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Eau et électricité: clap de fin pour lydec

L’entreprise s’apprête à passer dans le giron de la Société régionale multiservices Casablanca-Settat nouvellement créée. Une opération stratégique qui sonne la fin de 27 ans de gestion déléguée privée dans le Grand Casablanca !

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Le deal a fait grand bruit: le 5 juillet dernier, le géant français Veolia annonçait la cession de sa participation dans Lydec, l’opérateur historique des services de distribution d’eau et d’électricité du Grand Casablanca, acquise lors de la prise de contrôle de Suez (ancien actionnaire de Lydec) par Veolia en 2022. L’acheteur n’est autre que la Société régionale multiservices Casablanca-Settat (SRM Casa-Settat), l’une des douze sociétés régionales créées pour la gestion des services publics relatifs à la distribution d’eau potable, d’électricité, d’assainissement liquide, en lieu et place des délégataires privés ou encore des régies.
C’est peu dire que ce deal – dont le montant est estimé, selon certaines sources, à 1,7 milliard de dirhams et qui devrait se conclure d’ici la fin de l’année 2024, après le recueil de toutes les approbations nécessaires – revêt un caractère stratégique. En effet, le passage de Lydec dans le giron de la SRM Casa-Settat, une société anonyme publique qui compte dans son actionnariat l’État, la région, les collectivités locales ainsi que l’ONEE, constitue un véritable changement de paradigme : il marque la récupération par l’État des services de distribution d’eau et d’électricité et de l’assainissement dans le Grand-Casablanca. Et ce, alors que le contrat de gestion déléguée de la Lydec signé avec le délégataire est encore valable pour trois ans, puisqu’il n’arrive à échéance qu’en 2027.
Ce passage sous pavillon marocain de Lydec pose toutefois la question du devenir de la société. Lydec sera-t-elle maintenue en l’état par la SRM Casa-Settat durant la période de trois ans qui reste à courir au contrat de gestion déléguée dans une sorte de cohabitation entre les deux entités, ou alors sera-t-elle entièrement intégrée (dissoute ?) dans le nouvel ensemble de la SMR Casa-Settat, dont le périmètre, faut-il le rappeler, va au-delà du Grand Casablanca, puisqu’il comprend également d’autres provinces comme celles d’El Jadida et Settat qui sont, elles, gérées par des régies (Radeej et Radeec) ? Le flou reste entier pour le moment.
Toujours est-il que le contrat de gestion délégué ne sera pas reconduit et sera remplacé par un autre liant les communes à la SRM. Deux jours avant l’annonce du deal entre Veolia et la SRM Casa-Settat, un nouveau contrat de gestion du service public de distribution d’eau, d’électricité et de l’assainissement a été adopté par le groupement des communes territoriales «Casa-Settat Distribution» réuni en assemblée générale. Ce contrat, qui lie la SRM à la région pour une durée de trente ans, entrera en service le 1er octobre prochain, conformément à une lettre du ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, adressée fin août dernier au directeur général de l’ONEE. En outre, en parallèle à l’adoption du nouveau contrat de gestion, Casa-Settat Distribution a acté le transfert à la SRM des crédits du fonds des travaux créé dans le cadre du contrat de gestion déléguée avec la Lydec.

Une page de 27 ans tournée
En passant sous pavillon étatique, c’est une page de 27 ans au Maroc qui se ferme pour Lydec. Créée en 1995, l’ancienne filiale de Suez gère la distribution d’eau et d’électricité, la collecte des eaux usées et pluviales et l’éclairage public pour 5 millions d’habitants du Grand Casablanca dans le cadre d’un contrat de gestion déléguée d’une durée de 30 ans signé en 1997. Depuis cette date, ce sont plus de 32 milliards de dirhams d’investissements qui ont été consentis par le délégataire, dont près de 38% en financement direct, afin d’accompagner le Grand Casablanca dans sa transformation et son urbanisation galopante.
Globalement, le modèle de la gestion déléguée privée dont Lydec a été le fer de lance au Maroc a été bénéfique. Un rapport de la Cour des comptes, datant de 2014, avait souligné que «les délégataires ont apporté des méthodes managériales nouvelles du secteur privé par la simplification des procédures, la formation du personnel, le transfert du savoir-faire, la modernisation des outils et systèmes d’information de gestion et le perfectionnement des dispositifs de contrôle interne». Selon la même source, ces délégataires ont également amélioré les rendements des réseaux et le taux de couverture. Tout n’a pas été rose cependant. Le même rapport avait épinglé Lydec pour plusieurs dysfonctionnements et un manque de conformité par rapport à certaines clauses de son contrat. Système de facturation qui favorise le délégataire, dividende forfaitaire au détriment de l’investissement, fiabilité insuffisante des données facturées, dysfonctionnements dans le traitement des réclamations… : il s’agit là de quelques-uns des griefs énumérés par les magistrats de la Cour à l’encontre du délégataire.

L’expérience de Lydec au Maroc a par ailleurs été dans l’ensemble une bonne affaire pour ses actionnaires. La société a même été qualifiée de «joyau du groupe Suez de par le monde», par son directeur général en 2005, au moment de l’introduction en bourse de la société (cote dont elle a été radiée en 2022 suite à une Offre publique de retrait). Côté business, le chiffre d’affaires est passé de 4,2 milliards de dirhams à la veille de l’IPO à 7,6 milliards en 2023. Le total bilan a, lui, plus que doublé sur la période 2004-2023, passant de 10,2 milliards de dirhams à 23 milliards de dirhams. C’est donc sur un poids lourd que la SRM Casa-Settat a mis la main, récupérant au passage les quelque 3.000 collaborateurs de la société. Ce personnel sera doté d’un statut qui garantit les droits et acquis dont il bénéficiait à la date du transfert, en termes de salaires, retraites, avantages, etc. La priorité est aujourd’hui de nommer un directeur général de la SRM. Et il se dit que celui-ci pourrait bien être un ancien de Lydec.


La SRM Casa-Settat va investir plus de 61 milliards de dirhams en 30 ans
Le contrat liant la SRM Casa-Settat et le groupement des communes territoriales «Casa-Settat Distribution», qui doit entrer en vigueur le 1er octobre 2024 pour une durée de trente ans, fixe les objectifs à atteindre par la SRM de la région, notamment en termes de généralisation des services d’eau, d’électricité et d’assainissement, mais aussi en assurant la continuité de ces services, l’application des tarifs les plus bas, la rationalisation de la consommation et une bonne gestion des financements.
Le contrat met en place un programme d’investissement, dont le montant dépasse les 61 milliards de dirhams. 15,42 MMDH sont prévus pour le service de distribution d’eau potable, 12,75 MMDH pour le service d’électricité et 33,56 MMDH pour le service d’assainissement et les stations de traitement des eaux usées. Quant au capital de la SRM, il est de 200 millions de dirhams, reparti entre l’État (25%), le groupement des collectivités territoriales Casa-Settat (40%), l’ONEE (25%) et la région Casa-Settat (10%).