SUIVEZ-NOUS

Affaires

Bus urbains : Une révolution qui roule

Le vaste programme national de refonte du transport urbain a ouvert la voie à une concurrence accrue entre opérateurs privés. Déjà opérationnel à Fès, le groupe CTM fait partie des premiers acteurs à adopter ce nouveau modèle de gestion déléguée.

Publié le


Mis à jour le

Plusieurs villes du Royaume bénéficient d’une refonte globale de leur plan de mobilité, en l’occurrence le transport urbain par bus, représentant ainsi une rupture totale avec les anciennes pratiques.

Actuellement, c’est le ministère de l’Intérieur qui prend en charge toutes les dépenses d’investissement (CAPEX) tant en matière d’acquisition d’autobus que de construction et d’équipement de centres d’entretien et de maintenance, d’acquisition de systèmes de billettique et d’aides à l’exploitation…

C’est cette autorité de tutelle qui se charge également de l’externalisation de la gestion en la mettant à la disposition des partenaires professionnels privés, en vertu d’un contrat de gestion déléguée.

Le ministère a d’ailleurs alloué un budget de 11 milliards de dirhams pour cette ambitieuse stratégie qui devra couvrir la période 2025-2029, avec à la clé l’acquisition de près de 3.800 bus neufs, pour couvrir la mobilité urbaine dans 84 villes et concentrations urbaines.

Agadir, Marrakech, Fès, Tanger, Rabat, Benslimane… et leurs agglomérations sont les premières d’une série de villes concernées. La deuxième phase de ce programme concerne 24 villes et concentrations urbaines avoisinantes, dont les villes de Dakhla, Guelmim, Oujda, Essaouira, Tinghir, Taounate et Sidi Bennour.

La dernière étape, elle, porte sur 31 villes, dont Casablanca, Meknès, Khouribga, Laâyoune, Béni-Mellal, Nador, El-Aroui, El-Jadida et Azemmour. Younès El Kasmi, gouverneur directeur de la mobilité urbaine et du transport à la Direction générale des Collectivités territoriales au ministère de l’Intérieur, avait déjà annoncé la livraison prochaine de 1.000 autobus dans le cadre de cette première phase, dont plusieurs villes ont reçu un premier arrivage et qui est en cours de préparation, pour un déploiement imminent.

Ainsi, 70 véhicules ont été réceptionnés au port d’Agadir et 257 à celui de Casablanca. Plusieurs agglomérations en bénéficieront : 49 à Marrakech, 40 à Agadir, 56 à Tanger, 68 à Tétouan et 44 à Benslimane.

Actuellement, de nombreux appels d’offres portant sur la société gestionnaire du transport public par bus sont lancés. Et l’on devra connaître bientôt la société de gestion attributaire de Tanger, Agadir et Marrakech et Tétouan.

La concurrence est déjà acharnée pour ces marchés : Alsa, Supratours, Autasa, le groupement CTM-Transdev…, tous les opérateurs du transport public sont de la partie pour décrocher l’un des marchés de la mobilité urbaine.

CTM, pionnier à Fès
Il faut dire que CTM est déjà opérationnel sur le marché de la ville Fès, à travers sa filiale Issal Fès. Et le groupe n’en est pas à sa première expérience. Il est déjà présent sur la ville de Tétouan et ses environs, depuis novembre 2023. «Depuis la prise en charge de cette activité dans la ville, nous avons constaté une croissance à deux chiffres, tant de la fréquentation que de l’utilisation des autobus», assure un responsable d’Issal Fès.

Le 11 septembre : démarrage à Fès. «Nous avons récupéré le transport urbain par bus à Fès, dans l’état. Dans l’attente de l’arrivée des nouveaux bus, nous avons mis à niveau la flotte existante et procédé à plusieurs opérations de maintenance et d’entretien», souligne notre source.

De plus, «la flotte a été renforcée par 40 bus supplémentaires en bon état de fonctionnement que le ministère de l’Intérieur a mis à la disposition de la ville pour renforcer le parc de manière temporaire», ajoute le responsable. Ainsi, en deux mois, le transport par bus est assuré par une flotte qui a été multipliée par 2,5 par rapport au démarrage.

Le partenariat entre le délégataire et l’autorité de tutelle, qui devrait s’appliquer aux autres partenaires de gestion déléguée, prochainement attributaires des marchés en cours, est d’une année transitoire, au terme de laquelle un contrat de 10 ans serait conclu entre les parties. Cette échéance peut être reconduite, arrêtée ou revue en fonction du bilan et des besoins du ministère.

Pas que l’acquisition
Le ministère de l’Intérieur, à travers le délégataire, ne se charge pas uniquement de l’acquisition des bus, mais aussi de tous les mécanismes de gestion qui gravitent autour.

Il s’agit, entre autres, des systèmes d’information et d’aide à l’exploitation, du déploiement des solutions de billetterie électronique, des centres de remisage et de maintenance, des bornes de signalisation, de l’aménagement des dépôts…

Le financement de tout cet investissement est pris en charge à hauteur d’un tiers par les régions et deux tiers par le Fonds d’accompagnement des réformes du transport routier urbain et interurbain (FRAT).

En tout cas, les sociétés gestionnaires devraient se conformer à un cahier des charges minutieux, qui exige un service de transport efficace, fiable et respectueux de l’environnement, la qualité de service, la régularité et l’information des voyageurs, ainsi que l’inclusion de tout le public. Ajouter à cela l’accompagnement de la digitalisation des services et la valorisation des compétences locales.

L’objectif ultime de cette refonte est de doter le Royaume d’un réseau de transport moderne, performant et conforme aux standards des grandes villes.


La durabilité, moteur de la nouvelle mobilité
La stratégie de modernisation du transport public par bus est accompagnée d’une politique de mobilité durable. Le ministère encourage ainsi les plans de mobilité urbaine durable et s’engage même à accompagner techniquement et financièrement les collectivités dans cette démarche.

Plusieurs villes se sont déjà lancées dans cette vision, dont Rabat et Benslimane qui ont posé les fondations d’un système de mobilité intégré, durable et adapté aux futurs besoins du territoire, en préparation à l’accueil de milliers de visiteurs à l’occasion de la Coupe du monde 2030, ou encore Laâyoune qui a entamé une étude visant la gestion des besoins de mobilité, inclut également un plan de circulation et un autre de stationnement.