Carrière
Kamal Mikou: «Les cadres marocains doivent se réinventer face à un marché en pleine reconfiguration»
Entre digitalisation accélérée, régionalisation dynamique et montée en puissance des enjeux RSE, le marché de l’emploi cadre au Maroc vit une véritable métamorphose. Éclairage du directeur associé du cabinet de chasse de têtes Interface RH.
Les entreprises ne recherchent plus seulement des experts, mais des talents agiles, digitaux, multilingues et conscients des enjeux RSE. Tandis que les grandes métropoles renforcent leur attractivité, des pôles comme Tanger, Agadir ou Nador redessinent la carte de l’emploi qualifié.
Quels sont aujourd’hui les secteurs les plus dynamiques en matière de recrutement de cadres ?
La demande en cadres est particulièrement soutenue dans les domaines liés à l’informatique, au digital et aux technologies de l’information, portés par la digitalisation généralisée des entreprises.
Le secteur du BTP, avec les projets d’infrastructures et de construction, reste un grand pourvoyeur d’emplois pour les profils techniques et d’ingénierie. L’industrie, notamment dans les filières automobile et aéronautique, continue d’attirer des compétences de haut niveau.
L’essor des énergies renouvelables contribue également à créer de nouveaux besoins, tout comme le secteur de l’offshoring, qui inclut notamment les métiers de la finance externalisée et de la fintech.
Observez-vous un changement dans les types de profils cadres recherchés par les entreprises marocaines ?
Oui, les attentes des recruteurs évoluent rapidement. Les entreprises cherchent de plus en plus des profils polyvalents, capables de combiner expertise métier et compétences digitales ou managériales.
Dans un contexte d’ouverture internationale, la maîtrise de l’anglais devient indispensable, tout comme la capacité à évoluer dans un environnement multiculturel.
On note également une forte demande pour des cadres capables de piloter des projets transverses et d’exploiter les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, dans une logique d’innovation et d’optimisation des performances.
Quels sont les profils les plus rares et donc les plus recherchés sur le marché marocain aujourd’hui ?
Le marché fait face à une pénurie de profils très qualifiés dans plusieurs domaines stratégiques. Les spécialistes de la tech et de la data sont particulièrement rares, en partie en raison de la concurrence exercée par les marchés internationaux et les entreprises offshore.
Les ingénieurs industriels, notamment dans les hubs comme Tanger, Kénitra ou Nouaceur, sont eux aussi très sollicités. Les cadres trilingues, avec une forte dimension internationale, sont peu nombreux sur le marché local, mais très prisés notamment par les grandes entreprises tournées vers l’export.
Enfin, les experts en développement durable et en RSE représentent une catégorie encore émergente, avec peu de profils véritablement formés, ce qui en fait des talents très convoités.