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Ali El Azzouzi : «Les entreprises ciblent des profils capables d’opérer la cybersécurité de manière intégrée»

Le PDG de Dataprotect, un des acteurs majeurs de la cybersécurité au Maroc, révèle les expertises les plus recherchées par les entreprises marocaines et énumère les défis à relever pour renforcer l’écosystème national de cybersécurité.

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Concrètement, où en est le Maroc en matière de compétences et de préparation face aux risques numériques ?
Au mois de juin dernier, le Maroc figurait au troisième rang mondial des pays les plus ciblés par les cyberattaques et au premier rang sur le continent africain. Cette situation n’est pas anodine, elle témoigne à la fois du dynamisme numérique du Royaume et de l’intérêt croissant que suscitent nos infrastructures, nos données et nos institutions pour les acteurs malveillants.

Conscient de cet enjeu, le gouvernement a multiplié les initiatives structurantes pour renforcer la préparation nationale face aux risques numériques. Parmi elles, le programme Jobintech constitue un exemple emblématique.

Soutenu par le ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, mis en œuvre en partenariat avec le groupe CDG et opéré par le Maroc Numeric Cluster, ce programme vise à former 15.000 talents numériques sur une période de trois ans, dont une part significative dédiée aux métiers de la cybersécurité et des infrastructures critiques.

Parallèlement, la stratégie Maroc Digital 2030 donne une vision claire et ambitieuse: placer le capital humain au centre de la souveraineté numérique nationale. Parmi ses piliers majeurs figure le développement massif des talents numériques, avec pour objectif d’atteindre d’ici 2030 près de 100.000 profils formés par an, toutes filières confondues.

À l’échelle mondiale, le déficit de talents en cybersécurité dépasse aujourd’hui les 4,5 millions de profils selon les dernières études internationales. Ce déséquilibre entre la demande croissante en experts et l’offre de compétences qualifiées est un défi global, et le Maroc n’y échappe évidemment pas.

Justement, quelles sont aujourd’hui les expertises les plus recherchées par les entreprises marocaines ? Et dans quels domaines observe-t-on la plus grande pénurie ?
Elles recherchent aujourd’hui des profils capables de structurer, piloter et opérer la cybersécurité de manière intégrée. Les besoins les plus critiques se situent clairement dans la gouvernance, la gestion des risques et la conformité, des fonctions essentielles pour mettre en œuvre les exigences réglementaires et normatives.

Nous observons également une pénurie importante de RSSI (Responsables de la sécurité des systèmes d’information) capables de porter une vision stratégique de la sécurité, ainsi que de profils opérationnels qualifiés, tels que les analystes SOC (Centre de sécurité opérationnel), ingénieurs en réponse à incident, et spécialistes en threat intelligence.

Mais le véritable défi réside dans le manque de séniorité.

Le Maroc forme aujourd’hui de jeunes talents prometteurs, mais les profils expérimentés, capables d’encadrer, d’auditer ou de concevoir des architectures complexes, restent rares. C’est cette maturité opérationnelle et managériale qu’il faut désormais accélérer.

Les universités et écoles d’ingénieurs marocaines forment déjà des profils techniques. Qu’est-ce qui manque, selon vous, pour que leurs cursus soient pleinement en phase avec les besoins du terrain ?
Ces établissements font déjà un excellent travail, elles ont considérablement développé leurs cycles de formation dans le numérique, avec des parcours de Bac+2, Bac+3 et Bac+5 qui constituent une base solide pour la structuration du capital humain national.

Cependant, le marché du travail évolue beaucoup plus vite que le rythme académique. Les entreprises ont besoin de profils opérationnels immédiatement disponibles, capables d’intégrer des équipes de cybersécurité, de SOC (centre opérationnel de sécurité, ndlr) ou de gestion des risques sans longues périodes d’adaptation.

C’est pourquoi il devient essentiel de compléter les cursus académiques par des formations plus agiles, de courte durée, orientées compétences et sanctionnées par des certifications reconnues. Les programmes de reconversion et les bootcamps intensifs et immersifs représentent aujourd’hui la solution la plus efficace pour aligner les profils sur la réalité du terrain.

L’objectif n’est pas de remplacer l’université, mais de créer un continuum de formation permettant à la fois d’améliorer le niveau académique et de répondre aux besoins concrets du marché marocain de la cybersécurité.

Quel rôle doivent jouer les pouvoirs publics et les grandes entreprises pour muscler l’écosystème national de cybersécurité ?
Il faut reconnaître qu’il y a eu un véritable tournant dans la gouvernance de la cybersécurité nationale depuis 2011. Le Maroc a, en effet, amorcé une transformation profonde, marquée par la mise en place d’une vision structurée, de cadres réglementaires solides et d’une coordination institutionnelle exemplaire.

Aujourd’hui, pour franchir une nouvelle étape, le renforcement de cet écosystème passe par trois leviers majeurs. D’abord, le financement de la recherche et du développement afin d’encourager l’innovation locale et la création de solutions souveraines.

Ensuite, un partenariat public-privé qui doit devenir un véritable moteur de co-construction entre institutions, opérateurs et acteurs technologiques. Et, enfin, la mise en place de cadres structurés de collaboration, permettant aux talents, aux entreprises et aux laboratoires de travailler ensemble sur des objectifs communs.

Avec les grandes échéances internationales à venir, notamment la Coupe du Monde 2030, le Maroc dispose d’une opportunité historique pour créer un environnement favorable à l’émergence de champions nationaux et d’initiatives technologiques et sécuritaires d’envergure mondiale.