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Taxe carbone de l’UE : Un défi majeur pour l’industrie marocaine
Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières marque un tournant majeur pour les relations commerciales entre le Maroc et l’Union européenne. À court terme, l’impact reste limité, mais à moyen terme, il impose une décarbonation accélérée pour préserver la compétitivité des exportations vers l’Europe.
Depuis le 1er janvier 2026, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne est entré dans sa phase opérationnelle et financière, après une période transitoire de deux ans.
Cette taxe aux frontières de l’espace européen est présentée par Bruxelles comme une arme pour lutter contre les «fuites de carbone», c’est-à-dire éviter que des entreprises délocalisent leur production vers des pays aux normes climatiques moins strictes.
En quelque sorte, le MACF vise à instaurer une concurrence loyale, les entreprises européennes payant en effet déjà un prix pour leur carbone via le marché des quotas d’émission.
Le MACF vient de ce fait imposer un coût équivalent aux importateurs pour que le prix du carbone soit le même, qu’un produit soit fabriqué en Europe ou ailleurs.
Depuis le début de l’année, ce prix a d’ailleurs atteint des niveaux record, dépassant les 88 euros par tonne de CO₂, augmentant la pression financière sur les industries émettrices. Pour son démarrage, le dispositif s’applique aux six secteurs les plus émetteurs de CO₂, à savoir le ciment, l’acier et le fer, l’aluminium, les engrais, l’électricité et l’hydrogène.
Pour le Maroc qui réalise près de 65% de son commerce extérieur avec l’Europe, cette nouvelle barrière à l’accès au marché commun représente un défi de taille. Désormais, en effet, chaque certificat carbone acheté à Bruxelles vient grever la compétitivité-prix des produits marocains, à moins que leur processus de fabrication ne soit décarboné.
Un coût «limité» pour l’instant
Toutefois, selon un récent rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’impact à court terme du MACF sur le Maroc demeurera limité, puisqu’il ne concerne qu’une faible part des exportations estimées à 3,7%, concentrées principalement sur les engrais.
Les estimations tablent sur une facture supplémentaire pour les exportateurs marocains comprise entre 20 et 34 millions de dollars par an. L’impact serait d’autant plus limité dans le temps que les entreprises concernées à date, principalement de grands groupes, sont déjà engagées dans des démarches de décarbonation, ou alors disposent des moyens nécessaires pour s’adapter audit mécanisme.
Le géant OCP déploie un important programme d’investissement vert de 130 milliards de dirhams, avec l’objectif d’atteindre 100% d’énergie propre d’ici 2027 et de la neutralité carbone d’ici 2040. Sonasid n’est pas en reste. Le leader marocain de l’acier a bâti un modèle de production 100% basé sur le recyclage de la ferraille et alimenté à plus de 90% par des énergies renouvelables.
Ce qui lui a valu de décrocher la précieuse certification EPD (Environmental Product Declaration), qui apporte une preuve vérifiée de la performance écologique d’un produit.
Mais à moyen terme, les choses pourraient se corser. En effet, l’UE prévoit d’étendre l’application du MACF, dès 2027, à d’autres produits, aux émissions indirectes et aux produits en aval.
Pour le CESE, cette extension pourrait concerner un volume plus important d’exportations marocaines et, partant, affecter la compétitivité de secteurs clés de l’économie nationale, tels que l’automobile, l’agriculture et l’aéronautique. Une perspective qui oblige toute la chaîne de valeur de ces industries à verdir.
De la contrainte à l’opportunité
Toutefois, loin de subir, les autorités marocaines ont mis en place, dès 2021, une stratégie nationale bas carbone, qui vise à transformer cette contrainte en opportunité.
Cette stratégie repose sur deux piliers : l’accélération du développement des énergies renouvelables, visant à atteindre un mix électrique décarboné généralisé à 96% d’ici 2050, ainsi que la généralisation de l’efficacité énergétique. Il faut dire que le Maroc dispose d’un sérieux avantage en matière d’énergies renouvelables.
Avec un mix énergétique de plus en plus vert, le Royaume a une carte maîtresse à jouer, il fait partie aujourd’hui des pays qui peuvent produire les énergies renouvelables au plus bas coût au monde. Une donne qui procure un avantage compétitif par rapport aux pays concurrents.
Un atout décisif et qui, insiste le CESE, appelle à «accélérer» le déploiement des différents projets éoliens et solaires sur l’ensemble du territoire et garantir l’accès à l’électricité verte pour toutes les entreprises.
En parallèle, le Maroc planche sur l’instauration progressive d’une taxe carbone nationale et le développement d’un marché national du carbone conforme aux normes internationales.
L’objectif est double : permettre au Royaume de réduire l’impact du MACF sur la compétitivité de ses exportations (si un prix du carbone a déjà été payé dans le pays d’origine, il peut être déduit), tout en conservant sur le territoire national les recettes générées par la taxe carbone, évitant de ce fait un transfert de capitaux à l’étranger.
Selon les prévisions de l’Administration des douanes et des impôts indirects, ladite taxe pourrait générer entre 2,7 et 3 milliards de dirhams par an pour les caisses de l’État.
Une conformité complexe
En attendant de récolter les fruits de cette stratégie, les entreprises industrielles, notamment les PME, se préparent tant bien que mal à décarboner leur production, en s’appuyant sur une panoplie d’instruments de soutien, technique et financier proposée par l’État.
Parmi les plus sollicités figure le programme «Tatwir croissance verte» de Maroc PME, qui finance jusqu’à 90% du coût de l’étude technique des projets de décarbonation et accorde une prime d’investissement de 30% pour le financement de ces projets.
Le principal défi pour les PME marocaines demeure administratif. Prouver et calculer son empreinte carbone requiert en effet une expertise technique et des systèmes de reporting certifiés.
Consciente des enjeux, la Confédération générale des entreprises du Maroc a intensifié les séances d’information, de sensibilisation et de formation, notamment via ses antennes régionales, afin de préparer les entreprises aux exigences du mécanisme.
L’organisation patronale a également lancé un guide complet de la décarbonation de lʼentreprise, tandis quʼun outil de calcul du bilan carbone a été développé par la Fondation Mohammed VI pour la protection de lʼenvironnement. L’Imanor, l’Institut marocain de normalisation, est lui en première ligne pour accompagner ces entreprises dans cette mise en conformité complexe et coûteuse.
