SUIVEZ-NOUS

Echanges

Défense commerciale : Le Maroc muscle son jeu

Entre janvier et avril 2026, le ministère de l’Industrie et du commerce a publié sept avis relatifs à la défense commerciale. Ce fait reflète l’affirmation de la politique du Royaume en la matière. Analyse.

Publié le


Mis à jour le

Pour peu que l’on s’intéresse à la politique commerciale du pays, il est assez aisé de s’apercevoir que le Royaume est résolument décidé à muscler son jeu, en utilisant pleinement une batterie de mesures autorisées par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dans le cadre de la défense commerciale.

En effet, rien qu’au cours du mois d’avril 2026, le ministère de l’Industrie et du commerce a rendu publics, en l’espace de 24 heures, à travers son site internet, pas moins de deux avis cardinaux en matière de défense commerciale.

Concrètement, le premier, le plus récent des deux, daté du 22 avril, a trait à l’ouverture d’une enquête antidumping contre l’Inde portant sur les importations de carreaux céramiques.

Quant au deuxième, publié le 21 avril, il est inhérent à la prolongation, jusqu’en 2029, de la surtaxe sur les importations de tôles laminées à chaud issues de plusieurs pays.

Le jeu en vaut la chandelle
Autre constat révélateur, traduisant d’une certaine façon l’affirmation de la politique de défense commerciale du Royaume : sur les quatre premiers mois de 2026, c’est-à-dire de janvier à avril, le département de l’Industrie et du commerce a publié sur son site web sept avis relatifs à la défense commerciale (enquête antidumping, mesures de sauvegarde, etc.), sachant que l’on dénombre au total 16 avis en la matière en 2025.

Au cours du mois d’avril 2026, l’hyperactivité du ministère de l’Industrie et du commerce dans le domaine de la défense commerciale est amplement justifiée et opportune à plus d’un titre.

Au-delà de la nécessité de préserver le tissu industriel, la posture de la tutelle peut s’apparenter, dans une certaine mesure, à une prise de conscience accrue de la centralité du marché intérieur pour le tissu industriel, essentiellement composé de TPME, dont l’export, pour la plupart, constitue une activité peu courante.

De plus, la fermeté du ministère, confortée par une panoplie d’avis, accessibles au grand public, est une réponse adaptée afin de contenir les velléités trop agressives de certains États qui ne lésinent pas sur les moyens pour permettre à leurs opérateurs économiques de dominer des marchés extérieurs. Et ce, quitte à franchir les lignes rouges tracées par les règles de l’OMC, lesquelles prohibent la concurrence déloyale.

La liste des pays ou blocs économiques réputés rompus à l’utilisation, à l’instar du Maroc à juste titre, des trois instruments de défense commerciale (IDC), est longue et comprend des ténors du commerce multilatéral (UE, États-Unis, Brésil, Inde, Chine…).

À ce stade, il importe de mentionner que depuis le début de cette année, les avis relatifs à la défense commerciale du Maroc, émis par la tutelle, portent sur plusieurs produits (riz, tôles d’acier laminées, carreaux céramiques, panneaux de bois, tapis et revêtements de sol textiles).

Autre constat édifiant : de janvier à avril 2026, sur les quatre avis inhérents aux mesures antidumping, deux d’entre eux concernent des opérateurs issus d’Égypte (textile, sidérurgie), un pays pourtant lié au Maroc par un ALE, entré en vigueur en avril 1999.

En 2025, les opérateurs économiques issus de ce pays arabe, partenaire du Maroc, ont été surreprésentés dans les avis relatifs aux mesures antidumping publiés par le ministère de l’Industrie, avec la particularité de la diversité des produits concernés (contreplaqué latté, PVC, fils galvanisés, tôles d’acier laminées…).

Pour rappel, les mesures antidumping, les dispositions antisubventions et les mesures de sauvegarde constituent les trois instruments de défense commerciale, autorisés par le système commercial multilatéral.

Dans le cas d’espèce, le département de l’Industrie et du commerce utilise les mesures antidumping et antisubventions dans l’objectif clair de neutraliser les pratiques commerciales déloyales dès lors que les importations de biens et de produits se font dans des conditions susceptibles de donner lieu à une action au titre des règles du commerce international.

Quant aux instruments de sauvegarde, ils servent dans l’absolu à donner à une branche domestique déterminée le temps de se restructurer et de s’adapter à une hausse substantielle des importations.

Une attention particulière !
Contrairement aux instruments antidumping et antisubventions, lesquels concernent des pays spécifiques sur une durée pouvant atteindre cinq ans renouvelables sous conditions, les mesures de sauvegarde sont censées s’appliquer erga omnes (à l’égard de tous).

Trois des sept avis relatifs à la défense commerciale du pays, publiés depuis le début de cette année, portent sur les tôles laminées (acier). Cette donne factuelle est loin d’être anodine, surtout si l’on sait que les tôles laminées sont indispensables à la production de plusieurs secteurs cardinaux (BTP, automobile, construction navale et ferroviaire, fabrication de machines et d’équipements, secteur énergétique…).

De plus, le Maroc compte, entre autres, un acteur national hautement stratégique de sa souveraineté industrielle, qui n’est autre que Maghreb Steel.

Cette compagnie nationale leader de la production de tôles laminées au Maroc (à chaud, à froid, galvanisées et prélaquées) est appelée à relever le défi de tirer son épingle du jeu face à l’âpre concurrence de ténors mondiaux (ArcelorMittal, China Baowu Steel Group, Nippon Steel Corporation…) ou d’acteurs régionaux issus notamment de Turquie.

À titre indicatif, le groupe industriel dont le siège social se trouve à Tit Mellil (Casablanca), et qui s’est engagé sur la voie d’une production plus verte, a généré un chiffre d’affaires de 6,2 MMDH en 2025. Cette croissance de 14% en glissement annuel a été tirée par la progression des volumes des ventes sur le marché local.

En clair, ces chiffres laissent légitimement penser que la surtaxe sur les importations de tôles laminées à chaud (en vigueur ces dernières années), issues de plusieurs pays, porte ses fruits. Cette mesure de défense commerciale a insufflé, dans une certaine mesure, un dynamisme à la branche nationale.

Dans le même ordre d’idées, rappelons que le département de l’Industrie et du commerce a jugé nécessaire, à travers l’avis nº DDC/06/2026 (daté du 21 avril), de maintenir durant 3 ans (jusqu’en 2029) la mesure de sauvegarde appliquée aux importations de tôles laminées à chaud. Et ce, afin de réparer et prévenir un dommage grave causé à la branche de production nationale de ces tôles.

Concrètement, la mesure de sauvegarde, envisagée par la tutelle, consiste en un droit additionnel ad valorem de 19%, assorti d’un calendrier de libération.

En définitive, épaulée par les mesures de défense commerciale, la branche de production nationale de tôles laminées à chaud s’emploie à implémenter les mesures de son plan d’ajustement visant à accroître sa compétitivité.


Droit antidumping : Jusqu’à 84,39% pour les exportateurs égyptiens
Il ressort de l’avis n° DDC/05/2026, du 10 avril, sur les importations de tôles d’acier laminées à froid originaires d’Égypte que la branche de production nationale est exposée à une menace de dommage important, et qu’elle se trouve dans une situation de vulnérabilité particulière face aux importations en dumping originaires d’Égypte.

En conséquence, la tutelle projette l’application d’un droit antidumping définitif de 60,40% pour le groupe Kandil Steel (Égypte) et de 84,39% pour les autres producteurs et/ou exportateurs égyptiens, sur leurs exportations de tôles d’acier laminées à froid.