Agriculture
SIAM 2024 : Semis direct, culture à avantages multiples
Ce système de production qui élimine le labour et réduit les charges et le temps d’installation des cultures a fait ses preuves au Maroc. Intégrée au programme Al Moutmir, cette pratique attire de plus en plus d’agriculteurs.
Dès lors qu’il s’agit d’agriculture, le changement climatique est le premier spectre qui apparaît dans les calculs et les prévisions du fait que la gestion de l’eau et la préservation du sol deviennent compliquées. L’agriculture reste un secteur majeur de l’économie marocaine, en dépit du développement d’autres secteurs industriels, de services…, et le défi principal est donc d’augmenter la production en quantité et qualité tout en préservant les ressources naturelles.
C’est ainsi qu’au cœur des nombreuses transformations actionnées au profit du secteur agricole au Maroc, visant à répondre à l’urgence des problématiques climatiques, se trouve le semis direct. C’est l’une des pratiques qui a fait ses preuves à travers le monde et elle est en extension continue.
Appelée également zéro labour, cette technique consiste en un système de production agricole qui permet de réaliser un semis sans travail préalable du sol. L’installation des cultures est réalisée donc en un seul passage pendant lequel l’engrais de fond et la semence sont déposés à la profondeur désirée à l’aide d’un semoir spécialisé dans le semis direct. Ce qui permet d’améliorer la productivité de l’eau, du sol et des intrants avec moins de consommation en intrants dont les carburants, les machines agricoles, les engrais et semences, mais également le temps de travail, puisque chaque intrant est optimisé.
Un million d’hectares visés en 2030
Le Maroc a lancé un programme national de semis direct, prévoyant d’atteindre une superficie d’un million d’hectares à l’horizon 2030. Elle serait répartie sur toutes les régions du pays avec 200.000 ha dans chacune des régions de Fès-Meknès, Marrakech-Safi et Rabat-Salé-Kénitra, 156.000 ha à Casablanca-Settat et 130.000 ha à Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Il est envisagé d’arriver à une superficie de 50.000 ha à l’Oriental, 44.000 ha à Béni Mellal-Khénifra et 20.000 à Drâa-Tafilalt. Ce programme cible les cultures les plus pratiquées au Maroc, notamment les céréales et les légumineuses, puisqu’elles constituent l’épine dorsale de la souveraineté alimentaire du Maroc en occupant 4,5 millions d’hectares. Mais l’objectif est de l’étendre à d’autres filières à caractère stratégique comme les oléagineux ou l’activité sucrière.
Depuis le lancement, plus de 1.000 plateformes de démonstration sont installées, selon le dernier rapport d’activité Al Moutmir. Les agriculteurs ont montré un engouement pour cette solution novatrice, économe et à forte rentabilité. Ainsi, ce sont 4.000 agriculteurs qui en bénéficient par campagne et 25.000 ha sont couverts.
Les résultats ne se sont pas fait attendre. Ils sont encourageants aussi bien sur le plan agronomique, économique et environnemental. La technique du semis direct permet la protection du sol contre l’érosion hydrique ou éolienne, l’amélioration de ses caractéristiques physico-chimiques et de sa capacité de rétention d’eau, le renforcement de l’efficience d’utilisation d’eau, ainsi que la stabilisation des rendements. En effet, des réductions de charges dépassant 1.100 DH/ha sont constatées, en plus d’une diminution de 269 DH/ha des doses de semis. Conséquence : une croissance moyenne des rendements de 30% en grains et des marges bénéficiaires de 54% par rapport au conventionnel.
Technique intégrée dans Al Moutmir
La pratique a été introduite il y a plusieurs années au Maroc par le ministère de l’Agriculture, en partenariat avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Sauf que les parcelles sélectionnées avaient servi essentiellement à des expériences. Elle a connu sa percée dans le cadre du programme Al Moutmir de l’OCP, qui, créé en 2018, a été porté par l’UM6P depuis 2022. Le but réside dans la promotion de mesures d’adaptation de l’agriculture marocaine aux changements climatiques via un développement agricole résilient.
Al Moutmir encourage les agriculteurs dans le cadre de son programme de semis direct à diversifier les rotations en introduisant des cultures comme les oléagineuses (colza, tournesol, lin…), les plantes aromatiques (coriandre…). Les équipes recommandent également les mélanges fourragers, notamment en zones d’élevage pour faire face à une pression de pâturage de plus en plus élevée en années sèches.
Superficie couverte globale : 36.500 ha
Pour la campagne 2023-2024 du Programme Al Moutmir semis direct, plus de 11.500 hectares supplémentaires ont été prévus et 68 semoirs mis à la disposition des organisations professionnelles agricoles dans plus de 130 localités et 26 provinces. Ce qui porte la superficie globale couverte depuis le démarrage du programme à plus de 36.500 hectares. Aussi, plus de 584 plateformes de démonstration des céréales et légumineuses dédiées au semis direct sont programmées. Ce suivi comprend une conduite technique optimale ainsi qu’un protocole scientifique visant à faciliter le transfert technologique et l’accompagnement des agriculteurs pour s’approprier les bonnes pratiques agricoles (identification des besoins des sols, fertilisation sur mesure et lutte intégrée, récolte et stockage).
De la formation, de l’accompagnement et le suivi
Les agriculteurs convaincus par les bienfaits du semis direct ne sont pas livrés à eux-mêmes. Un programme de formation customisée a été déroulé en vue d’accompagner les agriculteurs. Les organisations professionnelles porteuses et les agriculteurs adhérents bénéficient du suivi et de l’accompagnement d’une équipe d’experts et agronomes expérimentés, à travers des visites régulières ainsi que des formations ciblées et adaptées, leur permettant d’apprendre en pratiquant des techniques fondées sur des bases scientifiques solides.
Cet accompagnement couvre diverses thématiques techniques, dont le choix variétal en céréaliculture, réglage des semoirs, gestion des résidus des cultures, choix des rotations culturales adaptées, bonnes pratiques de récolte… Cette formation est assurée par une équipe d’experts nationaux et de partenaires (INRA, ONCA, DRA, OPA, distributrices d’intrants…).

