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Maroc-Amérique latine : Regain d’intérêt économique

Quel est le moteur de l’intérêt grandissant des grandes économies sud-américaines pour le Royaume ? Et qu’est-ce qui pousse les entrepreneurs nationaux à s’intéresser de plus en plus au lointain continent ?

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Plusieurs grandes économies du continent sud-américain considèrent le Maroc à la fois comme un marché intéressant et un tremplin pour l’Afrique et l’Europe.

Quelques jours après la visite de la délégation de la CGEM présidée par Chakib Alj au Mexique, du 22 au 25 septembre, le siège du patronat marocain a abrité à son tour, mardi 7 octobre, une rencontre d’affaires entre les représentants d’entreprises basées en Argentine et leurs homologues marocains évoluant notamment dans les secteurs de l’industrie pharmaceutique et l’IT.

D’où l’incontournable interrogation : Quel est le principal moteur de l’intérêt grandissant des grandes économies du continent sud-américain (pays membres du Mercosur, Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Mexique…) pour le Maroc ? Et qu’est-ce qui pousse les entrepreneurs nationaux à s’intéresser de plus en plus au lointain continent sud-américain ?

Une volonté partagée
Au cours des deux dernières décennies, la diplomatie marocaine s’est employée, avec brio, à rallier la grande majorité des États sud-américains à la cause nationale en lien avec le Sahara.

Ce succès diplomatique a inexorablement contribué à raffermir les relations bilatérales ainsi que la coopération multiforme entre le Royaume et les grandes économies d’Amérique latine.

Ceci étant dit, le renforcement du partenariat économique entre le Maroc et les économies sud-américaines significatives ainsi que l’accroissement des échanges commerciaux doivent être reliés à un dessein commun qui guide les politiques économique et commerciale de part et d’autre. Il s’agit de la diversification des partenaires économiques et de la conquête de nouveaux marchés.

L’accord entre le Mercosur et l’UE en cours de négociation, qui devrait entrer en vigueur d’ici fin 2025, est une preuve édifiante de la volonté des États membres du Mercosur de renforcer la présence de leurs produits sur le marché européen.

Le Mexique, poids lourd économique de l’Amérique latine et qui n’est pas membre du Mercosur, tente aussi de décrocher un accord préférentiel à même de faciliter l’accès de ses produits au marché européen.

Pour leur part, les exportateurs et investisseurs marocains sont de plus en plus enclins à sortir de leurs «aires» de confort (Europe, Afrique, etc.) pour explorer d’autres marchés étrangers porteurs.

À cette donne s’ajoute aussi la quête constante d’alliances stratégiques avec des investisseurs étrangers pour des projets de co-investissement orientés export. Une option amplement légitimée par l’ouverture de l’économie nationale, puisque le Royaume a conclu des ALE et accords préférentiels avec plus de 55 pays comptant plus de 1milliard de consommateurs.

Il importe de noter que le raffermissement de l’intérêt mutuel entre le Royaume et certains pays considérés comme les poumons économiques de l’Amérique latine déteint positivement sur les échanges commerciaux et de façon plus globale sur le partenariat économique.

Le Brésil sort du lot
Une intrusion dans les chiffres du commerce extérieur entre le Maroc et l’Amérique latine permet de constater une prédominance du Brésil. Ce pays, membre du G20 et neuvième économie mondiale, fait partie des dix premiers partenaires commerciaux du Royaume.

Chiffres à l’appui : les échanges commerciaux entre les deux pays partenaires ont culminé à 3 milliards de dollars en 2024, enregistrant ainsi une hausse de 4,52% par rapport à 2023.

Il y a lieu de souligner que pour l’heure, les produits inhérents à l’agriculture et aux engrais dominent les échanges commerciaux bilatéraux, que le Brésil et le Maroc gagneraient à diversifier en raison du foisonnement des domaines d’intérêt commun (transition énergétique, automobile, aéronautique, IT).

Pour avoir un ordre de grandeur, les échanges commerciaux entre le Maroc et son partenaire sud-américain ont triplé en deux décennies.
La coopération inédite entre l’avionneur brésilien Embraer et le gouvernement marocain actée par la signature d’un accord en 2024 est un exemple de partenariat win-win, à forte valeur ajoutée pour le tissu industriel national.

Pour rappel, l’impact économique de cet accord aéronautique pour l’économie nationale (maintenance, réparation et révision, formation, développement de l’écosystème…) est estimé entre 300 millions de dollars, avec la création de 300 emplois d’ici 2030, et 1 milliard de dollars, avec à la clé la création de 1.000 emplois d’ici 2035.

Toujours dans le cadre du rapprochement économique, précisons que le groupe OCP a créé deux filiales brésiliennes (OCP Fertilizantes, Emaphos).

L’autre membre du Mercosur avec qui le Maroc entretient des relations commerciales non négligeables est l’Argentine. En 2024, la valeur des échanges commerciaux bilatéraux était de 1 milliard de dollars. À l’évidence, ce volume d’échanges, au regard des potentialités de part et d’autre, demeure en deçà de ce qu’il devrait être.

Toujours est-il que, pour l’année en cours, la valeur des échanges commerciaux entre le Maroc et l’Argentine devrait être supérieure à celle de l’année dernière.

Pour preuve, rien que sur les 7 premiers mois de 2025, les échanges commerciaux bilatéraux ont frôlé 680 millions de dollars, avec toutefois une balance commerciale déficitaire en défaveur du Royaume.

À l’occasion de la récente visite au Maroc de la délégation d’hommes d’affaires argentins évoluant dans l’industrie pharmaceutique et l’IT, Amine Berrada Sounni, président du Conseil d’affaires Maroc-Argentine, a confié, en substance, dans les colonnes de «La Vie éco» : «Les opérateurs argentins considèrent le Maroc, avec ses infrastructures modernes, comme une rampe d’accès de choix aux marchés européen et africain».

Au-delà des secteurs traditionnels liés à l’agriculture, l’industrie pharmaceutique et l’IT prouvent l’existence de plusieurs niches d’intérêt commun à forte valeur ajoutée pour le Maroc et l’Argentine.

L’industrie automobile pourrait par exemple, dans le futur, être le réceptacle de projets de co-investissement maroco-argentin.


Une complémentarité à exploiter
Le patronat marocain, incarné par la CGEM, est formel : le Mexique et le Maroc partagent, sur le plan économique, beaucoup de points communs, avec à la clé des synergies possibles entre des entreprises mexicaines et marocaines.

L’énergie renouvelable, l’automobile, l’aéronautique, l’agroalimentaire, le textile, l’industrie pharmaceutique et les mines sont autant de secteurs porteurs pour le Maroc et le Mexique.

Et pourtant, en 2024, les échanges commerciaux entre les deux pays étaient largement inférieurs à 1 milliard de dollars, soit près de 600 millions de dollars.