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Agriculture

Quand les dattes deviennent une affaire d’État…

Le mois sacré de Ramadan est une période où la consommation de dattes atteint traditionnellement son apogée en raison de leur importance nutritionnelle pour rompre le jeûne. Parfois, le marché mondial de ce fruit emblématique se retrouve au cœur d’enjeux économiques et géopolitiques.

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Au Maroc, la production nationale de dattes pour la saison 2024-2025 est estimée à 103.000 tonnes, soit une baisse de 10% par rapport à la saison précédente. Au cours des dernières années, la production marocaine a progressé de 15%, atteignant une autosuffisance qui permet d’envisager une réduction significative des importations.

La production 2024-2025 est attribuée à des conditions climatiques défavorables, notamment la sécheresse persistante et des incendies ayant affecté les oasis de Tinghir, Zagora et Tata.

Pour compenser cette baisse de production, le Maroc a importé, entre mars 2023 et octobre 2024, une centaine de milliers de tonnes de dattes en provenance de pays tels que les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Tunisie. En novembre 2024, le Royaume a importé 24,2% des dattes tunisiennes. Mais d’après certaines sources, des dattes algériennes, notamment la fameuse Deglet Nour, auraient fait partie, en catimini, du lot.

En effet, les expéditions officielles étant désormais bloquées entre le Royaume et l’Algérie, en raison de la décision d’Alger d’interdire la domiciliation bancaire, ultime étape d’une guerre commerciale déclarée au Maroc, le commerce parallèle, lui, s’est adapté à de nouvelles réalités.

Des distributeurs tunisiens flairant l’aubaine auraient acheté à bas coût des cargaisons de dattes algériennes avant de les réintroduire sur le marché marocain sous des labels tunisiens. Ce jeu d’étiquetage frauduleux aurait permis d’éviter les restrictions bancaires et douanières, inondant ainsi les étals marocains de dattes d’origine algérienne sans que leur provenance réelle soit affichée.

Cette stratégie reste cependant marginale par rapport aux importations officielles. La raison en est que, tout récemment, les autorités tunisiennes ont décidé de fermer leurs frontières aux dattes algériennes pour protéger leur propre production. Toujours est-il, cette pratique pose des questions de traçabilité et de respect des normes sanitaires.

Les autorités marocaines, soucieuses de protéger les consommateurs et de réguler les importations, surveillent de près ces transactions qui pourraient à terme fausser la dynamique concurrentielle du marché national. Cela dit, en Tunisie, pour l’exercice en cours, on a enregistré une baisse de la production oscillant entre 30 à 40%, due à des conditions climatiques défavorables.

Qu’à cela ne tienne ! Les exportateurs de dattes se préparent à répondre à la demande accrue pendant le Ramadan, en donnant la priorité au marché marocain. Celui du Moyen-Orient est également en expansion, avec une valeur estimée à 9,1 milliards de dollars d’ici 2025, affichant un taux de croissance annuel composé de 2,73% sur la période, et le Royaume pourrait bien y piocher quelques régimes.

Rupture commerciale aux relents diplomatiques
Ainsi, et c’est désormais un secret de Polichinelle, les tensions diplomatiques et commerciales, notamment entre le Maroc et l’Algérie, viennent perturber la dynamique commerciale de naguère. Elles en redessinent les contours d’un commerce stratégique. À cet effet, une cargaison entière de dattes algériennes, de Deglet Nour, prisée pour sa qualité, se retrouve bloquée aux portes du marché marocain.

Une situation qui découle directement du gel des relations entre Alger et Rabat et qui expose une fois de plus la nullité des échanges commerciaux par ces temps de crise diplomatique.

La fermeture des frontières terrestres depuis près de 30 ans avait déjà restreint la fluidité des échanges entre les deux voisins, mais l’escalade des tensions depuis 2021, marquée par la rupture des relations diplomatiques, décrétée unilatéralement par Alger, et la fermeture de l’espace aérien algérien aux avions marocains, a encore durci les restrictions.

Cette fois, ce sont les banques algériennes elles-mêmes qui ont été contraintes de mettre un coup d’arrêt aux transactions avec les entreprises marocaines, paralysant ainsi toute exportation officielle des dattes vers le Royaume. Pourtant, le Maroc constituait un marché clé pour les producteurs algériens de dattes, absorbant chaque année une part significative des exportations du pays.

En 2022, près de 30% des exportations algériennes de dattes étaient destinées au Maroc, représentant plusieurs dizaines de milliers de tonnes vendues en période de forte consommation. L’Algérie, qui produit en moyenne 1,2 million de tonnes de dattes par an, compte parmi les trois plus grands producteurs mondiaux avec l’Égypte et l’Iran.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la Deglet Nour, variété premium cultivée dans la région de Biskra, génère plus de 300 millions de dollars de revenus annuels pour l’économie algérienne. Le marché marocain, friand de cette qualité, représentait une manne financière considérable. Son absence crée un trou béant dans les prévisions de vente des producteurs algériens, déjà affectés par des contraintes logistiques et un accès limité aux circuits internationaux les plus lucratifs.

Pour l’Algérie, cette perte d’un marché aussi stratégique que le Maroc est une alerte : elle met en évidence la fragilité de son économie, encore trop dépendante de quelques secteurs clés et tributaire d’un manque de diversification. Pour le Maroc, c’est une opportunité de redéfinir ses priorités en matière d’autosuffisance alimentaire et de soutien à son agriculture locale.

Face à cette nouvelle donne, le Royaume a fait preuve de proactivité, en accélérant depuis des années ses efforts pour renforcer sa production nationale.

Avec des palmeraies situées principalement dans les régions de Tafilalet, de Zagora et de la vallée du Drâa, le Maroc a investi dans la modernisation de son agriculture, multipliant les programmes de soutien aux agriculteurs locaux et favorisant la diversification des variétés cultivées. L’objectif est double : soutenir les producteurs locaux, notamment de la variété Mejhoul, tout en réduisant la dépendance vis-à-vis des marchés étrangers.


Marché mondial
En 2023, la production mondiale de dattes a franchi le cap d’un million de tonnes métriques, consolidant la position de grands producteurs du top 5, comme l’Égypte, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Algérie et les Émirats arabes unis.

Évalué à 31,03 milliards de dollars en 2024, le marché global devrait atteindre 32,70 milliards en 2025, enregistrant une croissance annuelle moyenne de 5,99% jusqu’en 2032. Les pays à majorité musulmane, notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, enregistrent une hausse notable de la consommation durant le mois sacré de Ramadan.