Affaires
Cannabis: La Beldia revient en force dans les champs «licites»
Jusqu’au début de la nouvelle campagne de la culture du cannabis, seules les graines importées étaient autorisées. Ce n’est plus le cas. Après le feu vert de l’ANRAC, la Beldia est en train de reprendre du terrain face aux plantes hybrides.
Après avoir dépassionné le débat autour du cannabis, le Maroc s’apprête à tirer le plein de bénéfices suite à la légalisation de la production pour des fins thérapeutiques et industrielles. D’ores et déjà, certaines estimations font état d’un chiffre d’affaires d’environ 2 milliards de dirhams pour l’année 2024. D’ailleurs, suite au lancement de l’opération des enregistrements des produits pharmaceutiques par le département de la Santé, l’on apprend que les premiers arrivages seront sur les rayons des officines dès le mois de juin. Une aubaine pour le réseau des pharmacies qui se voit octroyer l’exclusivité de la distribution.
Puisque tous les produits médicinaux doivent «obligatoirement» être commercialisés dans ledit réseau. Mais aussi pour les laboratoires qui ont lourdement investi, notamment en matière de recherche et développement pour l’extraction du principe actif, dans cette filière émergente qui a suscité un réel engouement depuis son lancement au point qu’on parle d’une ruée vers l’or vert. Mais si l’on devait ne retenir qu’un segment des différentes branches que compte ce secteur, c’est bel et bien celui des usages thérapeutiques qui arrive au bout de la chaine, en faisant son entrée dans le circuit commercial. Alors qu’en ce qui concerne les autres usages, notamment dans le domaine des cosmétiques et des compléments alimentaires, il y aurait, selon les professionnels, encore des «fine tuning» à faire avant d’y voir plus clair. Et ce, bien que du côté de la production, des enseignes se disent déjà prêtes pour mettre leurs produits agroalimentaires sur le marché. On pense notamment aux tisanes, chocolats et autres bonbons. Reste néanmoins la question de la distribution à régler. À ce sujet, on évoque aussi bien le circuit de la parapharmacie comme des points de vente dédiés.
Quant aux usages relatifs au textile, à la construction ou autre, en raison de la taille des parcelles plantées qui ne dépassent guère 1 hectare, l’on ne pourrait, pour des raisons de rentabilité économique, se lancer dans ces activités. À ce stade, l’Agence est sans équivoque : aucune autorisation ne sera délivrée à ces activités sans qu’il y ait un acheteur en face. C’est que, en fait, on est à hauteur de 99% concentré sur le projet CBD, alors que l’année dernière seuls deux opérateurs ont exprimé leur intérêt par rapport au THC.
Retour aux sources
Suite au feu vert donné par l’ANRAC, la plante du cannabis, connue sous le nom de la Beldia, à base d’une semence 100% marocaine, a fait son entrée dans la production licite. C’est l’un des faits marquants de la nouvelle campagne dont la moisson est attendue pour août prochain. Prisée par les agriculteurs du fait de sa compatibilité totale avec l’environnement local, cette variété, contrairement aux semences importées, a cette particularité d’être moins aquavore. C’est d’autant plus porteur quand on prend en ligne de compte l’importance d’une meilleure gestion des ressources hydriques dans les provinces concernées par la production licite du cannabis.
C’est une plante qui se cultive en hiver et d’habitude dans les zones «bour». Le problème d’irrigation ne se pose logiquement pas. Par ailleurs, et en vue de développer les recherches scientifiques sur cette variété, on rappellera que l’ANRAC avait signé, pour un investissement de 10 millions de dirhams, une convention avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Valeur aujourd’hui, ce sont 150 écotypes de la Beldia qui ont été identifiés. Cette dernière devra, d’ailleurs, constituer le socle du développement de la filière du cannabis médical, du fait des avantages dont elle est porteuse.
Et ce, que ce soit pour les agriculteurs ou encore pour l’industrie pharmaceutique. Sachant aussi que, outre le fait qu’elle est peu consommatrice d’eau, cette plante, pur produit de terroir, a également cette particularité d’avoir une moindre teneur en THC, alors que les plantes hybrides sont réputées posséder des taux très élevés en CBD. Toujours est-il que le secteur regorge de promesses, que ce soit pour l’agriculture ou pour l’industrie. Mais pas que.
Des milliards de dirhams à capter
En effet, les opérateurs lorgnent également le potentiel des marchés étrangers, en particulier européens. Sur ce rayon, on parle de la capacité des producteurs marocains à capter entre 4,3 et 6 milliards de dirhams à l’horizon 2028. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que l’ANRAC s’active dans l’accompagnement des opérateurs, non seulement dans le processus de production et de transformation, mais aussi au niveau de la promotion de la commercialisation, notamment à travers la participation dans les grands salons européens. Autant dire qu’on est dans une démarche où aucun maillon de la chaine n’est négligé par les différents acteurs impliqués, particulièrement l’ANRAC et ses partenaires institutionnels.
Par ailleurs, et en vue de protéger et valoriser la production locale, histoire de renforcer sa compétitivité, aucune autorisation d’importation des produits dérivés du cannabis n’est à l’ordre du jour, assure-t-on auprès de l’ANRAC. Laquelle est d’ailleurs en discussion avec l’Administration de la douane pour l’établissement des nomenclatures de la filière ainsi que le cahier de charges y afférents.
De même que les autorités compétentes ne sont pas dans une logique d’extension des superficies implantées, mais plutôt dans une démarche d’accompagnement des petits agriculteurs qu’il faut convertir pour passer d’une production illicite à une production licite, qui répond aux critères inclus dans le cadre légal en vigueur. Avec pour principal objectif d’éviter tout «éventuel détournement» du processus en cours à des fins autres que celles ayant présidé à la mise en place du dispositif de légalisation.
Que du chemin parcouru !
Depuis la promulgation de la loi 13-21 en juillet 2021, une vraie dynamique a été enclenchée. Valeur aujourd’hui, ce sont environ 3.000 autorisations qui ont été octroyées par l’ANRAC. Ainsi, au terme du mois d’avril, elle en a délivré, sur un total de 2.174, plus de 2.074, qui ont bénéficié à des agriculteurs, portant sur 2.078 hectares, alors qu’on n’en décomptait que430 au cours de l’année dernière. Dans les trois provinces autorisées, à savoir Chaouen, Al Houceima et Taounate. Lesquelles régions comptent 1.500 agriculteurs organisés dans le cadre des 130 coopératives opérationnelles. Ce sont elles d’ailleurs qui sont l’interface entre les agriculteurs et les opérateurs, notamment en ce qui concerne les contrats de vente dûment signés entre les intervenants. Surtout que l’agriculteur n’est éligible à l’autorisation que quand il y a un acheteur comme vis-à-vis. S’agissant du déroulement de l’actuelle campagne, les choses évoluent de manière positive, assure-t-on du côté de l’Agence. D’autant plus que le problème du retard en matière d’importation des semences, qui s’est posé lors de la précédente, a été surmonté. Les moissons d’août s’annoncent du coup sous de bons auspices.
