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Automobile : Un cas d’école d’intégration

En termes de transformation industrielle, de montée en gamme et d’intégration, l’industrie automobile nationale coche toutes les cases. Encore balbutiante il y a une vingtaine d’années, la plateforme automobile du Royaume se positionne désormais comme l’une des plus compétitives au monde et s’apprête à jouer un rôle de premier plan dans la très prometteuse industrie des batteries.

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L’automobile est le fer de lance du Maroc industriel, sa figure de proue. Et son histoire récente est riche en enseignements pour les autres secteurs, puisqu’elle est passée d’une petite industrie à l’une des plus performantes et dynamiques de la région.

Mohamed Bachiri, de la Commission développement industriel de la CGEM, et directeur général de Renault Group Maroc, mesure le chemin parcouru. «En 2005, Somaca fabriquait 15.000 voitures. C’était sa meilleure année. En 2024, nous avons fabriqué, entre les usines de Tanger et de Casablanca, 413.000 voitures.

C’est un record absolu. 90 % de ce qu’on fabrique est exporté. La Sandero fabriquée à Tanger a été le premier véhicule vendu en Europe l’année dernière, toutes marques confondues», affirme-t-il d’emblée.

Cette réussite est le fruit d’un long travail de fond. Avec le ministère, se rappelle-t-il, «nous avons développé ensemble ce qu’on appelle l’intégration locale, c’est-à-dire ramener des équipementiers au Maroc, recruter des jeunes Marocains et fabriquer les pièces dont nous avons besoin.

C’est ce qui a donné l’écosystème Renault, avec un objectif d’intégration locale de 65%». Aujourd’hui, l’industrie automobile au Maroc, c’est environ 250 équipementiers qui travaillent dans la filière et 220.000 emplois directs créés. Le taux d’intégration a lui atteint 65,5 %.

Autre chiffre édifiant : en 2024, deux milliards d’euros d’achats de pièces «made in Morocco» ont été réalisés pour les usines de Casablanca et Tanger, mais aussi pour les usines européennes du groupe. D’ici 2030, le taux d’intégration devrait continuer à grimper, dans le sillage de la signature d’un deuxième écosystème.

«Nous avons des objectifs à l’horizon 2030 avec un taux d’intégration locale de 80% et un chiffre d’affaires d’achat de pièces de 33 milliards de dirhams par an. Nous serons l’un des rares pays au monde à avoir ce niveau d’intégration locale. Cela va nous permettre de maintenir la compétitivité et de nous projeter dans le futur avec assurance», explique-t-il.

Cap sur l’électrification de la gamme
Les enjeux qui attendent les industriels de la filière, c’est l’électrification de la gamme. Sur ce point, Bachiri précise que «dans la quatrième génération de la gamme Dacia, qui sera produite et lancée au Maroc, entre 2027 et 2028, il y aura une composante électrique».

Raison pour laquelle le Royaume est en train de mettre en place un écosystème de batteries électriques, avec notamment des projets à Kénitra et Jorf, pour fournir les constructeurs.

«Il y a différents enjeux qui nous attendent», prévient Bachiri. Selon lui, le principal défi est l’intégration de cet écosystème. «Il faut qu’il ait sa propre feuille de route d’intégration locale pour qu’on puisse avoir un certificat auprès des douanes européennes, le certificat d’origine, qui prouve que les voitures ont un contenu local au Maroc et qu’il ne s’agit pas que de l’assemblage de batteries. Il y a beaucoup de travail qui est fait à ce niveau, et la feuille de route est tracée pour y parvenir», nous apprend-il.

Intégration locale en profondeur
L’autre sujet de taille concerne l’intégration en profondeur, c’est-à-dire aller au-delà des fournisseurs de rang 1. «Il faut s’intéresser à la propre intégration locale de ce fournisseur. Un câbleur a un niveau d’intégration locale d’environ 30%. On souhaite qu’il renforce son intégration locale en achetant des composants qui rentrent dans la fabrication des câbles.

Dans une voiture, il y a à peu près 2 km de fils de cuivre. Il faut qu’on soit capable de fabriquer localement le fil de cuivre qui rentre dans la fabrication du câble au lieu de le sourcer de l’étranger», explique Bachiri.

Un troisième défi à relever, c’est l’intégration des matières premières industrielles. Il faut absolument déterminer le business model idoine pour les extraire, les raffiner et les mettre à la disposition des industriels marocains, notamment la filière automobile.

Pour Bachiri, l’enjeu des matières premières est fondamental pour le futur du secteur industriel, à l’heure où la Chine a bloqué les exportations de 7 métaux rares, ce qui ne manque pas de mettre en alerte les industriels européens mais aussi marocains.

Ali Seddiki abonde dans le même sens. Pour le patron de l’AMDIE, «il faut réussir à développer une industrie locale profonde, ancrée dans les différentes strates de production et qui devraient intégrer tous les métiers de demain».

Des initiatives ont été lancées dans ce sens par le ministère de l’Industrie, celui de l’Investissement et l’AMDIE, en coopération avec les grandes locomotives installées au Maroc, en vue d’identifier «commodité par commodité, pièce par pièce, ensemble par ensemble, les chaînes manquantes à cet ancrage pour gagner en compétitivité», détaille-t-il.

Batteries : Le Maroc dans le top 5 mondial
Toujours est-il que les perspectives de la filière des batteries électriques au Maroc s’annoncent des plus prometteuses. Car c’est tout un écosystème qui se met en place, comme le confirme Ryad Mezzour: «À part le lithium, toute la batterie sera marocaine. Le fer, le phosphate, l’électrolyte, le séparateur, le module, tout sera marocain. La batterie marocaine sera plus intégrée que la voiture marocaine».

Le ministre de l’Industrie estime que le Maroc fera partie des cinq pays dans le monde à avoir une intégration similaire dans la batterie (avec la Corée, la Chine, l’Inde, l’Indonésie). L’écosystème en construction est d’ailleurs déjà bien avancé.

«La première cellule qui sortira de l’usine de Kénitra en juin 2026 a déjà été commandée par le groupe Renault. En outre, les premiers précurseurs produits au Maroc sont déjà en route pour la Corée. L’anode est en cours de construction, l’électrolyte est en cours», a-t-il révélé.

Et d’ajouter : «Tout cela permet aujourd’hui à nos partenaires et investisseurs, qu’ils soient européens ou asiatiques, de se dire que si on veut réussir aujourd’hui dans ce nouveau marché, dans ce nouvel ordre mondial, en termes de production, notamment automobile, la base Maroc est une base essentielle, parce que c’est la seule qui est capable d’avoir une compétitivité qui rivalise avec l’Asie».

La Chine, qui multiplie les investissements dans la filière des batteries l’a bien compris. «Pour les Chinois, le Maroc est le hidden gem (joyau caché)», affirme même Ali Seddiki. «Les investissements chinois au Royaume sont revenus en masse après la crise sanitaire, compte tenu des différentes avancées perceptibles, sachant que, de par leur nature, les investisseurs chinois ont une très grande aversion au risque, notamment sur le continent africain».

Selon lui, «il est illusoire de croire qu’on peut avancer sans les Chinois, notamment sur la filière des véhicules électriques».