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Composants automobiles : Nouveau terrain de jeu des géants chinois au Maroc
Les entreprises chinoises ne se limitent plus à l’électrique. Elles investissent désormais dans toute la mécanique du véhicule : électronique, systèmes de tuyauterie, pièces métalliques… Ambition : faire du Royaume un hub stratégique pour alimenter principalement le marché européen.
Au Maroc, le centre de gravité de l’investissement chinois se déplace. Longtemps concentrés sur la filière des batteries pour véhicules électriques, les industriels de l’Empire du Milieu élargissent désormais leur champ d’action à tout l’écosystème des composants automobiles.
Une diversification accélérée des investissements depuis le début de l’année.
Dernier projet en date, celui dévoilé en septembre par Tenglong Auto Parts, spécialisé dans la fabrication et la distribution de composants automobiles, pour officialiser le lancement des travaux de son usine marocaine, annoncée en juin 2024.
Ce site, d’un investissement de près de 63 millions de dirhams (MDH), sera dédié à la production de tubes en aluminium pour la climatisation automobile et à l’assemblage de tuyaux de climatisation et de raccordement pour les systèmes d’échange thermique.
Sa production devrait démarrer d’ici fin 2026. L’entreprise cotée à la Bourse de Shanghai cible principalement Stellantis et Renault Group qui gèrent les deux plus grands pôles industriels du Royaume à Kénitra et Tanger.
Sept mois plutôt, c’est la filiale de China North Industries Corporation (Norinco), Lingyun Industrial, spécialisée dans les pièces métalliques et plastiques pour l’automobile et les systèmes de tuyauterie, qui annonçait sa future implantation dans le Royaume, pour desservir les marchés européens et nord-africains. À la clé, deux usines de pièces détachées.
La première entreprise, d’un capital social d’environ 80 MDH, sera dédiée à la fabrication de tuyaux automobiles.
La seconde, fruit d’une joint-venture avec le fabricant chinois de produits en aluminium, Haomei New Materials, produira principalement des boîtiers de batteries et des pièces à haute résistance par profilage.
Conception et fabrication de pièces de haute technicité
Lingyun détiendra une participation de 51% contre 49% pour son partenaire dans cette co-entreprise budgétisée à 140 MDH. Une fois opérationnelles, les deux usines coopéreront avec les unités européennes de Lingyun pour développer le marché et livrer des produits.
Le groupe chinois indique, par ailleurs, qu’il prévoit d’investir dans le renforcement des capacités de production de profilés en aluminium à partir de matières premières. Dans cet écosystème de pièces détachées, on retrouve également Huawei Technologies et Wan’an Technology, le géant des télécommunications, également actif dans la conception et la fabrication de pièces de haute technicité, notamment en matière de suspension et de freinage.
Alors que son partenaire est un acteur majeur dans le domaine des systèmes de contrôle du châssis. Les deux mastodontes ont joint leurs forces pour former une co-entreprise spécialisée dans la production et la vente de pièces détachées. Un projet de plus de 300 MDH dont 65% de parts sont détenues par Huawei (plus de 195 MDH) contre 35% pour Wan’an (plus de 105 MDH).
Quittons cette niche pour nous intéresser à un segment à forte valeur ajoutée : l’électronique automobile. Une sphère où les équipementiers chinois investissent massivement.
Connecteurs et moteurs électriques
C’est le cas de Heilongjiang Tianyouwei, spécialisé dans les composants électroniques automobiles, les solutions de cockpit intelligent et l’électronique embarquée. Fin août dernier, l’entreprise a annoncé l’installation d’une usine dans le Royaume, pour un investissement de près de 683 MDH.
Première brique de ce chantier : la création de sa filiale locale baptisée Tianyouwei Electronics Morocco, dotée d’un capital initial de 126 MDH. Objectif : piloter ce projet qui ambitionne de renforcer le manufacturier dans les chaînes de valeur automobiles locales et de répondre à la demande croissante sur le marché européen.
L’industrie des connecteurs électriques, ces composants essentiels qui créent des liens fiables et sécurisés entre les différentes parties du câblage d’un véhicule, attire également les industriels chinois. En janvier 2025, le groupe high-tech Kaizhong Precision Technology a misé plus de 5 millions de dollars (plus de 50 MDH) pour créer sa filiale Kaizhong Morocco.
Première implantation africaine du groupe déjà présent au Japon et en Allemagne et qui compte parmi ses principaux clients Mercedes-Benz et Toyota.
Toujours dans ce même segment, on peut également citer le fabricant de moteurs électriques, Zhongshan Broad-Ocean Motor, qui a pris pied au Maroc en décembre 2024, en créant deux filiales à Tanger Automotive City. Shedrive Industrial Morocco, chargée de la conception, la fabrication et l’assemblage de moteurs électriques et hybrides, ainsi que d’autres équipements et pièces industrielles destinées à l’automobile.
Et SHedrive Trading Morocco qui se focalisera sur la production et l’assemblage d’équipements automobiles destinés aux véhicules électriques et hybrides.
Renforcer la chaîne d’approvisionnement locale
Ces investissements massifs permettront au Maroc de renforcer sa position de hub émergent de l’électronique automobile et des technologies de cockpit. Une niche en forte croissance, surtout dans ce contexte de montée en puissance des voitures connectées et électrifiées.
Autre composant qui aimante les équipementiers chinois : les systèmes de sécurité automobile. Et ce n’est pas Wuhu Bethel Safety Systems qui dira le contraire. Le groupe chinois a officialisé, en juillet dernier, la création de Wuhu Bethel Morocco Automotive Safety Systems, qui pilotera l’implantation de son usine dédiée à la production de composants automobiles. Montant de l’investissement : 75 millions de dollars, soit plus de 700 MDH.
Dans le catalogue des manufacturiers venus de Pékin ou d’autres provinces chinoises, on y trouvera aussi des offres de tapis automobiles. Début août dernier, l’un des spécialistes en la matière, Shandong Kuntai New Material Technology, a installé sa branche locale Kuntai Hongjing Co Ltd pour un investissement dépassant les 137 MDH.
Une structure qui chapeautera la construction d’unités industrielles dédiées aux tapis de sol et moquettes pour véhicules. Kuntai équipe de grands constructeurs tels que les chinois BYD, Xiaomi Auto, Li Auto, NIO, et les européens Audi, Volvo, Land Rover et BMW.
Les japonais Toyota, Mazda, Honda et Nissan, ainsi que les fabricants américains Tesla et General Motors figurent également dans son portefeuille clientèle.
Cette multiplication des investissements hors segment des batteries au Maroc consolidera la chaîne d’approvisionnement locale, créera des emplois dans des segments stratégiques et favorisera le transfert de technologies aux compétences marocaines.
Elle stimulera aussi la croissance de l’industrie automobile, premier secteur exportateur du Royaume en 2024, avec une valeur de 157,6 milliards de dirhams. Soit une hausse de 6,3% par rapport à 2023.

