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Data centers : Pourquoi le Maroc est en bonne position pour l’investissement

Avec plus d’une vingtaine de data centers de classe mondiale, le Royaume se positionne en avant-garde au niveau africain. C’est un terrain connu pour presque tous les géants mondiaux du secteur. Il est aujourd’hui prêt à accueillir ses premiers «hyperscalers».

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L’annonce date d’il y a quelques semaines, le géant américain de l’IA, NVIDIA, projette d’étendre ses activités en Afrique avec une première «AI Factory» (usine de l’IA), en Afrique du Sud d’ici juin 2025, en partenariat avec Cassava Technologies. Cette expansion inclut également le Maroc, ainsi que l’Égypte, le Kenya et le Nigéria.

Attiré par sa proximité avec l’Europe, son cadre fiscal avantageux et son ambition de devenir un hub numérique régional, le Royaume est bien dans les plans du géant américain. Le projet marocain inclut le déploiement de logiciels d’accélération informatique via des data centers durables, en partenariat avec Cassava Technologies.

Ce n’est pas la seule entreprise de dimension mondiale du secteur à s’intéresser à notre pays. Google collabore avec des organisations locales, comme Morocco AI pour renforcer les capacités en IA, notamment via des partenariats éducatifs et de recherche.

Microsoft organise des événements comme l’AI Tour au Maroc et soutient des solutions comme Wraqi pour l’e-gouvernement, utilisant l’IA pour des services publics. IBM a des projets en cours, notamment avec des organismes gouvernementaux pour des infrastructures API prêtes pour l’avenir, intégrant l’IA.

Quant à Oracle, l’entreprise a plusieurs projets significatifs pour le Maroc, notamment dans les domaines de la recherche et développement (R&D), des infrastructures cloud et de la formation technologique.

En mai 2024, Oracle a même révélé – un MoU a été signé en ce sens avec les autorités marocaines – son intention d’ouvrir deux régions de cloud public au Maroc, à Casablanca et Settat, avec un investissement estimé à 1,4 milliard de dirhams. Ces régions permettront aux entreprises, start-up, universités et organisations publiques marocaines et africaines d’accéder à des services cloud avancés, facilitant la migration des charges de travail critiques vers Oracle Cloud Infrastructure (OCI).

Cela vise à accélérer la transformation numérique, soutenir l’innovation en IA et répondre aux exigences locales de souveraineté des données.

Pour les géants mondiaux de l’IA et du cloud, le Royaume est un terrain connu. Le voyant Maroc clignote sur les radars d’autres entreprises, non nécessairement de cette dimension.

La preuve, une start-up américaine, Iozera.ai, a annoncé un projet de construire un data center d’IA de 386 MW à Tétouan, pour un investissement de 500 millions de dollars, avec une opérationnalisation prévue pour 2026. Pour l’heure, on n’en sait pas plus.

On sait par contre qu’un environnement adapté pour accueillir ce genre d’investissement à une plus large échelle est en train de se constituer. D’ailleurs, dans la stratégie nationale Digital Morocco 2030, il a été évoqué d’une manière sommaire la création d’un écosystème d’entreprises locales productrices de solutions numériques.

La stratégie parle également de l’installation de géants providers «hyperscalers» au Maroc et envisage des mesures pour attirer de nouveaux acteurs internationaux spécialisés en IA. Notons qu’un data center dit hyperscale doit comprendre un minimum de 5.000 serveurs et plus de 900 m2 de superficie.

Or, selon une étude du Conseil économique et social, il a été démontré que «l’implantation d’un hyperscaler a le potentiel d’augmenter de manière significative la taille du marché des technologies de l’information (IT).

Dans le cas du Maroc, attirer un hyperscaler ou des challengers d’hyperscalers pourrait servir de catalyseur essentiel pour l’essor des services numériques à l’export, à l’image des succès obtenus dans le secteur automobile avec le groupe Renault et dans l’aéronautique avec Safran».

DAKHLA, terre idéale
Et comme tout le monde le sait, l’IA et les data centers de données consomment d’énormes quantités d’énergie, d’où l’usage de plus en plus des EnR, plus particulièrement le photovoltaïque comme sources d’énergie de fonctionnement et l’eau pour le refroidissement.

L’énergie solaire étant, en effet, considérée comme l’une des solutions les plus viables pour répondre aux besoins croissants de l’industrie des data centers. Malgré son caractère intermittent, elle présente des atouts considérables qui séduisent les grandes entreprises du domaine de la tech.

Selon les spécialistes, elle peut être déployée relativement rapidement, environ 18 mois pour une nouvelle ferme solaire, et représente l’une des sources d’énergie nouvelle les moins coûteuses du marché. Et le problème d’intermittence peut être résolu par le stockage, donc les batteries électriques.

Un domaine où le Royaume est en passe de devenir un leader mondial avec la production, dans une année, de sa première batterie. Il fait partie d’une poignée de quatre ou cinq pays qui maîtrisent toute la chaîne de valeur.

Cela dit, la région de Dakhla, par exemple, est idéalement indiquée pour abriter ce genre d’infrastructure. Le potentiel de dessalement et des EnR est très important et les conditions climatiques, avec des températures oscillant, en moyenne, entre 18 °C et 25 °C toute l’année, sont bonnes.

Notons justement, et ce n’est sans doute pas un hasard, que Starlink est actuellement en négociation avec les autorités marocaines en vue d’un déploiement de son réseau internet haut débit au Sahara marocain. «Un projet d’envergure qui promet de révolutionner la connectivité des provinces du Sud et consacrer sa vocation de hub régional à l’adresse de l’Afrique subsaharienne», estime-t-on.

Ce qui n’est pas sans rappeler ce protocole d’accord signé, en octobre de l’année dernière, entre Panafsat et Thales Alenia Space pour construire un système marocain de communications par satellite garantissant une connectivité à très haut débit à 26 pays africains, dont 23 francophones.

Il va sans dire, et c’est un autre avantage de cette région, que le problème du foncier n’est pas posé. C’est d’ailleurs l’un des facteurs qui, jusque-là, risque de retarder le déploiement de cette industrie dans d’autres régions de notre pays.


Un marché de 670 millions de dollars
Le marché marocain des data centers fait partie des marchés à croissance rapide du continent africain et devrait connaître, selon les prévisions, une croissance annuelle moyenne de 6% jusqu’en 2026 pour atteindre 328 millions de dollars d’investissements, selon un rapport du Conseil de la concurrence.

L’impulsion donnée par le gouvernement aux projets de transformation digitale dans le cadre de la Stratégie nationale du numérique est un facteur important qui va contribuer à l’essor des data centers au Maroc.

En 2022, les dépenses consacrées aux data centers au niveau mondial ont été estimées à 212 milliards de dollars américains avec une progression de 11,1% par rapport à 2021, et devraient atteindre 222 milliards de dollars américains en 2023.

Le marché est donc appelé à connaître une croissance soutenue les prochaines années avec le développement du cloud et l’évolution permanente des demandes de capacités de stockage et de consommation de données.

Il devrait générer des revenus conséquents à l’horizon 2027, avec un total de plus de 410 milliards de dollars. À la même date, au Maroc, et tenant compte du rythme de croissance actuel, cette activité devrait générer environ 670 millions de dollars.