer la cadence pour le développement des quatre zones en projet à savoir Fès, Tétouan, Oujda et Marrakech. Pour accompagner ce développement, il y a, bien entendu, le volet ressources humaines que les pouvoirs publics se sont engagés à garantir en qualité et en quantité : 70 000 profils seront mis sur le marché sur la période 2009-2015.

Automobile : Après Renault, 300 ha pour un deuxième site d’assemblage majeur
Pour le secteur automobile, l’offre Maroc est désormais plus précise et surtout plus personnalisé en fonction des filières. Trois offres spécifiques seront disponibles pour les équipementiers, les constructeurs et, enfin, les constructeurs spécialisés (poids lourds, bus, carrosserie…). Les principales mesures : une plateforme  foncière de 300 hectares pour l’implantation d’un site d’assemblage majeur, des installations logistiques de haut niveau et la formation de
70 000 profils adaptés aux besoins des opérateurs. 

Aéronautique et spatial : 200 hectares de plus pour «Nouaceur Aerospace City»
Le secteur aéronautique marocain était déjà sur orbite bien avant la concrétisation du plan Emergence. Le contrat programme prévoit de focaliser les efforts sur huit métiers considérés comme étant à plus forte valeur ajoutée comme la fabrication de matériaux composites, le travail des métaux, la réparation de moteurs ou encore la transformation d’avions. L’Etat s’engage, ainsi, à démarcher les grands donneurs d’ordres mondiaux et les références dans le domaine de l’aéronautique en affectant un budget marketing et communication important pour promouvoir les sites marocains dédiés. L’aéropôle de Nouaceur   gagnera 200 ha supplémentaires et sera rebaptisée «Nouaceur Aerospace City». Le secteur aura besoin de 15 000 profils que l’Etat s’est engagé à former.

Electronique : 5 clusters et trois filières spécialisées
Après une analyse fine des avantages compétitifs du Maroc dans l’industrie électronique, le pacte a finalement retenu trois sous-secteurs sur lesquels seront focalisés les efforts : la mécatronique, l’électronique industrielle et l’électronique embarquée pour l’aviation et l’automobile. Une offre spécifique sera élaborée pour chacune des trois filières et cinq sites dédiés en tout seront développés à Tanger, Kénitra, Mohammédia et Casablanca. Au total ce sont quelque 110 hectares qu’il faudra mobiliser pour ces activités en plus de la formation de 9 000 profils spécialisés.

Textile et cuir : le forcing sur l’approvisionnement

Pour le secteur du textile et du cuir, l’enjeu pour le Maroc aujourd’hui réside dans la maîtrise des coûts. Et c’est la raison pour laquelle les principales mesures portent sur le prix des intrants. Le pacte prévoit, entre autres, la création de cinq agents agrégateurs pour assurer, à travers 15 plateformes dédiées, l’approvisionnement groupé des entreprises en tissu et autres intrants dans les meilleures conditions de délais et de coûts. De même, l’Etat s’engage à accélérer sensiblement le démantèlement tarifaire sur le tissu et autres fournitures. D’un autre côté, les efforts seront également focalisés sur les entreprises qui opèrent sur le marché national. Objectif : favoriser l’émergence d’au moins 10 marques-wphare nationales qui seraient distribuées directement, à travers 5 réseaux de distribution, mais aussi à travers les réseaux de la grande distribution moderne.

Agroalimentaire : 6 agropôles et  produits du terroir
Argan, huile d’olive, épices, conserves… pour l’agriculture, la démarche a été la même que celle adoptée pour le textile : identifier des produits et des filières sur lesquels le Maroc peut faire valoir des avantages compétitifs par rapport à ses concurrents notamment à l’export. Quatre filières ont été retenues pour cela : les conserves de fruits et légumes, les produits de l’olive et de l’argan, les épices et les plantes aromatiques et médicinales.
Or, la spécificité du secteur impose également de ne pas perdre de vue la grande question de l’autosuffisance nationale. Pour cela, l’Etat s’engage par exemple à mettre en place un plan «viande» à travers la libéralisation de l’abattage et l’encouragement de la distribution moderne des viandes. Et pour tirer le secteur vers le haut, il faut bien sûr des entreprises performantes et donc des structures d’accueil modernes. D’où les projets des six agropôles qui seront situées à Meknès, Oujda, Souss, le Gharb, le Haouz et le Tadla.

Des mesures pour améliorer la compétitivité

Une fois les six secteurs locomotives identifiés et leurs plans sectoriels définis, le plan ne pouvait être complet sans s’attaquer à l’acteur central de toute la mécanique : l’entreprise. Car après tout, si plan il y a, encore faut-il qu’il y ait des entreprises privées à même de relever le défi. D’où le volet consacré par le programme aux mesures dites «transversales» et intitulé «compétitivité des entreprises».

PME : le jackpot financier !
Quand on parle d’entreprises, on ne peut faire l’impasse sur le fait que 90% d’entre elles sont des PME. Ce n’est pas un hasard si les PME ont justement fait l’objet des mesures les plus spectaculaires de ce pacte. On en retiendra les plus importantes :
– une prime à l’investissement, baptisée Imtiaz, au profit de 50 PME par an, à hauteur de 20% du programme d’investissement avec un plafond de 5 MDH. Les 50 entreprises seront sélectionnées dans le cadre d’une compétition nationale à l’investissement.
– Un dispositif de soutien appelé Moussanada pour 500 entreprises par an à se moderniser.
– Un fonds de garantie pour l’investissement en fonds propres dans les PME.
– Un fonds de capital investissement pour 100 entreprises.
– Un fonds pour l’appui à la création de 100 entreprises.
– Un fonds de financement de la transmission pour 100 entreprises.
– La création de 4 incubateurs pour PME dont 3 généralistes et 1 dédié aux PME opérant dans le secteur high-tech.

Infrastructures: ne dites plus zones industrielles mais P2I
Le pacte pour l’Emergence industriel s’inscrit résolument en rupture par rapport au passé en termes de concepts et de terminologie. Le Maroc tourne la page des zones industrielles archaïques. Désormais, on parlera de plateformes industrielles intégrées, les fameuses P2I, qui constituent le principal outil de mise en œuvre du programme. Ces sites de nouvelles générations reposent sur :
– une offre immobilière complète à des prix compétitifs (location, vente, locaux prêts à l’emploi…) ;
– une offre de services adaptée aux besoins des investisseurs et des employés (sécurité, maintenance des infrastructures, restauration, télécoms, agences de recrutement, agences de voyages, transport…) ;
– une offre de formation en fonction des besoins des opérateurs installés sur le site ;
– une offre logistique intégrée avec proximité de ports, aéroports et axes autoroutiers.
L’Etat s’engage à mobiliser pour cela près de 2 000 hectares qui serviront à l’implantation de 16 P2I dont :
– 6 dédiées à l’offshoring (Casablanca, Rabat, Fès, Tétouan, Marrakech et Oujda);
– 2 dédiées à l’automobile (Tanger, Kénitra);
– 1 dédiée à l’aéronautique (Nouaceur);
– 5 dites généralistes (Casablanca, Tanger, Fès, Laâyoune, Dakhla);
– 2 dédiées à des regroupements d’investisseurs de même nationalité (dont celle de Settat pour les entreprises espagnoles).