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ATAREC : La start-up qui surfe sur la houle
Sur les côtes marocaines, là où l’Atlantique impose sa cadence et sa puissance, deux jeunes entrepreneurs ont décidé de transformer le mouvement perpétuel des vagues en source d’énergie propre. Plongée au cœur d’une innovation technologique qui entend faire de l’océan un nouvel allié de la transition énergétique.
Nous les contemplons chaque jour, et plus encore en période estivale. Leur bruissement incessant, semblable à une symphonie naturelle, charme l’ouïe, tandis que leur brise iodée effleure nos narines. Derrière cette chorégraphie maritime se cache pourtant un trésor longtemps ignoré: l’électricité.
C’est ce potentiel insoupçonné que deux jeunes ingénieurs marocains ont décidé d’explorer, dans un pays qui dispose de plus de 3.600 km de côtes sur l’Atlantique et la Méditerranée.
Depuis 2020, Mohamed Taha El Ouaryachi (35 ans) et Oussama Nour (33 ans) se sont lancés dans une aventure entrepreneuriale audacieuse, visant à transformer l’énergie de la houle en une source d’électricité verte, stable et compétitive.
Tout commence à Tanger Med, au cœur du plus grand complexe portuaire d’Afrique. Les deux fondateurs y évoluent dans des univers professionnels complémentaires. Mohamed travaille sur des projets portuaires et maritimes.
Au fil de ses missions, il est frappé par la puissance phénoménale de la houle. «J’étais confronté de près au potentiel considérable de l’énergie des vagues. À plusieurs reprises, j’ai été impressionné par la force des jets d’eau verticaux générés par la houle. Cette observation a largement inspiré la réflexion technologique à l’origine du projet», se souvient-il.
De son côté, Oussama collabore avec des concessionnaires opérant dans le port de la ville du Détroit. Il constate une pression croissante sur les infrastructures portuaires, appelées à réduire leur empreinte carbone et à intégrer des sources d’énergie renouvelable pour répondre aux exigences de la transition énergétique.
Très vite, une évidence s’impose : ce potentiel maritime doit être valorisé. De cette double prise de conscience naît Advanced Third Age Renewable Energies Company (ATAREC).
«Wave Beat», une technologie au service de la houle
Fondée en 2020, la start-up se distingue par une technologie innovante baptisée «Wave Beat». Le principe est simple dans son approche, mais sophistiqué dans son exécution : une bouée flottante, installée sur les digues portuaires, monte et descend au rythme des vagues. Ce mouvement vertical est ensuite converti en électricité grâce à un système électromécanique.
Les digues, dont la vocation première est de protéger les installations portuaires contre la houle, deviennent ainsi de véritables supports de production d’énergie. «Plutôt que de repousser la houle, nous l’exploitons. Cette approche permet d’économiser jusqu’à 70% des investissements, levant ainsi l’un des principaux verrous de l’énergie houlomotrice, historiquement pénalisée par des coûts très élevés», explique El Ouaryachi.
Depuis près de cinq ans, cette solution pilote est testée à Tanger Med. Convaincre les autorités portuaires n’a toutefois pas été une mince affaire.
À ce jour, aucun projet d’énergie houlomotrice n’a encore atteint un stade pleinement commercial à l’échelle mondiale. «Il fallait démontrer que cette technologie était non seulement pertinente, mais aussi compatible avec les contraintes d’un port en activité», indiquent les fondateurs.
Des premiers résultats encourageants
Séduit par l’intérêt stratégique du projet, tant pour sa propre transition énergétique que pour son image à l’international, le port a finalement mis à leur disposition des moyens humains et financiers afin de soutenir le développement du prototype.
Les premiers résultats sont jugés très encourageants. La technologie affiche un facteur de charge supérieur d’environ 60% à celui de l’éolien offshore, ainsi qu’un coût actualisé de l’énergie parmi les plus compétitifs au monde dans le segment des énergies marines.
Plus encore, les tests révèlent que l’énergie de la houle est trois à quatre fois plus stable que le solaire. À l’issue de la phase de conception, prévue à l’horizon 2028, ATAREC ambitionne de passer à l’échelle commerciale. Une première étape consistera à déployer la technologie à Tanger Med, avec une capacité de 150 kW par unité, et un potentiel estimé à 150 unités sur le site.
«La priorité est de démontrer la compétitivité de la technologie en s’appuyant sur les digues existantes. À moyen terme, nous visons l’ensemble des infrastructures maritimes, avant de développer, à long terme, des aménagements dédiés capables d’exploiter la houle partout dans le monde», précise El Ouaryachi.
Après les ports, le dessalement et l’hydrogène vert
D’après notre interlocuteur, au Maroc, le déploiement de l’énergie houlomotrice se heurte encore à trois défis majeurs : le financement, la complexité technique et, à terme, le cadre réglementaire. Pour l’heure, ATAREC se concentre sur la R&D, laissant la question réglementaire à une phase ultérieure. Si les ports constituent un point d’entrée stratégique, les ambitions d’ATAREC vont bien au-delà.
La technologie pourrait alimenter des usines de dessalement, des infrastructures touristiques, voire contribuer au développement de l’hydrogène vert, selon ses concepteurs. «L’énergie de la houle, seule ou combinée au solaire et à l’éolien, permet d’optimiser le rendement des électrolyseurs, sans recourir à des solutions de stockage coûteuses», souligne-t-il.
L’ambition de la start-up : passer sous la barre des 100 dollars par mégawattheure, pour faire de l’énergie des vagues un pilier crédible du mix énergétique de demain et une nouvelle contribution marocaine à la transition énergétique mondiale.
Une reconnaissance internationale
Grâce à sa technologie innovante, ATAREC a rapidement attiré l’attention de la scène internationale, en y décrochant plusieurs distinctions majeures.
En 2024, la jeune pousse a été sacrée «Meilleure start-up mondiale de l’économie bleue régénérative» par le Future Investment Initiative (FII), WAVE (World Alliance for Venture Equity) et le ministère saoudien de l’Économie et de la planification. La même année, elle a également été distinguée à Paris par EDF, dans le cadre du programme EDF Pulse Africa, dédié aux innovations énergétiques à fort impact.
En 2023, l’entreprise était la seule start-up du continent sélectionnée par le programme Tech Champions en Arabie saoudite. Cette initiative était portée par Plug & Play Middle East, le Fonds Wa’ed d’Aramco, ainsi que plusieurs institutions saoudiennes, dont les ministères de l’Environnement, de l’Eau et de l’Agriculture, et des Communications et des Technologies de l’Information.
Un an plus tôt, en 2022, la start-up figurait déjà parmi les cinq meilleures initiatives climatiques mondiales distinguées par les Nations unies.
