Affaires
Arganier : Les atouts, ambitions et défis d’une filière
Réhabilitation de l’arganeraie, arganiculture, transplantation… autant d’avancées en termes de préservation des zones de production. Mais des challenges restent encore à relever pour atteindre le commerce équitable et protéger les droits des femmes de l’arganier.
L’arganier est au cœur de l’actualité en ce mois de mai. Après la célébration de la Journée internationale de l’arganier à NewYork dans les hautes sphères de l’ONU, c’est à Agadir, chef-lieu de la filière qu’a lieu, du 17 au 21 mai, le Salon international de l’arganier. Dédiée à l’univers de l’arganier dans sa globalité, cette rencontre dans sa deuxième édition se tient dans la station balnéaire sur deux sites. Le salon est organisé dans les espaces de l’hôtel Les Dunes d’Or et sur la place Inbiaate où est reconstituée l’ambiance typique des villages de l’arganeraie.
Les produits de 200 coopératives des 8 provinces de la biosphère de l’arganier y sont exhibés, précise un communiqué de l’Andzoa. L’événement est aussi l’occasion pour se pencher lors de débats sur les avancées du secteur, les enjeux et les perspectives de croissance à viser dans les années à venir.
A commencer en 1998 par la création de la Réserve de biosphère de l’arganeraie (RBA) d’une superficie de 2,5 millions d’hectares environ, beaucoup a été fait en matière notamment de préservation des ressources et contribution au développement local et régional de la zone de l’arganier. Le programme de réhabilitation de l’arganeraie constitue justement l’un des principaux axes du contrat-programme de la filière de l’argane. Les efforts déployés ces dernières années ont permis la réhabilitation de l’arganeraie sur une superficie de 209.000ha, et aujourd’hui les perspectives de la nouvelle stratégie ‘’Forêts du Maroc’’ sont prometteuses. Il est prévu dans ce cadre de réhabiliter 400.000 ha à l’horizon 2030. Toujours en matière de préservation des ressources, une première expérience mondiale de transplantation d’arganiers adultes a été menée. Cela a permis une maîtrise des techniques possibles et des conditions de réussite. Les résultats préliminaires montrent un taux de réussite de 70%.
conception de projets
Au niveau de l’arganiculture, une superficie de 10.000 ha est déjà plantée, est-il précisé dans un communiqué de l’Andzoa. Pour rappel, le projet «Développement de l’arganiculture dans les zones vulnérables» (Dared) a été initié grâce à la collaboration de plusieurs partenaires, en l’occurrence l’ADA, en tant qu’entité accréditée par «Green Climate Change» (GCF), l’Andzoa, en tant qu’entité d’exécution, l’Agence du bassin hydraulique Souss-Massa (ABHSM), les Directions régionales de l’agriculture, l’ONCA, l’Onssa et l’Interprofession.
Le programme intervient dans l’aire géographique de la Réserve de biosphère de l’arganeraie, avec un budget de 49,2 millions de dollars dont la contribution du Fonds Vert Climat (GCF) est de 39,3 millions de dollars. L’ambition est de faire de l’arganiculture un modèle économique résilient aux changements climatiques et stimulateur d’un changement de paradigme dans la conception et la réalisation des projets d’agriculture durable. Afin de mettre en œuvre ce projet, l’Andzoa a mis en place un processus de mobilisation et d’identification de terrains privés dans le cadre d’une approche participative qui implique tous les acteurs, est-il indiqué dans un communiqué de l’Agence.
Outre l’élaboration de modèles de co-management de la forêt naturelle d’arganiers adjacente aux périmètres de l’arganiculture et la formulation d’un plan de renforcement des capacités des acteurs, des projets de développement des zones de l’arganier ont été initiés. Une enveloppe budgétaire globale de plus de 1,7 milliard de dirhams, dont une contribution de l’Andzoa s’élevant à 1 milliard de dirhams, a été investie à cet effet.
Le projet de Centre national de l’arganier (CNA), mis en œuvre par l’Andzoa est un autre grand chantier en faveur du développement de la filière. Les travaux de construction ont atteint un taux d’avancement de 50 % et les études de scénographie et muséographie sont en cours d’exécution.
Commerce équitable
Sur le plan organisation professionnelle, les actions entreprises ont abouti à la mise en place de la Fédération interprofessionnelle de la filière de l’argane (Fifargane) en 2017, reconnue par la Commission nationale des interprofessions en mars 2018. L’entité est composée de deux collèges: la Fédération nationale des associations provinciales des ayants droit producteurs et usagers de l’arganeraie (Fnadua) et la Fédération marocaine des transformateurs, exportateurs et commerçants de l’huile d’argane (FMTEC) qui regroupe les coopératives d’extraction, les GIEs, les sociétés et les commerçants.
Le commerce équitable en faveur de la femme rurale est encore difficile à atteindre. Dans cet écosystème, il est compté plus de 40.000 femmes que l’argane retient dans leur village. Des acteurs auxquels il faut encore préserver des droits et qui réclament un accès à la matière première à un prix abordable, sans passer par les intermédiaires.
Pour ce faire, la création d’un fonds régional pour l’achat de la matière première est nécessaire, recommandent les experts. Pour faire barrage au monopole, il est recommandé que seuls les groupements des coopératives de plus de 5 ans peuvent devenir des agrégateurs de la matière. «Les Eaux et Forêts doivent récupérer les fruits d’arganiers dans les endroits non accessibles et les mettre à disposition des usufruitières à un prix abordable, à l’instar du bois de cèdre et autres produits forestiers, ou de donner l’autorisation aux seules coopératives de les récupérer. Aujourd’hui encore les spéculateurs achètent toute la récolte de graines d’argane pour le compte d’un opérateur. Les femmes ne trouvent plus de matière sur le marché», déplore un intervenant de la filière. La rareté et le prix deviennent ainsi de plus en plus une barrière pour l’accès à la matière pour ces femmes.
Le prix est passé de 2,5DH le kilo de fruit à 13 DH aujourd’hui. Les femmes sont alors obligées de travailler pour un spéculateur à un prix de 15 DH/Kg après 2 jours de travail. «Pour produire un litre d’argane, il faut 2,2 Kg de graines à concasser pendant 2 jours de travail, soit une rémunération de 8 DH/ jour et 300 DH/mois», ajoute un professionnel. Pour lui, il est crucial d’instaurer des prix de référence minimum pour la matière première comme pour le travail de concassage et pour l’huile sur le marché local ainsi qu’à l’export. Il y va de l’égalité des chances dans le cadre d’une véritable économie solidaire et du commerce équitable. Les revenus de la filière en seraient multipliés.