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Ces start-up marocaines qui misent tout sur la niche

Elles ne s’attaquent pas aux géants du e-commerce ni ne rêvent de devenir la «super app» de demain. Leur terrain de jeu ? Des micro-marchés peu exploités mais prometteurs, en apportant des solutions tech à des besoins concrets et ciblés.

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À contre-courant des start-up qui visent large – en s’attaquant aux paiements, à la logistique ou à l’éducation de masse – une nouvelle vague d’entrepreneurs marocains choisit la voie de l’hyper-spécialisation. Leur credo : combler un besoin précis, souvent local, avec une technologie ciblée et une connaissance fine du terrain. Et ça marche.

Prenons Shrimp Green Water (SGW), basée à Dakhla. Cette start-up développe une technologie de microalgues pour renforcer l’aquaculture durable, en particulier dans l’élevage de crevettes. Son innovation ? Une boucle fermée de production d’eau verte, enrichie en nutriments, qui optimise la croissance des crustacés tout en réduisant l’impact environnemental. Un marché minuscule ? Peut-être. Mais un potentiel mondial pour les zones côtières engagées dans l’économie bleue.

Autre exemple : AgriEdge, spin-off de l’UM6P, qui propose des solutions d’agriculture intelligente, mais pensées pour les contraintes spécifiques du Maroc et de ses petits agriculteurs. Cartographie des sols, recommandations d’irrigation ultra-localisées, alertes météo intégrées… ici, pas de solution clé-en-main importée. La technologie est calibrée, sobre et surtout compréhensible pour des exploitants souvent éloignés des usages numériques.
Même logique chez Wanaut, une plateforme dédiée aux «micro-expériences» touristiques, qui cible les Marocains du monde souhaitant (re)découvrir leur pays autrement. Ici, pas de packages ni de circuits classiques, mais une offre d’activités conçue pour reconnecter les diasporas à leurs régions d’origine : atelier de tissage à Oued Zem, excursion géologique à Midelt, initiation à la cuisine rifaine… Une niche ? Oui. Mais avec plus de 5 millions de MRE, elle est tout sauf marginale.

Répondre à des besoins spécifiques
C’est aussi le cas de Jodoor Green Tech, créée en 2019 et spécialisée dans l’agriculture hydroponique. La start-up propose des fermes clés en main, abordables, centrées sur la culture de légumes à feuilles et d’herbes aromatiques. Elle ne se positionne pas sur l’agriculture en général, mais sur une méthode encore peu répandue localement : la culture hors sol, dans une solution nutritive.
Cette technologie permet de s’affranchir du sol, tout en optimisant l’espace et la production. Grâce à l’Internet des objets, Jodoor assure une culture continue toute l’année, avec une productivité jusqu’à dix fois supérieure à celle de l’agriculture traditionnelle.

Ce positionnement volontairement étroit renforce son expertise sur un créneau spécifique à forte valeur ajoutée.
Une tendance de fond se dessine : la culture start-up locale délaisse les modèles “copier-coller” de licornes internationales pour s’ancrer dans l’usage, dans le concret, et dans des marchés de niche souvent négligés.

Pour Salma Kabbaj, directrice générale d’Impact Lab, un incubateur et accompagnateur de start-up, cette dynamique traduit une maturité croissante de l’écosystème entrepreneurial : «Les start-up marocaines sont désormais capables de répondre à des besoins spécifiques, parfois mal adressés localement comme à l’international». Loin de constituer une limite, l’ultra-spécialisation devient une stratégie de croissance lucide, dans un contexte où agilité, pertinence et maîtrise du terrain font la différence. «Un positionnement de niche peut devenir un véritable levier de développement, dès lors qu’il s’appuie sur une vision claire, des résultats tangibles et une capacité d’adaptation», poursuit-elle. Un signal fort pour l’avenir de la tech marocaine, qui mise désormais sur la profondeur plus que sur la dispersion. Bien sûr, la prudence des investisseurs reste de mise. «Ils apprécient la maîtrise de marché que permet l’hyper-spécialisation, mais attendent un plan de développement clair, chiffré, avec des perspectives d’extension», nuance Salma Kabbaj. La clé, selon elle, réside dans la capacité des fondateurs à prouver le potentiel de leur niche, et à démontrer leur aptitude à exécuter leur vision. «Les investisseurs internationaux veulent des signaux forts, comme des pilotes réussis sur d’autres territoires.»

Et si la prochaine success story tech du Royaume ne venait ni de la fintech, ni de l’IA générative, mais d’une solution ultra-ciblée, pensée pour un segment oublié ? À observer les trajectoires de ces start-up de niche, une chose est sûre : la profondeur d’un marché ne se mesure plus à sa taille, mais à la précision du besoin qu’il adresse.


«Vivre le Maroc autrement»

Ayoub Koutar,
DG de Wanaut

L’ultra-spécialisation est un levier de différenciation dans un écosystème en pleine effervescence. C’est exactement dans cette logique que Wanaut s’inscrit, en se positionnant comme la plateforme dédiée aux micro-expériences locales, avec une attention particulière portée à l’authenticité, à la qualité humaine des échanges et à la valorisation du patrimoine immatériel. Notre public aujourd’hui est avant tout marocain. Ce sont des jeunes et moins jeunes, curieux, à la recherche d’activités qui sortent de l’ordinaire, dans leurs propres villes ou lorsqu’ils voyagent dans d’autres régions du pays.

Nous leur proposons de vivre leur territoire autrement : à travers une randonnée guidée dans l’Atlas, un concert dans un lieu insolite, un atelier de cuisine chez une cheffe locale, ou encore une visite privée d’un site historique racontée par un passionné. Toutes nos expériences sont pensées comme des instants rares, loin des circuits standardisés.

En parallèle de cette offre distribuée en ligne, nous avons aussi pris position sur le secteur de l’événementiel, avec une ambition claire : transformer le Maroc en scène vivante. Nous produisons ou co-produisons aujourd’hui nos propres événements concerts, festivals, rallyes culturels, rencontres sportives en collaboration avec des institutions, des marques et des artistes. Cela nous permet d’ancrer Wanaut dans une dynamique culturelle forte, créer un marché, tout en renforçant notre ancrage territorial.

Sur le plan technologique, nous venons de lancer une nouvelle version de notre plateforme avec une interface repensée, plus immersive, et l’introduction d’un pass digital qui donne accès à une sélection d’expériences réparties sur plusieurs villes du Royaume. Nous sommes encore jeunes, mais nous sommes convaincus que cette approche ultra-locale, éditorialisée, hybride entre marketplace, software et producteur répond à un vrai besoin du marché marocain, aussi bien du côté de la demande que de l’offre.

Et permettra de dynamiser ces écosystèmes.