Affaires
Conserves de sardines : Le made in Morocco contrefait en Asie
Des produits avec le label des marques marocaines, en provenance d’Asie, sont commercialisés sur les marchés africains. Les opérateurs ont mandaté un avocat à l’international et appellent les institutionnels à défendre le secteur.
Fleuron de l’industrie agroalimentaire et pilier de la sécurité alimentaire nationale, la filière de la conserve de poisson revêt une importance capitale pour l’économie nationale. Générant plus de 35.000 emplois directs et 120.000 emplois indirects, cette activité représente la principale filière de valorisation des produits de la mer avec 64% des captures totales de la pêche pélagique. En matière de commerce extérieur, le secteur représente plus de 11% des exportations alimentaires et environ 33% des exportations des produits de la pêche en valeur. Avec 46% de parts de marché mondial, le Maroc est ainsi le premier exportateur de conserves de sardines. Cette position est due principalement à l’espèce phare Sardina pilchardus Walbaum, dont le Maroc est à la fois le premier producteur et exportateur à l’échelle mondiale. Les programmes, les mesures et les actions mis en œuvre par le plan Halieutis ont aussi contribué au développement du secteur et à la qualité de l’origine Maroc.
Trop d’agréments octroyés
Malgré toutes ces performances, la filière de la conserve de poisson enregistre de fortes perturbations, notamment ces dernières années. L’accès à la ressource étant de plus en plus difficile. Selon la profession, l’année 2023 a été même qualifiée de la pire jamais connue par le secteur. Elle a été marquée par une chute inquiétante des captures représentant -30% pour la sardine. Une baisse que l’INRH a notamment expliquée par l’impact du changement climatique et une pression sur la ressource halieutique très importante en 2022. Pour certains acteurs de la profession, ce serait aussi les retombées de trop d’agréments octroyés pour la création d’unités de traitement ces dernières années avec toutefois aucun impact sur le CA à l’export. «Depuis quatre ans, nous n’avons cessé de demander de suspendre les octrois d’agréments pour la création d’usines. Aujourd’hui, nos unités marchent à 50% de leur capacité de traitement. Cette année 2024, nous démarrons avec zéro stock», regrette un dirigeant d’une unité de la filière. Dans ce contexte, les professionnels dénoncent aussi «la pratique contre-productive de l’approvisionnement des unités de farine directement à partir de poisson entier usinable et parfois juvénile, alors que des milliers d’employés du secteur de la conserve n’ont pas de poisson à traiter». Face à ces perturbations, les opérateurs avancent qu’il est difficile de répondre à la demande des clients et de faire des prévisions en raison de l’irrégularité de l’approvisionnement, alors que les contrats commerciaux avec les donneurs d’ordre sont conclus une année à l’avance, avant livraison.
Ainsi, l’année 2024 ne sera pas facile pour le secteur et pour les professionnels, c’est plus qu’une situation conjoncturelle. Pour faire revenir la ressource, il apparaît encore nécessaire de réduire l’effort de pêche et de mettre de l’ordre dans l’octroi d’agréments.
Marché africain en jeu
Sur le marché international, c’est à la concurrence asiatique rude que fait face le secteur, notamment sur le marché africain. Alors que ce marché représente plus de 40% des exportations marocaines de conserves de sardines, la filière a accusé un fort ralentissement des ventes de conserves de sardines marocaines sur le marché africain au début 2023. Le produit asiatique réalisant une percée record sur cette place en raison d’un écart de coût de revient de l’ordre de 25 à 30% en faveur du produit asiatique par rapport au produit marocain.
La menace asiatique devient d’autant plus une préoccupation majeure pour l’avenir du secteur quand le made in Morocco y est contrefait, soulignent des responsables d’unités de conserves de poissons. «Nous avons découvert nos produits avec nos labels et l’étiquette made in Morocco alors qu’ils ne provenaient pas de chez nous. Les distributeurs d’Afrique subsaharienne nous ont expliqué qu’ils s’approvisionnaient auprès d’un fournisseur asiatique. Bien sûr, ces produits contrefaits sont sur le marché beaucoup moins chers qu’aux prix avec lesquels ils sont commercialisés par nos entreprises marocaines». Face à cette situation, les opérateurs marocains disent avoir diligenté il y a plus d’une année un cabinet d’avocat international. Mais cette affaire est beaucoup plus qu’une affaire d’entreprise. C’est l’origine et le label Maroc qui sont menacés et nécessitent une intervention institutionnelle à l’international, car ce sont nos parts de marché qui sont en danger et un pilier sectoriel de l’économie qui est touché.
La situation est d’autant plus préoccupante que ceci intervient dans une conjoncture de forte volatilité du prix des intrants et c’est la compétitivité de la marque Maroc qui est en jeu et des milliers d’emplois menacés. Aussi, aujourd’hui, les professionnels sollicitent la tutelle pour aborder ensemble tous ces problèmes de manière concrète et approfondie.
