Affaires
CTM : Gros coup d’accélérateur à la diversification de l’activité
Plusieurs éléments factuels de 2025 prouvent que le groupe CTM reste solide et capable de s’adapter aux évolutions du marché. Le développement du transport urbain ainsi que la montée en puissance des activités maritime et logistique du groupe offriront des perspectives supplémentaires de croissance.
Éclairage.
Au cours du mois de décembre 2025, le groupe CTM, leader du transport interurbain, a été au cœur de l’actualité économique. Et ce, avec notamment la mise en service officielle du nouveau parc de transport urbain de Tanger, composé de 280 bus modernes, exploités par le nouveau délégataire CTM-Transdev.
Cette nouvelle donne majeure est un prétexte légitime pour s’intéresser à la structure cotée qui s’est résolument attelée à diversifier ses activités. D’ailleurs, le groupe présidé par Ezzoubeir Errhaimini revendique aujourd’hui la stature d’acteur intégré de la mobilité et du transport au Maroc.
«Nous opérons dans le transport interurbain de voyageurs ainsi que les activités de messagerie et de logistique, qui constituent notre cœur de métier historique.
Nous sommes également présents dans le transport urbain via nos filiales Issal Madina, Issal Fès et plus récemment Issal Tanger, ainsi que dans le transport maritime de passagers et de fret avec Africa Morocco Link (AML)», détaille Elghazouani Jnini, directeur général délégué (DGD) de la CTM, sollicité par La Vie éco.
Rappelons tout de même que les bus exploités à Tanger ont été acquis et équipés par la société Tanja Mobilité, dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau modèle de gestion déléguée du transport public par bus.
En clair, l’organisation décrite par notre source permet, entre autres, au groupe CTM d’adresser l’ensemble de la chaîne de mobilité et de proposer des solutions de mobilité complémentaires et durables, en phase avec les besoins évolutifs des citoyens.
Notons que l’entité qui mise sur la digitalisation et l’exploitation intelligente de la data évolue également dans le domaine du transport de personnel, avec des références de premier ordre (OCP, Bank of Africa).
De solides indicateurs financiers
Interpellé sur les performances de l’activité principale en 2025, Jnini rétorque : «Notre cœur de métier a enregistré une progression du chiffre d’affaires supérieure à nos objectifs.
Cette dynamique repose sur une meilleure valorisation de notre offre, des gains d’efficacité opérationnelle et le lancement de services à valeur ajoutée, comme CTM Flex qui apportera plus de flexibilité aux clients sans renchérir excessivement le coût du voyage».
Il importe de préciser que la solidité financière du groupe peut être confortée par les résultats du 3e trimestre 2025, avec notamment un chiffre d’affaires consolidé de 677 MDH. Ce qui marque une progression de 13% par rapport à la même période de l’exercice précédent.
Cette croissance du 3e trimestre 2025 s’explique essentiellement par les performances du transport maritime et du transport urbain.
L’effort de modernisation de la flotte, à fin septembre 2025, est reflété amplement par un volume d’investissement cumulé de 90 MDH.
Au-delà de ces indicateurs édifiants, notre interlocuteur ne manque pas d’indiquer que 2025 s’est, toutefois, inscrite dans un contexte économique exigeant, marqué, selon lui, par une pression réelle sur le pouvoir d’achat et des arbitrages plus contraints pour les ménages.
En conséquence, la priorité de la structure historique a été de préserver l’accessibilité de ses services tout en maintenant la performance. Pour 2026, Jnini est formel : l’approche est résolument Groupe.
«Nous visons une croissance maîtrisée portée par la diversification de nos activités, la montée en puissance du digital, le renforcement de nos synergies et une discipline opérationnelle accrue sur l’ensemble de nos métiers», révèle-t-il.
En définitive, l’enjeu pour le groupe coté n’est pas seulement de croître mais de construire un modèle plus robuste, plus agile et capable d’absorber les évolutions économiques, tout en créant de la valeur durable pour l’ensemble de ses parties prenantes.
AML, un actif stratégique
Le 12 juin 2024, le groupe CMT a annoncé le rachat (pour un montant de 307 MDH) de la participation majoritaire de BOA dans la compagnie de transport maritime Africa Morocco Link (AML).
Interrogé sur les performances et les perspectives de croissance de l’activité d’AML, notre interlocuteur confie : «Africa Morocco Link est un acteur clé du transport maritime du détroit de Gibraltar.
L’entreprise se concentre aujourd’hui sur la fiabilité de ses traversées, l’optimisation de ses opérations et l’amélioration continue de l’expérience client, que ce soit pour les passagers ou pour le fret».
Jnini fait aussi savoir que les perspectives de la compagnie de transport maritime s’inscrivent dans une logique de consolidation et de création de valeur à moyen terme.
Précisons qu’AML, dotée d’une gouvernance 100% marocaine, demeure un actif stratégique pour le groupe CTM, avec un potentiel de développement important.
La structure de transport maritime qui assure, en moyenne, un départ toutes les heures, dessert aujourd’hui deux lignes maritimes majeures à travers le détroit de Gibraltar : Tanger Med-Algésiras (ligne historique et à fort volume de fret et de passagers) et Tanger Ville-Tarifa (liaison rapide et directe).
CTM-Transdev n’est pas en reste
CTM-Transdev occupe également une place stratégique dans le développement du pôle transport urbain du groupe CTM dont les activités maritime et logistique montent en puissance.
«Il s’agit d’un consortium qui s’inscrit dans la continuité de notre engagement dans la mobilité urbaine et dans un partenariat déjà établi avec Transdev», explique notre source. Et d’ajouter: «Le contrat de Tanger marque une étape structurante tant par la taille du réseau que par les enjeux opérationnels associés».
Il importe d’indiquer qu’au sein du consortium, CTM joue un rôle moteur en s’appuyant sur sa connaissance du terrain, des usages et des spécificités locales, ainsi que sur son savoir-faire opérationnel. Pour sa part, Transdev intervient en complément, avec son expertise internationale et ses standards d’exploitation.
En somme, pour le groupe CTM qui considère le transport interurbain comme un moteur de croissance solide à moyen terme, ce projet renforce son positionnement comme acteur de référence du transport urbain au Maroc.
Il consolide également un partenariat équilibré, au service de solutions de mobilité performantes et adaptées aux réalités locales.
Les tendances lourdes du transport de voyageurs au Maroc
De l’avis de notre interlocuteur, la tendance la plus visible concerne la digitalisation progressive des parcours clients.
L’achat en ligne, l’accès à l’information et le suivi en temps réel deviennent des usages de plus en plus naturels, notamment chez les jeunes et les voyageurs réguliers. «On observe également une exigence accrue en matière de fiabilité du service.
La ponctualité, la sécurité, le confort et la lisibilité de l’offre pèsent désormais davantage dans la décision du client, dans un contexte où le pouvoir d’achat reste sous pression et où les arbitrages sont plus serrés», explique le DGD de la CTM.
Notons que la dimension environnementale commence à émerger progressivement, mais reste encore secondaire dans le choix du voyageur marocain pour qui le prix et l’accessibilité demeurent prioritaires. En revanche, ces enjeux s’imposent de plus en plus comme un sujet structurant pour les opérateurs et les pouvoirs publics.
Autre tendance de fond du marché : la demande devient plus flexible et fortement saisonnière, influencée par les périodes de vacances, les événements nationaux et l’évolution des modes de vie. À l’évidence, cela impose aux acteurs du secteur une plus grande agilité dans la gestion de l’offre et une capacité d’adaptation permanente aux réalités du marché.