Affaires
Cuir : les professionnels veulent sauver leur peau
Les exportations ont baissé de 41% à fin septembre. L’inflation, la baisse de la consommation sur le marché européen et les répercussions de la guerre en Ukraine expliquent ce recul. Une stratégie sectorielle est en cours d’élaboration…
L’année 2023 aura été difficile pour les industriels du cuir. Les exportations ont enregistré un important recul dû à la conjoncture internationale marquée par l’inflation, la baisse de la consommation sur le marché européen et les répercussions de la guerre russo-ukrainienne. Selon les récentes statistiques communiquées par la Fédération des industries du cuir (FEDIC), les exportations du secteur ont atteint 2,4 milliards de dirhams à fin septembre. Enregistrant ainsi une baisse de 34% par rapport à la même période de l’année dernière durant laquelle le chiffre d’affaires était de 3,6 milliards de dirhams.
Le recul a concerné les trois filières du secteur. Et ce sont les peaux et cuirs qui ont été le plus touchés puisque les exportations ont régressé de 41% avec un chiffre d’affaires de 192,9 millions de dirhams contre 325,8 MDH à fin septembre 2022. Expliquant cette contre-performance, Azzedine Jettou, président de la FEDIC, avance «qu’elle est essentiellement due aux restrictions mises en place par l’Europe au niveau des normes concernant la traçabilité et la qualité des peaux marocaines».
Mais à ce jour, le Maroc ne produit pas encore des peaux et cuirs correspondant aux besoins des donneurs d’ordre étrangers en raison de l’amont de cette industrie qui souffre de plusieurs défaillances. «Nous n’avons pas encore de zones industrielles permettant d’avoir des tanneries écologiques et propres, d’une part, et d’autre part, nous n’avons pas non plus d’abattoirs mécaniques garantissant des peaux de qualité», poursuit le président de la FEDIC, qui souligne par ailleurs que la baisse des exportations est également expliquée par «la baisse de la consommation de la viande, du cours du cuir à l’international, qui est passé de 12 dirhams à 6 dirhams le kilo, et enfin, on peut aussi retenir la baisse de 45% de la demande des produits en cuir en raison de la baisse du pouvoir d’achat des ménages européens».
Localement, la demande de peaux et cuirs est également à la baisse, les enseignes ayant enregistré une baisse de 25% de la demande. La baisse du pouvoir d’achat et de la demande a entrainé un basculement vers le synthétique aux dépens du cuir qui est désormais utilisé quasi exclusivement par les marques de luxe. Selon la FEDIC, 80% des articles commercialisés en Europe sont fabriqués à base de synthétique dans des pays comme l’Inde ou encore le Vietnam. Au Maroc, on parle de 90% de production synthétique.
Des abattoirs mobiles destinés aux souks…
La chaussure qui, traditionnellement, tire vers le haut les exportations du secteur est aussi à la baisse. Le chiffre d’affaires est de l’ordre de 1,7 milliard de dirhams à fin septembre 2023 contre 2,6 milliards à fin septembre 2022. Soit une baisse de 34%. La maroquinerie n’a pas échappé, non plus, à la régression des exportations. Celles-ci ont reculé de 29% et se sont situées à 463 MDH contre 655 MDH l’année dernière. Globalement, les réalisations du secteur cette année ont été impactées par la mauvaise conjoncture à l’international, en particulier en Europe, principal débouché du cuir marocain. Mais, cette industrie souffre essentiellement d’une défaillance structurelle à laquelle, souligne Azzedine Jettou, il faut impérativement remédier : la faiblesse de l’amont.
C’est pourquoi la Fédération professionnelle planche actuellement sur un projet de stratégie sectorielle qui devrait, après discussion avec les autorités de tutelle, couvrir la période 2024-2027. Objectif premier et prioritaire : l’implémentation de deux zones industrielles, Casa City Shoes (Parc Ahl Loughlam) et Ain Cheggag à Fès. Selon la Fédération, «ce chantier avance bien et notre objectif est que la première zone (Ahl Loughlam) soit opérationnelle à partir de 2026, et la seconde, une année plus tôt, à partir de 2025».
L’ouverture de ces deux zones encouragerait l’arrivée de tanneurs étrangers qui emboiteraient le pas à un groupe italien qui s’est récemment implanté dans la zone industrielle de Sidi Bouaatmane. Un investissement de 20 millions d’euros dont la production est, pour l’heure, destinée aux seuls besoins du groupe. De même, pour garantir des cuirs de qualité, un projet de création d’abattoirs mécaniques mobiles est en discussion avec les pouvoirs publics.
Ces unités sillonneront les souks où aura lieu une grande part de l’abattage. Le financement de ce projet impliquera l’État et le secteur privé. Outre les souks, ces abattoirs seront aussi en service dans les quartiers le jour de l’Aid Al-Adha. Le projet devrait générer, selon la FEDIC, 5.000 à 10.000 emplois.
La formation professionnelle est un deuxième axe de la stratégie 2024-2027. L’objectif est de dupliquer le système de co-gouvernance des instituts de la formation professionnelle dédiés au cuir. Ce système a prouvé son efficacité dans d’autres métiers, notamment l’aéronautique, l’automobile, le bâtiment…
Pour positionner le Maroc sur la carte du sourcing, des actions seront mises en place en collaboration avec l’AMDIE et le ministère de l’Industrie-Direction générale du commerce. Enfin, le secteur jouera la carte de la diversification dans la mesure où il est prévu, dans le cadre de la stratégie sectorielle, de porter un focus particulier sur la production des composants et du cuir, notamment le cuir de l’automobile.
