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Agriculture

Où vont les subventions publiques ?

Une panoplie de subventions et d’aides financières étatiques est offerte par le gouvernement au profit de l’agriculteur et de l’éleveur, allant du foncier à l’équipement, puis à la valorisation et à l’exportation. Ces incitations ne sont pas figées et s’adaptent à l’évolution de la conjoncture et aux besoins des investisseurs.

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L’agriculture au Maroc n’est plus perçue comme un moyen de subsistance, mais plutôt comme un véritable vecteur de développement national. En deux décennies, le secteur, faiblement mécanisé, est passé d’une situation fragile, dépendante de la pluviométrie et concentrée sur des cultures vivrières, à un pilier économique stratégique, capable de générer de la valeur ajoutée et de l’emploi qualifié.

D’autant que l’agriculture marocaine s’est inscrite dans une logique de modernisation, visant à attirer les jeunes entrepreneurs, tout en y intégrant les nouvelles technologies et la digitalisation des process.

Cette mutation du secteur s’est ouverte sur plusieurs autres dimensions, dont l’entrepreneuriat, l’inclusion des femmes, le développement de coopératives, l’agrégation… Sans oublier le volet social avec la généralisation de la couverture sociale aux agriculteurs.

Tout cela a été initié depuis les années 2000 avec la mise en place du Plan Maroc vert (PMV) qui a posé les bases de cette transition, en mettant le focus sur la productivité, la valorisation des filières et l’irrigation rationnelle. Quoi qu’on en dise, le PMV a permis de doubler les exportations agricoles, de moderniser les équipements et de créer des milliers d’emplois.

Arrivée à terme en 2018, la stratégie Génération Green a repris le flambeau, en capitalisant sur les acquis du PMV et en incluant d’autres variables : les effets du changement climatique. Son orientation est claire et consiste à soutenir les agriculteurs face aux défis climatiques.


PMV : 94,5 MMDH d’aides
Ce soutien des agriculteurs, cette modernisation du secteur, cette transformation profonde se sont accompagnés de milliards de dirhams consentis par l’État pour continuer à faire de ce secteur un moteur économique inclusif et durable, et ce, à travers le Fonds de développement agricole (FDA).

Le PMV avait mobilisé une enveloppe budgétaire de 94,5 milliards de dirhams, dont 39%, soit près de 37 milliards de dirhams, engagés par le public et le reste par le privé.

L’effort budgétaire se poursuit. Ce sont 4,5 milliards de dirhams qui ont été alloués aux agriculteurs en 2023, contre 4,7 milliards en 2022 et 4,5 milliards en 2021. Et chaque année, en fonction des besoins et du changement de conjonctures, le gouvernement oriente son aide vers tel ou tel secteur. À partir de 2024, trois types d’incitations financières ont intégré la panoplie d’aides déjà offertes.

Il s’agit des aides aux jeunes pour réaliser des investissements agricoles sur les terres collectives, l’amélioration génétique, ainsi que les semences certifiées et les plantations fruitières.

Le premier type d’aides dont bénéficient les jeunes et les membres des collectivités ethniques est octroyé jusqu’en 2030, en plus des subventions universelles accordées dans le cadre du FDA. Ainsi, l’aide à l’investissement varie de 1.000 à 7.000 DH/ha, selon le type de projet et de la catégorie des bénéficiaires, plafonnée à 20 ha/projet et octroyée après la réalisation du projet.

Une aide à la location a été également mise en place pour la première fois par le département de l’Agriculture. Elle représente 70% du montant du loyer, plafonnée à 2.500 DH/ha/an, à 50.000 DH/projet/an, avec un plafond global de 150.000 DH/projet.

Elle est accordée en fonction de la durée de location.De leur côté, les éleveurs marocains bénéficient d’un coup de pouce financier pour moderniser et rentabiliser leurs exploitations, et ce, jusqu’en 2026 : 6.000 DH par tête pour les génisses importées de race laitière, 3.000 DH par vache laitière, de race pure née et élevée dans le pays, 700 à 850 dirhams par tête pour les ovins reproducteurs, 450 à 550 DH pour les caprins et 4.000 DH pour les bovins.

En outre, la campagne agricole 2024-2025 a été marquée pour la première fois par l’introduction à la subvention de nouvelles variétés de semences certifiées, dont les légumineuses alimentaires et fourragères. Les semences d’avoine et de triticale sont ainsi subventionnées à hauteur de 180 dirhams par quintal (DH/q), les fèves et vesces à 205 DH/q, les lentilles à 395 DH/q, et les pois chiches à 395 DH/q.

Interventions ponctuelles
Par ailleurs, pour améliorer l’efficacité des exploitations agricoles tout en maintenant des prix accessibles pour les producteurs et les consommateurs, le ministère de l’Agriculture a introduit des subventions ponctuelles de tomates rondes, pommes de terre et oignons.

Ainsi, pour les deux campagnes agricoles 2023-2024 et 2024-2025, un montant par hectare allant de 40.000 à 70.000 DH est accordé pour les semences de tomates rondes, de 8.000 à 15.000 DH pour les pommes de terre et de 4.000 à 5.000 DH pour les oignons.

Les interventions ponctuelles de l’État ne s’arrêtent pas là. L’exemple le plus évocateur est celui de la subvention au titre de l’importation du bétail qui a coûté 437 MDH en deux ans et un manque à gagner de 13 milliards de dirhams consécutivement à la suppression des droits de douane et de la TVA sur ces importations de 200%.

Cette galaxie d’aides et d’incitations financières se rajoute à des subventions préalablement mises en place et qui concernent l’irrigation localisée et de complément avec 75 à 100% à la charge de l’État.

En cas d’utilisation de l’énergie solaire pour le pompage de l’eau, l’État débourse 30% du coût d’acquisition et d’installation du kit solaire, ou encore l’achat de matériels agricoles (tracteurs, charrue, cultivateurs, broyeurs, semoirs, moissonneuses…) tant pour les cultures que pour l’élevage, à l’instar des mélangeurs d’aliments, les ensileuses…

Les plants et les semences bénéficient également de subventions, dont les céréales, les légumineuses, les fourragères, allant de 180 à 395 DH/q ou encore les betteraves à sucre. C’est le cas aussi des nouvelles plantations de palmiers dattiers, des replantations fruitières, des rosacées, de l’arganier…

Il y a lieu de noter également que les frais d’analyses du laboratoire sont pris en charge à hauteur de 50%. Il faut savoir aussi que dans le cadre de ces subventions, et pour simplifier les démarches aux agriculteurs, le ministère de l’Agriculture a lancé le Guichet unique électronique (GUE), dédié au dépôt électronique des dossiers de demandes de subvention, afin de faciliter aux agriculteurs l’ensemble des démarches, de réduire les déplacements et d’assurer une meilleure gestion des flux au niveau des guichets.

Simulation
Supposons une terre agricole de 5 ha, acquise dans le cadre de la location d’une terre collective, dans laquelle sont plantées des tomates, avec une densité de 30.000 plants par hectare. En tenant compte de l’ensemble des subventions accordées par le FDA et de manière sommaire, l’État devra prendre en charge un coût de près d’un million de dirhams.

Il correspond au loyer plafonné à 2.500 DH/ha. Pour la préparation du sol, il faut compter une aide de 38.000 DH/ha pour mettre en place l’irrigation localisée et 12.000 DH pour le bassin devant servir au stockage de l’eau d’irrigation. Ajouter à cela l’établissement de l’irrigation de complément pour 25.000 DH/ha. En cas d’utilisation du pompage par énergie solaire, l’État débourse 30.000 DH au maximum.

Dans le cas de la tomate, l’aide de l’État n’a concerné que les deux saisons agricoles précédentes. Si elle est reconduite, il devra prendre en charge un coût de 70.000 DH/ha. S’agissant du matériel agricole, pour une plantation de cette superficie, il est nécessaire de disposer d’un tracteur, d’une charrue, d’un cultivateur et d’une planteuse mécanique.

Le montant maximal de la subvention est de 62.000 DH, 8.000 DH, 6.000 DH et 10.000 DH respectivement. Selon les professionnels, ce coût peut représenter jusqu’à 60% de l’investissement initial.


FDA : 46% des subventions vont vers l’irrigation
Le Fonds de développement agricole est le principal outil de l’État visant à encourager l’investissement privé dans le secteur agricole. Ses ressources sont à 86% constituées du budget général de l’État, les 14% restants sont des prélèvements sur les droits de douane à l’importation de certains produits.

En 2023, les incitations et les aides financières ont atteint 4,5 milliards de dirhams, répartis sur les aménagements hydro-agricoles (3,5 MMDH), avec 43.449 ha qui ont été équipés en systèmes d’irrigation localisée et 5.229 ha aménagés; le matériel agricole (332 MDH), avec l’acquisition de 5.640 unités, dont près de 1.226 tracteurs ; la production animale (301 MDH) avec 249.975 reproducteurs ovins et bovins de races pures, de 6.388 reproducteurs caprins, ainsi que les plantations fruitières à 124 MDH. L’assurance agricole a drainé 519 MDH et la mise à niveau des filières 179 MDH.

Pour une plantation de tomates, l’Etat peut prendre en charge jusqu’à 60% du coût initial du projet.