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Affaires

Comment Rabat et Bakou veulent renforcer leurs liens ?

Si les relations politiques entre le Maroc et l’Azerbaïdjan sont exemplaires, les rapports économiques sont quasi inexistants. Les deux pays travaillent sur les moyens à même de les renforcer. Un secteur sort du lot : l’énergie.

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Malgré des obstacles logistiques, de distance et d’ordre linguistique, les pays asiatiques figurent parmi ces nouveaux partenaires avec qui le Maroc entend consolider ses liens diplomatiques, sociaux, mais aussi et surtout économiques. De par sa position géostratégique, le Royaume se positionne comme une véritable porte d’entrée en Afrique pour ces économies, désireuses d’exploiter l’énorme potentiel économique d’un continent terrain de compétition de grandes puissances. Parmi celles-ci, l’Azerbaïdjan a récemment affiché son grand intérêt pour le Maroc. En marge de la deuxième session de la Commission mixte de coopération bilatérale entre les deux pays, tenue le 13 novembre à Rabat, un important forum d’affaires a été organisé où une forte délégation du pays de l’Asie occidentale a été présente.

«C’est la première fois dans l’histoire des relations bilatérales qu’on tient un forum d’affaires. La délégation azerbaïdjanaise était dirigée par le ministre des Affaires étrangères, Jeyhun Bayramov, et est composée des représentants de 10 ministères et 6 autres organisations gouvernementales. Presque 30 entreprises ont participé à ce forum. Cela montre un intérêt clair pour le renforcement des affaires avec le Maroc», nous déclare l’ambassadeur de l’Azerbaïdjan à Rabat, Nazim Samadov. Les entreprises présentes à ce forum représentent des secteurs diversifiés, comme le tourisme, la construction, l’industrie, l’agriculture, les finances, les télécommunications, l’éducation et les services. Mais c’est le secteur énergétique qui intéresserait davantage les Azerbaïdjanais, le pays disposant d’une expertise avérée dans l’exploration pétrolière et gazière. «Nous avons des hydrocarbures et vous avez une bonne expérience dans le développement des énergies renouvelables. L’Azerbaïdjan pourrait ainsi participer avec le Maroc dans les projets énergétiques de la région», souligne l’ambassadeur.

Vers l’établissement d’un vol direct Rabat-Bakou
Autre secteur prometteur, le tourisme, nous précise de son côté Adil Embarch, ambassadeur du Maroc à Bakou. Mais pour renforcer les liens dans ce secteur, il faudra d’abord établir un vol direct entre les deux capitales. Un projet sur lequel se penchent actuellement les deux pays. «Pour l’intensification des échanges touristiques et économiques, les deux pays ont déjà initié la discussion de l’accord pour l’élimination réciproque des visas pour les citoyens des deux États. Parallèlement à cela, on doit finaliser le projet d’accord sur l’aviation. Après la signature de ces deux accords, on pourra penser à l’ouverture d’un vol direct entre les deux capitales», annonce Nazim Samadov.

En attendant, et pour résoudre les problèmes logistiques qui freinent le développement des relations économiques, les deux parties ont signé, lors de la 2e session de la Commission mixte, un mémorandum d’entente entre le port de Bakou et l’Agence nationale des ports (ANP), en plus d’un accord-cadre relatif à la coopération dans le domaine de la logistique. Deux accords très importants qui favoriseront le développement du commerce entre les deux pays.
Car il faut savoir qu’aujourd’hui, malgré les nombreuses initiatives, les relations économiques et commerciales «demeurent en deçà de leur potentiel réel», regrette Embarch. «Il existe un espace notable pour une expansion plus significative, notamment dans des secteurs prometteurs où des opportunités d’investissement et de coopération considérables existent», précise-t-il.

Aujourd’hui, ces relations sont très faibles. Les échanges commerciaux ne représentent que 6 millions de dollars en 2022. Toutefois, les tendances de croissance sont prometteuses (46% en 2021, 18% en 2022 et 9% pour les 9 mois de 2023), fait savoir Samadov. Dans le détail, le Maroc exporte des produits de textile, des vêtements, des engrais, des fruits et des poissons, alors l’Azerbaïdjan expédie au Maroc des lubrifiants et du carburant. De leur côté, les investissements sont à sens unique, du Maroc vers l’Azerbaïdjan, et ne dépassent pas 7 millions de dollars, selon l’ambassadeur.

L’énergie comme secteur prioritaire
Quoi qu’il en soit, malgré cette faiblesse des relations économiques et commerciales, nos deux interlocuteurs demeurent optimistes. «En dépit des contraintes logistiques liées au transit par des pays tiers, tels que la Géorgie, et aux réglementations commerciales, les opportunités commerciales et d’investissement entre le Maroc et l’Azerbaïdjan demeurent considérables», déclare Embarch. La diversification des secteurs impliqués dans les échanges commerciaux, la présence d’un forum d’affaires réunissant des entreprises de divers horizons et la convergence de vues sur de nombreux sujets constituent des bases solides pour renforcer ces relations, selon lui. Ceci dit, l’un des secteurs prioritaires de l’Azerbaïdjan demeure sans conteste l’énergie, à travers notamment l’établissement de partenariats dans ce domaine en Afrique, à partir du Maroc. D’où d’ailleurs la présence en force de hauts responsables de la compagnie nationale pétrolière et de gaz d’Azerbaïdjan (SOCAR) lors de la Commission mixte à Rabat.