Affaires
Autoroute de l’eau : Un projet salutaire
Longtemps renvoyé aux calendes grecques, le projet d’autoroute de l’eau est désormais sur les rails. Un tronçon est déjà opérationnel depuis un an au profit de la zone côtière Rabat-Casablanca, tandis qu’une nouvelle interconnexion est bien avancée pour alimenter le Grand Tanger.
Transférer l’eau depuis les régions qui en ont trop vers celles qui n’en ont pas assez. C’est, pour faire court, le principe d’une autoroute de l’eau sur lequel le Royaume a misé gros dernièrement, en réponse à la crise hydrique aiguë qu’il traverse depuis maintenant plusieurs années. Pour un pays comme le Maroc, qui se caractérise par une diversité des climats, entre un nord pluvieux et un sud sec et aride, l’idée d’une telle interconnexion coule presque de source. Pourtant, elle a mis des années à se concrétiser. En réalité, à chaque vague de sécheresse qu’a connue notre pays ces 30 dernières années, l’idée de connecter les bassins excédentaires à ceux déficitaires ressortait des tiroirs, avant d’y retourner, sans jamais aboutir. Après des décennies de procrastination, le lancement du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 et l’arrivée de l’actuelle équipe gouvernementale aux manettes ont donné un sérieux coup de fouet à ce projet qui se concrétise enfin.
Ce projet titanesque, d’un montant global de près de 40 milliards de dirhams et que le Roi a appelé à accélérer sa réalisation lors du dernier discours du Trône, consiste à relier les bassins de Oued Laou et Loukkos à celui d’Oum Er-Rbia, en passant par les bassins de Oued Sebou et du Bouregreg. Il vise l’exploitation d’un milliard de mètres cubes d’eau qui se perdaient dans la mer et garantiront une répartition spatiale équilibrée des ressources hydriques nationales. Objectif : fournir de l’eau à la bande côtière Rabat-El Jadida, à forte densité, mais aussi pour le Grand Marrakech. Il s’agit aussi de renforcer l’irrigation dans les périmètres de Doukkala et de la plaine de Chaouia, régions agricoles par excellence frappées de plein fouet par la sécheresse et les restrictions sur les cultures, alors que le barrage d’Al-Massira, le deuxième plus grand du pays, situé sur oued Oum Er-Rbia, est à sec.
Selon le ministère de l’Équipement et de l’eau, les études de faisabilité de ce projet sont en cours et devraient être achevées avant la fin de cette année. Toutefois, une tranche qualifiée d’urgente, reliant le barrage de garde de Oued Sebou au barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah près de la capitale, a d’ores et déjà été terminée et mise en service en août 2023, permettant d’assurer, via une canalisation de près de 67 kilomètres, un approvisionnement régulier en eau en faveur de la zone côtière allant de Rabat jusqu’au nord de Casablanca qui abrite quelque 12 millions d’habitants.
Sebou-Bouregreg : 380 mm3 transférés en un an
Réalisé en un temps record, soit 9 mois d’intenses travaux, le projet d’interconnexion des bassins hydrauliques du Sebou et du Bouregreg a été mis en service à point nommé pour répondre aux besoins grandissants en eau de la zone côtière Rabat-Casablanca. Doté d’une enveloppe budgétaire de 6 milliards de dirhams, ce grand chantier n’a pas été une sinécure. Il a nécessité un dragage en amont du barrage de garde Sebou, une prise d’eau en amont du barrage, une adduction d’eau en conduites sur un linéaire de 66,7 km, des ouvrages de régulation et la réalisation de deux stations de pompage d’un débit de 15 m3/s, en plus de l’installation des ouvrages d’alimentation électrique des stations. Le tout réalisé par des entreprises marocaines.
Après un an de mise en service, les résultats sont bel et bien à la hauteur des enjeux.
L’interconnexion permet désormais le transfert d’un débit quotidien de près d’un million de mètres cubes d’eau vers le barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah. Ce dernier en avait bien besoin, car il affichait avant la mise en service de l’interconnexion un déficit hydrique de près de 80%. Sans l’autoroute de l’eau, il aurait été insuffisant pour approvisionner la zone côtière Rabat-Casablanca, qui aurait manqué d’eau dès la fin de l’année 2023. Au total, ce sont plus de 380 Mm³ d’eau qui ont été acheminés en un an vers ce barrage, via une conduite en acier de 3,20 mètres de diamètre. En d’autres termes, ces ressources hydriques, qui se perdaient dans la mer dans des proportions importantes (environ 340 Mm³ au cours de l’année hydrologique 2022-2023), sont désormais valorisées. Pour atteindre leur destination finale, l’Agence du bassin hydraulique de Sebou effectue des lâchers d’eau depuis le barrage d’Al-Wahda, afin de renforcer la retenue du barrage de garde Sebou via Oued Ouargha, sur une distance de 150 km.
Cap sur le Grand Tanger
La tranche urgente sitôt terminée, et alors que la phase d’étude pour étendre l’interconnexion au bassin Oum Er-Rbia est dans sa dernière ligne droite, un autre projet similaire a été lancé, fin 2023, cette fois-ci dans la région Nord : le projet d’interconnexion des barrages Oued El-Makhazine et Dar Khrofa, dans le bassin du Loukkos. Mobilisant une enveloppe d’investissement de 800 millions de dirhams, cette interconnexion, longue de 50 km, servira à alimenter le Grand Tanger en eau potable. Elle permettra également d’assurer l’irrigation d’environ 20.000 hectares de terres agricoles.
Les travaux de ce projet stratégique sont entrés dans leur dernière ligne droite et ont été scindés en deux lots, pour plus de célérité dans leur réalisation. Le premier porte sur les travaux de réalisation de la station de pompage et de la première tranche de la conduite d’adduction. Il a été confié au groupement d’entreprises SNCE-Sogea-Sogetrama pour un montant de 271 millions de dirhams. Le second porte sur les travaux de réalisation de la deuxième tranche de la conduite d’adduction, menés par le groupement Stam-Sapep pour un coût d’environ 527 millions de dirhams.
Ce raccordement hydraulique entre les deux barrages permettra de récupérer l’excédent des apports d’eau du barrage Oued El-Makhazine en années humides, pour les stocker dans la retenue du barrage Dar Khrofa, contribuant ainsi à la sécurisation de l’alimentation de l’eau potable du Grand Tanger et au développement de l’irrigation. Une fois opérationnelle, cette nouvelle autoroute aura une capacité de transfert d’un volume de 100 millions de mètres cubes par an, avec un débit d’équipement de 3,2 m3/s. La fin des travaux est prévue dans les prochaines semaines.
