SUIVEZ-NOUS

Echanges

Comment Agadir émerge comme hub maritime

Depuis la mi-août, le logisticien européen Samskip a lancé un corridor maritime reliant Agadir à l’Europe du Nord. DP World en fera de même à partir de novembre. Deux systèmes de transport multimodal qui permettront de renforcer la position du Maroc dans les chaînes d’approvisionnement européennes. Décryptage.

Publié le


Mis à jour le

Agadir, grenier du Maroc, attise les convoitises des grandes compagnies maritimes. Conscients de l’emplacement stratégique de «la capitale du Souss», ces géants du fret rajoutent cette destination dans leur circuit.

Depuis la mi-août, le groupe européen Samskip, spécialiste de la logistique multimodale, a lancé une nouvelle liaison maritime court-courrier qui transporte des conteneurs frigorifiques entre le Maroc, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Baptisée «Moroccan Reefer Service» (MRS), cette ligne relie directement les ports d’Agadir et de Casablanca à ceux de Thamesport et de Rotterdam, à raison d’une rotation hebdomadaire.

Fruit d’un partenariat avec Maroc Fruit Board, qui regroupe les principaux exportateurs nationaux, cette desserte présentée comme la première route maritime courte, rapide et durable du Maroc vers l’Europe du Nord, vise à faciliter l’exportation de produits frais, notamment les fruits et légumes.

Réduction des délais d’exportation
D’après l’armateur, MRS réduira jusqu’à 80% l’empreinte carbone par rapport au transport routier et propose des rotations sans escale, ainsi qu’un service intégré incluant le dédouanement et le transport terrestre à destination et à l’origine.

Avantage : les exportateurs marocains pourront, par exemple, livrer leurs produits en Irlande en seulement six jours, contre des durées bien plus longues à travers des circuits traditionnels alliant ferry et transport routier.

«Les conteneurs frigorifiques de 45 pieds utilisés permettent de conserver la fraîcheur des produits tout en répondant aux standards du transport routier», soutient-il.

Début novembre, c’est DP World qui inaugurera une ligne reliant le Maroc au Royaume-Uni et à l’Europe du Nord. Opéré par des navires et conteneurs réfrigérés (reefers) de sa filiale Unifeeder, à une fréquence hebdomadaire, ce nouveau service dénommé «Atlas» connectera Agadir aux ports et terminaux de l’armateur émirati à London Gateway, Antwerp Gateway (Belgique).

La nouvelle «autoroute maritime», officiellement annoncée le 18 septembre à Agadir, promet de réduire de près de deux jours les délais d’exportation des fruits et légumes. Les exportateurs marocains pourront acheminer, chaque année, jusqu’à 150.000 tonnes de produits frais via ces rotations qui garantissent la réduction de 70% des émissions de CO2.

Interrogé par La Vie Éco, Driss Boutti, président de la CGEM Souss-Massa, affirme que la future liaison de DP World émane d’une initiative de l’entité qu’il dirige. «Les rotations débuteront à partir du 2 novembre», confie-t-il.

«Aujourd’hui, la logistique est la clé de réussite de l’intégration économique d’une région. On peut avoir les meilleurs produits du monde, mais il sera difficile de les écouler sur le marché international si l’on ne dispose pas de moyens adéquats», reconnaît notre interlocuteur.

Alternative au transport routier
D’après le patron des patrons de la région Souss-Massa, les exportateurs marocains pourront ainsi accéder à un marché de près de 100 millions d’habitants, entre l’Angleterre et les pays nordiques.

Ce qui représente un grand débouché pour les produits agricoles fraîchement sortis des champs. Cette «autoroute de la mer», comme celle de Samskip, représente également une belle alternative au transport routier qui était jusque-là utilisé pour transporter ces marchandises.

Des dessertes qui rallongent régulièrement les délais de livraison de trois à quatre jours, notamment à cause d’actes de vandalisme et des blocages à l’obtention de visas pour les chauffeurs marocains.

«Aujourd’hui, cette ligne, qui proposera un trajet direct vers la Belgique puis l’Angleterre, permettra de surmonter ces entraves. Au-delà du gain de temps, elle offrira une meilleure logistique puisque tous les conteneurs sont réfrigérés, ce qui permettra de maintenir la fraîcheur des produits et de réduire l’empreinte carbone, contrairement aux camions», confirme Boutti.

Renforcer le trafic au port d’Agadir
L’autre avantage, et pas des moindres, c’est la possibilité pour les producteurs marocains d’écouler leurs marchandises en Norvège, en Finlande et en Pologne, à travers le réseau de Samskip. Ce qui leur permettra d’élargir leur portefeuille clientèle et, par ricochet, de renforcer le positionnement du Maroc dans les chaînes d’approvisionnement européennes.

«DP World et Samskip viennent avec une solution door-to-door, qui intègre plusieurs modes de transport, dont le camion et le train. Un importateur basé au fin fond d’Allemagne peut, par exemple, recevoir un conteneur débarqué au port d’Amsterdam ou de Rotterdam grâce à ce système multimodal», schématise-t-il. Et d’ajouter: «Jusque-là, l’exportateur devait gérer toute la chaîne logistique.

Aujourd’hui, ce sont ces compagnies qui s’occupent de tout, dans les meilleurs délais et dans les meilleures conditions.» Au-delà de ces impacts positifs pour les exportateurs, les liaisons maritimes reliant Agadir à l’Europe devraient également décongestionner le trafic au port de Tanger Med et stimuler les rotations au port d’Agadir, mais aussi celles du futur complexe portuaire sec qui devrait entrer en service fin 2026.

«Le port d’Agadir est actuellement à moitié vide parce qu’il fonctionne à 50% par rapport à Tanger Med. Ces nouvelles lignes devraient augmenter son trafic à 90, voire 95% d’ici l’année prochaine, ce qui stimulera l’économie régionale à travers l’augmentation des recettes issues des taxes, des impôts et des paiements de services, et favorisera la création d’emplois», souligne le président de la CGEM Souss-Massa.


Vers une hausse des exportations vers le Royaume-Uni et les Pays-Bas
Les nouvelles lignes maritimes de DP World et de Samskip devraient particulièrement stimuler les exportations de fruits et légumes du Maroc vers le Royaume-Uni et les Pays-Bas, qui surfent sur une belle dynamique ces dernières années.

Durant la saison 2024-2025, le Royaume-Uni (206.000 tonnes) est devenu le troisième client des exportateurs marocains, derrière la France (521.000 tonnes) et l’Espagne (301.000 tonnes), selon Morocco Foodex.

Le Royaume-Uni et l’Union européenne concentraient 86% des exportations totales qui s’élevaient à 1,6 million de tonnes. Londres (101.000 tonnes) et Amsterdam (69.000 tonnes) étaient les deuxième et troisième destinations des tomates marocaines derrière la France (323.000 tonnes).

Pour les fruits, les deux pays occupaient respectivement la troisième (61.000 tonnes) et quatrième place (61.000 tonnes) après la France et l’Espagne. À noter que le Maroc était aussi le principal fournisseur de myrtilles pour le Royaume-Uni (19.000 tonnes, +44%), pour une valeur totale de 144 millions de dollars.