Echanges
Maroc-Espagne : Décryptage d’un partenariat économique «vital»
Depuis 2021, la valeur des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Espagne affiche une croissance notable pour culminer à près de 21 milliards d’euros en 2023. Adil Rais, co-président du Conseil économique Maroc-Espagne, s’attend à une progression des indicateurs économiques bilatéraux. Analyse.
La récente sortie du ministre espagnol des Affaires étrangères, de l’Union européenne et de la coopération, José Manuel Albares, au sujet des relations entre le Maroc et l’Espagne, reflète la convergence des visions des deux États partenaires sur les plans politique, sécuritaire et surtout économique.
Le ministre espagnol a affirmé, mercredi 18 décembre, devant le Congrès des députés : «Le Maroc et l’Espagne vivent aujourd’hui le meilleur moment de leurs relations bilatérales». Et d’ajouter en substance : «Nos relations avec le Maroc sont vitales et avantageuses pour les deux pays».
À la suite de ces déclarations, «La Vie éco» a sollicité Adil Rais, co-président du Conseil économique Maroc-Espagne (Cemaes) afin de le faire réagir sur la sortie du ministre espagnol et surtout d’avoir sa lecture sur l’évolution du partenariat économique bilatéral qui serait bénéfique aux deux pays.
«Les deux États partenaires n’ont jamais été aussi proches sur les plans politique et économique. Surtout que l’organisation conjointe de la Coupe du monde en 2030 est un puissant facteur de rapprochement», analyse le président de la CGEM Tanger-Tétouan-Al Hoceima, pour qui la complémentarité des deux économies et l’expertise des entreprises espagnoles en matière d’export sont déterminantes pour la stature de l’Espagne, toujours premier partenaire commercial du Maroc, devant la France et la Chine, et ce, depuis plusieurs années maintenant.
IDE et échanges commerciaux au beau fixe
Déjà en 2021, selon les chiffres officiels (Office des changes), les échanges commerciaux bilatéraux culminaient à plus de 153 MMDH (en hausse de 20% par rapport à 2020). Toutefois, le Maroc présentait un déficit commercial structurel de l’ordre de 12 MMDH, avec à la fois son premier client et fournisseur qui n’est autre que son voisin ibérique.
En 2022, les échanges commerciaux bilatéraux ont observé le même trend haussier pour franchir la barre symbolique des 20 milliards d’euros (plus de 200 MMDH).
Pour leur part, les exportations du Maroc vers l’Espagne ont augmenté de 12,8 MMDH en 2023, sachant qu’à la même année, le pays européen a exporté vers le Maroc pour plus de 112 MMDH en valeur. Dans le même temps, les exportations du Royaume vers son voisin ibérique ont atteint près de 97 MMDH.
Ainsi, au total, en 2023, les échanges commerciaux entre les deux pays partenaires se sont chiffrés à plus de 209 MMDH, avec une évolution positive marquée par rapport à 2022. En clair, ce sont plus de 17.000 entreprises espagnoles qui ont vendu leurs produits au Maroc via l’export en 2023.
La nature des produits échangés
Pour l’année 2024, Adil Rais reste également confiant quant au niveau de croissance des échanges commerciaux bilatéraux.
«Les chiffres de novembre et décembre ne sont pas encore disponibles, mais après 21 milliards d’euros l’année dernière, il n’est pas irréaliste de tabler sur 22 milliards d’euros (plus de 220 MMDH) pour ce qui est de la valeur des échanges commerciaux bilatéraux en 2024», prédit le patron de l’entreprise Plastex Maroc (équipementier automobile), basée à Tanger).
Il est utile de rappeler que le Maroc exporte principalement vers l’Espagne des produits électriques, textiles, halieutiques, agricoles et automobiles (pièces et accessoires, voitures). Tandis que les expéditions espagnoles vers le Maroc se rapportent principalement aux produits énergétiques (gasoil, fuel, etc.), au secteur automobile (voitures de tourisme, partie et pièces pour véhicule) et aux autres branches industrielles (moteurs à pistons, fils en cuivre, secteur électrique).
Au registre des IDE au Maroc, précisons que l’Espagne qui figure dans le top 3 des plus grands pays investisseurs dans le Royaume en termes de stock d’IDE occupe la troisième place, derrière la France et les Émirats arabes unis, avec plus de 56 MMDH en 2023, sur un stock total d’IDE de plus de 685 MMDH.
En revanche, en termes de flux nets d’IDE en 2023, le voisin européen a perdu une place au profit du Royaume-Uni et s’est classé à la quatrième place. Une position qui devrait s’améliorer, selon notre source qui table, pour 2024, sur une hausse des IDE espagnols en termes de flux nets. «Les opérateurs espagnols auraient davantage investi au Maroc en 2024 en comparaison aux années antérieures», a révélé le président Rais.
Les entreprises marocaines investissent en Espagne !
Tout en indiquant les secteurs prisés des investisseurs espagnols au Maroc (valorisation des produits halieutiques, automobile, hôtellerie, textile, agroalimentaire), Adil Rais, fervent défenseur du co-investissement de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée, a évoqué quelques paramètres d’attractivité du Royaume.
«La disponibilité des ressources humaines de qualité, par exemple, dans les industries de pointe (aéronautique, automobile, etc.) et dans les autres branches, fait que le Maroc est aujourd’hui attrayant aux yeux des investisseurs issus d’Espagne. Un pays où la population est vieillissante», explique notre interlocuteur. L’industriel évoque également une tendance nouvelle, celle de la concrétisation des investissements marocains en Espagne, une rampe d’accès idoine pour les marchés européens, d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud.
«En 2024, nous avons accompagné des entreprises marocaines dans les secteurs de la pharmacie, la distribution, l’agriculture et l’agro-industrie pour investir en Espagne. Un pays qui a enregistré des taux de croissance remarquables en comparaison avec les autres États européens au cours des dernières années», a révélé le numéro 1 du patronat de la région du Nord.
En définitive, les multiples retombées de l’organisation du Mondial 2030 sur les relations économiques bilatérales (tourisme, infrastructures, etc.), sont de nature de consolider le partenariat économique entre les deux pays voisins.
Les priorités du Cemaes pour 2025
Selon son co-président, Adil Rais, le Cemaes a deux principales priorités pour 2025. La première, c’est de mieux faire connaître l’Espagne moderne, pays très décentralisé, aux entreprises marocaines. La seconde est d’amener davantage d’opérateurs espagnols à investir au Maroc.
Pour ce faire, après l’organisation de quatorze rencontres de part et d’autre, le Cemaes prévoit d’organiser une douzaine de rencontres d’affaires en Espagne (Madrid, Galice, Castille, Valence) et au Maroc, au profit des deux communautés d’affaires en 2025.
«Parmi la douzaine de rencontres prévues pour 2025, une sera dédiée à l’importance du co-investissement pour les opérateurs des deux pays», confie notre interlocuteur qui insiste sur le fait que le Cemaes est au service de la consolidation du partenariat économique bilatéral.
