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Agriculture

Viandes rouges : Comment les importations ont amélioré l’offre

Face à l’effondrement progressif du cheptel, aggravé par la sécheresse et le Covid-19, le Maroc s’est tourné vers l’importation de bovins destinés à l’abattage. Une stratégie d’urgence, axée sur la suspension temporaire des droits d’importation et de la TVA, qui a permis de soutenir l’offre et d’atténuer la flambée des prix. Explications.

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Pendant plus d’une décennie, la filière marocaine des viandes rouges a affiché une trajectoire ascendante. Portée par le Plan Maroc Vert, la production nationale est passée de 375.000 tonnes en 2008 à 606.000 tonnes en 2019, soit une progression de plus de 60%.

Une évolution qui résulte de l’amélioration des performances de l’élevage grâce à la modernisation des systèmes d’élevage.

Cette embellie s’accompagne d’une hausse significative des abattages contrôlés des bovins durant cette période, grâce au renforcement du contrôle sanitaire. Leur tonnage est passé de 92.000 à 181.000 tonnes entre 2008 et 2018, avec un pic de 185.000 tonnes en 2016.

«Cette évolution reflète les efforts de développement de la filière des viandes rouges, l’amélioration de l’offre en viandes rouges, ainsi que la modernisation progressive des circuits de production et de commercialisation», explique un expert au ministère de l’Agriculture.

Bref, tous les indicateurs étaient au vert. Mais cette dynamique a souffert des effets de la pandémie de Covid-19, suivie par plusieurs années de sécheresse ardente, a profondément déstabilisé la filière.

L’abattage massif des femelles reproductrices, destiné à faire face aux difficultés économiques des éleveurs, a accéléré la contraction du cheptel bovin national. Résultat : la production locale est entrée dans une zone de déficit, ouvrant la voie à une décision sans précédent : importer massivement des bovins pour l’abattage.

Une stratégie qui a stabilisé l’offre
En 2023, le Royaume autorise, pour la première fois, l’importation de 200.000 bovins pour l’approvisionnement du marché national en viande rouge. L’objectif était clair : éviter une explosion des prix et prévenir les pénuries.

Entre 2023 et 2026, plus d’un million de têtes ont été ouvertes à l’importation à travers différents dispositifs réglementaires.

Au total, plus de 591.000 bovins ont effectivement été importés par des dizaines d’opérateurs, principalement depuis l’Espagne, la France, l’Irlande, le Portugal, le Brésil et l’Uruguay. La montée en puissance a été rapide, puisqu’on est passé de 101.690 têtes importées en 2023 à 257.000 deux ans plus tard. Une dynamique qui s’est poursuivie au cours des cinq premiers mois de 2026, avec plus de 94.000 têtes importées.

L’opération ouverte à tous les importateurs marocains a bien évidemment intéressé les opérateurs disposant d’une solide capacité financière et d’une expertise logistique et qui ont pu se positionner. L’analyse des tableaux statistiques révèle que seuls 58% du contingent ouvert ont été importés.

Cela s’explique, d’après le ministère de l’Agriculture, par l’augmentation progressive des prix en Europe et la fermeture de ce marché, en raison des crises sanitaires qu’il a connues en 2025 et 2026, les investissements lourds nécessaires pour la réception des animaux, tels que les infrastructures de quarantaine, la logistique portuaire, le transport maritime, ainsi que l’éloignement des marchés de l’Amérique latine, particulièrement celui du Brésil.

«Sur les 4 ans, 153 sociétés ont participé à cette opération, qui n’est pas aisée et demande une expérience et un savoir-faire.

La plupart de ces sociétés sont des opérateurs du secteur et qui exerçaient l’importation des reproducteurs ou les bovins destinés à l’engraissement dans le cadre de l’accord avec l’UE», affirme le ministère de l’Agriculture. D’ailleurs, de nombreuses entreprises ont dû mettre à niveau leur objet social pour s’adapter à cette nouvelle donne du marché.

Un fait que le député Abdellah Bouanou et ses relais médiatiques présentent comme suspicieux alors que l’opération a été marquée par la transparence : les avis aux importateurs ont été systématiquement publiés pour ouvrir l’accès à tous les opérateurs potentiels. Mieux encore, la procédure a été affinée progressivement pour supprimer toute condition liée aux importateurs.

«Seules les conditions sanitaires sont maintenues depuis 2025», souligne le ministère.

Malgré les critiques infondées dont elle fait l’objet, cette ouverture du marché a joué un rôle d’amortisseur face à la baisse du cheptel national et à la tension sur les prix.

Pour preuve : ces bovins ont représenté 12% des effectifs abattus en 2023, un taux qui est passé à 16% en 2024, puis à 31% en 2025. Les données montrent aussi que la production de viandes rouges bovines dans les abattoirs contrôlés est passée de 178.000 tonnes en 2023 à 202.000 tonnes en 2025, soit une augmentation de 14%, malgré un recul du nombre total de têtes abattues durant cet intervalle.

Cette évolution traduit un retour progressif des volumes de production vers les niveaux observés avant la crise.


Les 13 milliards imaginaires d’exonérations
Contrairement à ce que les polémistes veulent laisser entendre, aucune subvention n’est octroyée aux importateurs des bovins destinés à l’abattage. Cette catégorie est concernée par une suspension temporaire des droits d’importation et de la TVA, qui atteignaient respectivement 200% et 20%.

Historiquement, ces barrières douanières avaient été instaurées pour protéger la filière nationale, qui polarise 1,2 million de producteurs, face à la concurrence étrangère.

Le Trésor national n’a jamais encaissé aucun centime concernant cette imposition fiscale, depuis l’indépendance du Maroc, car il rendait le prix de revient inaccessible pour le consommateur marocain.

À titre d’illustration, un bovin acheté en Europe à 52,5 DH/kg vif aurait vu son coût grimper à plus de 115 DH/kg après taxation, soit 254 DH/kg de viande rouge à la consommation.

Autrement dit, jamais les 590.000 bovins importés n’auraient intéressé un opérateur marocain. Ces «exonérations fiscales» que Bouanou et consorts estiment à 13 milliards de dirhams relèvent alors de l’imaginaire. Au mieux, ces 13 milliards de dirhams peuvent être considérés comme un transfert au profit des consommateurs pour soutenir leur pouvoir d’achat.